SECOND VOYAGE DE JEANNE D'ARC A COMPÏEGNE
fois, rue de V Étoile, dans une maison qui a conservé longtemps le nom de Maison de la Pucelle d’Orléans 1 . Elle portait alors l’arme qu'elle avait prise à un Bourguignon; c’était, suivant elle, «une bonne épée de guerre et bonne à donner de bonnes buffes et de bons torchons 2 ».
Le lendemain, les attournés se rendirent auprès d’elle, et, après lui avoir adressé leurs félicitations et manifesté le plaisir qu'ils avaient à la revoir, ils lui offrirent quatre pots de pi/P.
Pendant son séjour à Compïègne, au mois d’août 1429, Charles VII, dont l’artillerie laissait probable-
1 Voir notre publication intitulée: Séjours de Jeanne d'Arc à Compïègne. — Maisons où elle a logé. (Paris, 1888.)
2 Interrogatoire du 27 février 1430(1431): « De Lagny à Compïègne, répondit-elle, j’ai porté l’épée du Bourguignon, parce que c’était une bonne épée de guerre et bonne à donner de bonnes buffes et de bons torchons (coups). »
3 Voici, en effet, ce qui est consigné dans les Comptes de la Ville (CC. 1 3 , f° 291):
« A Jehan Demy, pour vins en son hostel présentez pour lonneur de la ville de Compiengne aux personnes cy-après nomées. C’est assavoir pour cinq los de vin présentez le xi 1 1 1° jour de mars nn c xxix, à Mons. de Vendosme à xn den. le lot valent 6 sols parisis. Item le xxi 1 I e jour du dit mois présenté à Guillaume de Flavy, capitaine de Compiengne, v los de vin à xi 1 d. le lot valent v s. p.
« Item le samedi xi 1 1° jour de may ensuivant, 1 1 1 1 pos de vin présentez à Mons. le Chanceillier, conten. x los au dit prix valent x s. p.
« Item le xiiii 0 jour du dit mois de may présentez A LA PUCELLE 1 1 1 1 pos de vin conten. x los au dit prix valent x s. p.
« Item le xv® jour du mois de may, cinq los de vin présentez à Mons. le Bailly de*Senlis au dit prix valent v s. p.
k Item le xvi e jour du dit mois de may présentez à Mons. le
l^è LÀ PRtSE Î)E JEANNE D*ARC A COMPIEGNÉ
ment à désirer, avait, entre autres choses, emprunté à la ville, avant de la quitter, deux canons pour s’en servir au besoin durant sa marche. Ces canons avaient été remisés dans THotel-de-Ville de Senlis. Or, Guillaume de Flavy, qui tenait à les ravoir, les envoya chercher vers la fin du mois de septembre ; mais, quand les messagers chargés de ce soin arrivèrent à Senlis, on leur apprit que les deux pièces avaient été conduites à Creil, par l’ordre du comte de Clermont, que le roi avait nommé gouverneur de
Chanceillier cinq los de vin, la moitié à xi i d. et l’autre moitié à xvi d. le lot valent v s. x d. p.
« Item au dit jour présentez à Mons. deVendosme cinq los de vin à xvi d. le lot valent vi s. vi 1 1 d. p.
« Item le xvi i e jour du dit mois présentez au dit Mons. le Chanceillier cinq los de vin à xvi d. le lot valent vi s. vm d. p.
« Item le xvi i i e jour du dit mois de may présentez x los de vin aux dits Mons. de Vendosme et Mons. le Chanceillier à à leur partement du dit Compiengne à xi i d. le lot valent x s. p.
« Item le xix® jour de juing ensuivant pour 1 1 los de vin à xvi d. le lot et 1 1 pains 1 1 1 1 d. p. baillez à Jehan Courtois et Jehan Copin et autres compaignons qui au dit jour alèrent visiter les caves entour la forteresse pour la seûreté dicelle pour ce 1 1 1 s.
« Item le xi i i e jour de juillet ensuivant pour despence faites par les dessus nommés en son hostel qui au dit jour avoient visité les dictes caves xxxi i d. p.
« Si comme tout ce est duement apparu aux diz gouverneurs par l’estât de la dite ville et par la relation de Garnot Barnel, sergent d’icelle ville, qui les dix vins a prins et présentez aux dessus nommés, lesquelles parties font ensemble.... lxix s. x d. p. »
D’après les mesures d’alors, le pot se composait de deux lots et demi; le lot , contenait i litre 5 o centilitres.
