‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 55 sur 172 · ÉCHEC DE JEANNE D'ARC DEVANT LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

ÉCHEC DE JEANNE D'ARC DEVANT LA CHARITÉ

C’est ainsi qu’après être restée près d’un mois à Bourges, elle assista à la prise de Saint-Pierre-le- Moutier, dans les premiers jours de novembre, et alla mettre le siège devant la Charité-sur-Loire, où elle subit un nouvel échec, « dû en grande partie au mauvais vouloir de La Trémoille 2 ». Quelques jours après, elle rejoignait Charles VII à Mehun-sur-Yèvre.

C’est à cette époque' que le roi, sans doute pour adoucir l’amertume qu’avait fait éprouver à l’héroïne d’Orléans la double défaite de Paris et de la Charité, lui octroya, au mois de décembre 1429, des lettres d’anoblissement pour elle et pour ses frères.

« Charles VII, dit M. Du Fresne de Beaucourt,

viste du Loiret a découvert dans un registre du chapitre d'Orléans une pièce qui semblerait établir le contraire.

Cette pièce consiste dans la minute d’un acte notarié, aux termes duquel Jeanne d’Arc louait à Orléans pour soixante ans (presque un bail emphytéotique), une maison appartenant au chapitre. Et comme elle ne pouvait habiter de suite cet immeuble, elle avait pris pour répondant un nommé Guillot de Guienne qui, le 27 février 1432, c’est-à-dire neuf mois après la mort de la Pucelle, transféra à une autre personne tous les droits afférents à ce bail, qui avait encore environ cinquante-neuf années de durée. (V. Revue historique, T. XIX, mai-juin 1882.)

1 Voici ce que rima à cet égard Martial d’Auvergne, dans ses Vigiles de Charles VII :

« Au retour du sacre à Gyen,

Le roy si voulut envoyer La Pucelle devant Rouen,

Pour y connoistre et besongner.

Trémouille et autres opinèrent Qu’il n’en estoit point de mestier,

Ains d’Albret et elle envoyèrent Devant Saint-Pierre-Le-Moustier.

2 Du Fresne de Beaucourt. Histoire de Charles VII , T. II, p. 239.

142 I.A PRISE DE JEANNE d'aRC DEVANT COMPÏÈGNE.

ne cessait de donner des marques de sympathie à Jeanne d'Arc. A Reims, et pendant le voyage, il lui avait fait de nombreux dons, et avait pourvu largement à sa dépense ; à Soissons, il lui avait donné un cheval ; elle en reçut un autre à Senlis, avant l'attaque de Paris. Le 3i juillet, à Château-Thierry, il avait rendu une ordonnance par laquelle, à la requête de sa « bien-aimée Jehanne la Pucelle », et considérant « le grant, haut, notable et prouffitable service par elle fait au recouvrement de sa seigneurie », il exemptait de tous impôts les habitants du village de Greux, dont dépendait le hameau de Domrémy, lieu de naissance de la Pucelle 4 .

Nous ne mettons pas en doute ces libéralités, et nous admettons que Charles VII les ait faites à un moment où il appréciait les services qu’avait rendus à sa cause, celle qu’il appelait si bien « sa bienaimée Jehanne la Pucelle ».

Nous admettons même que, dans ces circonstances, le roi ait pu être guidé par un bon sentiment pour Jeanne d’Arc ; mais nous ne pouvons oublier qu’il était d’un caractère des plus faibles, qu’il se laissait complètement dominer par son entourage, et que du moment où les projets de « sa bien-aimée Jehanne la Pucelle » déplaisaient à cet entourage, il n’hésitait pas à la sacrifier.

4 Histoire de Charles VII, T. II, p. 236.

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