‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 6 sur 172 · DÉBUTS DU RÈGNE DE CHARLES VI · texte numérisé non relu

DÉBUTS DU RÈGNE DE CHARLES VI

A ce moment, la situationgénérale s’était améliorée « Paix et justice régnoient, dit Juvénal des Ursins ; n’y avait obstacle sinon l’ancienne haine des Anglais, desplaisants et comme enragés des pertes qu’ils avoient faites, qui leur semblaient être irrécupérables: lesquels sans cesser espioient et conspiroient à la destruction totale de ce royaulme, et contemnoient toutes manières d'ouvertures de paix 1 ».

Mais on comptait sans l’entourage de Charles VI. Bientôt en effet, la paix fut troublée aussi bien à l'extérieur qu’à l’intérieur. Les exigences du duc d’Anjou, en matière d’impôts, furent telles qu’elles provoquèrent à Paris la révolte des Maillotins 2 qui eut son contre-coup en province.

Compïègne même résista et chassa les percepteurs des aides et de la gabelle, ce qui n’empêcha pas le roi d’y venir, vers le milieu d’avril i 382, assisté du duc de Bourgogne et de son Conseil, « pour mettre sus le fait de l'imposition et la plus grant partie des

Et y ouït feste très grant et très plénière. Après le sacre et couronnement du dict roy à cette belle compagnie de ses diz oncles, le duc d’Anjou, le duc de Berry, le duc de Bourgoingne et le duc ' de Bourbon et les contes, barons et nobles de France, le dit nouvel roy de France a parti de Rains et s’en vint à Paris où il fut reçeu très haultement. Et furent cil de Paris à sa joyeuse venue, vestus de blanc et de vert. » ( Chronique des quatre premiers Valois , publiée par M. Simeon Luce, p. 290.)

V. aussi la Chronique du bon duc Loys de Bourbon , publiée par C. Chazaud, p. 49.

1 Histoire de Charles VI. (Édition Buchon, p. 323 .)

2 Les Parisiens révoltés furent appelés ainsi parce qu’ils avaient envahi l’arsenal et s’y étaient emparés de maillets de plomb, que, suivant l’expression de Michelet, ils avaient essayés sur la tête des collecteurs d’impôts.

nobles de Picardie 1 ». Les États généraux (clergé, noblesse et bourgeoisie), y furent même convoqués à cet effet; mais les députés du tiers-état ne jugeant pas avoir mandat pour consentir des impôts, on n'osa prendre aucune résolution.

Heureusement une double diversion vint s'opérer à la fin du même mois. Le duc d'Anjou partait pour Tltalic, au secours de Jeanne de Naples qui l'avait adopté, et le duc de Bourgogne conduisait en Flandre le jeune roi, auquel le succès de la bataille de Roosebecke (i382) donna les apparences d’un héros avant l’âge. Aussi la rentrée à Paris fut-elle aussi triomphale qu’écrasante pour la population qui n'osa plus bouger, et, quelques jours après, Charles VI venait à Compiègne « pour se reposer avec ses oncles de leurs ennuis, dans les plaisirs de la chasse 2 ».

1 Chronique des quatre premiers Valois , p. 3oi.

2 Chronique du Religieux de Saint-Denis, (Édit. Bellaguet.)

Déjà Tannée précédente il était venu à Compiègne pour

chasser et se divertir. On en trouve la preuve dans les Comptes de l l Hôtcl, On y voit en effet les mentions suivantes, pour le deuxième semestre de l’année 1 38 1 :

« Envoié de Compiègne à Senliz porter lettres du Roy au prévost d’illec et àm oumr chevaliers d’environ, pour avoir des chiens à chasser pour le Roy.

« Samedi xm e jour de septembre le Roy disner à Compiègne, soupper et giste à Soizy ( Choisy ) :...

« Payé à Colin le serrurier, pour une fleur de lyz achetée de lui pour saigner [marquer) un cerf, lequel le Roy chassoit en la forest de Compiègne, lequel cerf se vint rendre en une estable en la maladrerie de Choisy, et fu seigné le dit cerf à la dicte fleur de liz et puis ot congié [eut congé ) de retourner en la forest par le commandement du dit seigneur, mardi 17 e jour de septembre (i38i).

« Le Roy pour argent baillé à lui pour jouer à la paume à

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