Les compIéGnois Et Le comte dë cLermont. 147
l’Ile de France et du Beauvaisis*, et qu’on ne pouvait les rendre sans un ordre exprès de ce dernier 2. Ce ne fut pas sans difficultés qu’on put rentrer en leur possession.
Les bourgeois de Compïègne avaient appris, d'autre part, que ce même gouverneur se proposait de venir passer quelque temps à Compiègne, et d’y mettre une forte garnison. Aussitôt, grand émoi dans la ville : à peine déjà y trouvait-on des moyens de subsistance ; que serait-ce si la population s’augmentait encore d’une troupe nombreuse. On en référa donc à Guillaume de Flavy, et, après délibération du capitaine et de plusieurs bourgeois et habitants de la ville, il fut convenu que l’attourné Pierre Crin et François de Miraulmont, alors procureur du roi, se rendraient à Senlis pour dissuader le comte de Clermont de prendre logis à Compiègne, le voyage
1 « A Baudot la Personne, messagier de piet, pour ung voyage par luy faict la ni® sepmaine de septembre mil 1111 e xxix de Compiègne à Senlis, où il a vacqué quatre jours, pour chacier par devers le Conseil du Roy la délivrance des deux canons qui a voient esté empruntez par le Roy N. S. à la dicte ville, et furent yceulx canons délivrez, lesquels on mist en la maison de ville audit Senlis.
« A Jehan Vairon, pescheur, pour ung voyage par luy fait au mois de septembre mil un'xxix à Senlis, pour chacier les
deux canons de la ville, naguère empruntez par le Roy N. S
viii s. p. ».
[Archiv. de Compiègne , CC. 1 3, f° 252.)
2 Charles de Bourbon, comte de Clermont, était le fils et héritier de Jean de Bourbon, comte de Clermont, qui fut fait prisonnier à la bataille d’Azincourt, et mourut en Angleterre en janvier 1433. Charles avait épousé, le 17 septembre 1425, Agnès, sœur puînée du duc de Bourgogne.
I48 LA PRISÉ DE JEANNE d’arC DËVANT COMPIÈGNE.
du roi ayant absorbé le peu de vivres dont pouvait disposer le pays 1 .
Les deux envoyés partirent, le 20 septembre 1429, pour Senlis. Ils présentèrent au comte de Clermont leurs très humbles remontrances ; mais ce personnage leur répondit qu’ayant le haut commandement de la ville de Compiègne, il n’y mettrait que « gens qui y feissent aucun desplaisir », le tout avec l’assentiment des capitaines et des habitants, et que lui-même viendrait en personne.
Pierre Crin et le procureur revinrent le sur-, lendemain 22, à Compiègne, et rendirent compte du résultat de leur mission 2 .
De son côté, Guillaume de Flavy ne négligeait
1 « Pour ce que le pays estoit moult foulé [ravagé) de vivres à l’occasion de la venue du Roy N. S. »
(Archiv. de Compiègne , CC. i3, f° 252.)
2 « A Pierre Crin, attourné et l’un des goudverneurs de la ville de Compiengne, et à François de Miraumont, procureur du Roy N. S., qui, par délibération de Guillaume de Flavy, capitaine de Compiengne, et de plusieurs bourgois et habitans de Compiengne, se partirent du dit Compiengne le mardi xx e jour de septembre mil 1111 e xxix, pour aler à Senlis par devers Mons. le comte de Clairmont, lieutenant du Roy N. S., ès pays par deçà la rivière de Saine, qui vouloit meltre grant garnison d’armes à Compiengne, comme on rapporta à ycelle ville, pour luy remonstrer les nécessités d’ycelle mesme ville à ce quil
cessast de y mectre la dicte garnison lequel Mons. le Comte
leur respondit qu’il avoit la dicte ville pour recommandé et qu’il ne mectroit en ycelle gens qui y feissent aucun desplaisir, et que ce ne feust du consentement du dit capitaine et* des dits habitans, et leur dict que luy même y venroit en personne; et revindrent au dit Compiengne le* jeudy xxn e jour du dit mois de septembre mil 1111 e vingt-neuf »... cvm s. p. ( Archiv . de Compiègne , CC. i3, f° 252 v°.)