CHAPITRE VIII
Jeanne d’Arc à Lagny. — Poursuite de Franquet d’Arras. — Jeanne d’Arc revient à Compïègne (1430). — Reprise des hostilités. — Siège de Choisy-sur-Aisne. — Retour de Jeanne d’Arc à Lagny. —
Combat de Pont-l’Évôque.
De Mehun-sur-Yèvre, Jeanne d’Arc se rendit à Jargeau. C’est là que voyant Catherine de la Rochelle exprimer le désir d’aller auprès du duc de Bourgogne pour activer la paix, elle lui dit : « Il me semble qu’on n’y trouvera point la paix, si ce n’est au bout d’une lance 1 . »
Quelque temps après, elle est à Bourges, puis se rend à Orléans où la population la reçoit avec un nouvel enthousiasme, et où les autorités lui présentent « six chappons, neuf perdrix, treize congnins (lapins) et ung fesan* ». D’Orléans elle passe à Sully, où était le roi, puis elle repart brusquement, et se dirige sur Lagny, dont les environs étaient ravagés par une bande de routiers que commandait alors un nommé Franquet d’Arras, qui était au service de la Bourgogne.
1 Interrogatoire du 3 mars 1430 (1431).
* Quicherat. Procès de Jeanne d’Arc , T. V, p. 270.
Aussitôt arrivée, Jeanne d'Arc va à sa rencontre, disperse cette horde de pillards, s'empare de Franquet et le livre au bailli de Sentis, qui le fait exécuter; ce fut un des griefs relevés contre elle*.
Elle était encore à Lagny, quand elle apprit que le duc de Bourgogne, n'attendant pas la fin de la suspension d'armes convenue avec Charles VII, allait assiéger Choisy-sur-Aisne (Choisy-au-Bac) .
La possession, par les Bourguignons, d'une telle place, qui n’était éloignée de Compiègne que de six kilomètres, constituait un véritable danger pour cette ville. Aussi Jeanne d’Arc se mit-elle en route immédiatement avec une nombreuse escorte, et, après quelques incidents de marche, elle entra à Compiègne dans la soirée du i 3 mai 1430. Le chancelier Régnault de Chartres, archevêque de Reims, et le comte de Vendôme s’y rendirent de leur côté. Jeanne alla loger, cette
* Dans le sixième interrogatoire qui eut lieu le 14 mars 1430 (1431), on reprocha à Jeanne d’Arc d’avoir livré Franquet.
« N’est-ce pas pêché mortel, lui dit-on, que de prendre un homme à rançon et de le faire mourir prisonnier?
— Je n’ai pas fait cela, répondit-elle.
— Ne vous souvenez-vous pas de Franquet d’Arras, qu’on ht mourir à Lagny ?
— Je consentis qu’on le ht mourir, s’il l’avait mérité, pour ce qu’il confessa être meurtrier, larron et traître.
— Donnez-nous des détails sur cette affaire.
— Le procès de Franquet dura quinze jours, et en fut juge le bailli de Senlis, avec les gens de justice de Lagny. Je requérais qu’on me donnât ce Franquet pour l’échange contre un homme de Paris, maître de l 'Hôtel de l'Ours ; mais je sus que cet homme était mort, et le bailli me dit que je voulais faire grand tort à la justice en délivrant ce Franquet. Alors je dis au bailli : « Puisque l’homme que je voulais avoir est mort, faites de ce Franquet ce que vous deviez faire par justice. »