‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 60 sur 172 · JEANNE D ARC REPART POUR LAGNY · texte numérisé non relu

JEANNE D ARC REPART POUR LAGNY

Passel, d’où, après avoir contourné le Mont-Renaud, elle s’est trouvée en face de Pont-l’Évesque.

Quant à la route longeant la forêt de Laigue par Saint-Crépin, Tracy et Carlepont, elle ne devait pas y songer puisqu’il lui eût fallu d’abord traverser l’Aisne, ce qu’elle n’avait pu faire lors de son expédition vers Soissons, puis franchir l’Oise après Sempigny dont les abords devaient être certainement surveillés par les Anglais campés à Pontl’ Évêque.

Quelques jours plus tard, une rencontre eut lieu du côté d’Attichy entre Poton de Xaintrailles qui cherchait aventure et Jean de Brimeu qui commandait un détachement se rendant auprès du duc de Bourgogne. Jean de Brimeu resta prisonnier, et ce fut seulement plus tard que Poton de Xaintrailles le laissa partir moyennant une forte rançon.

Jeanne d’Arc rentra donc à Compïègne toute marrie de l’échec de Pont-1’ Évêque, mais sans perdre courage, et toujours disposée à reprendre sa revanche dès que l’occasion se présenterait. Bientôt après, elle quitta la ville pour se rendre de nouveau à Lagny.

a Ce départ de Jeanne, de Compiègne, à la veille d’un siège, paraît d’abord singulier, dit M. Berriat- Saint-Prix; mais tant que Choisy n’était pas pris, il était difficile de connaître précisément les projets de Philippe (duc de Bourgogne). En passant par Soissons, que le gouverneur Bournel venait de lui vendre, il pouvait se porter sur Lagny, que son parti avait déjà essayé plusieurs fois d'enlever à Charles VII. Le voyage de Jeanne à Lagny explique d’ailleurs une de

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ses réponses, où elle dit que le tribunal de Lagny employa quinze jours au procès de Franquet (d’Arras). Or, si elle ne fût pas revenue à Lagny après l’expédition de Noyon (Pont-l’Évêque), il eût été impossible qu elle se fût trouvée à la fin du procès L »

Ainsique nous l’avons déjà fait remarquer, le siège de Choisy ne constituait qu’une étape qui devait conduire à celui de Compiègne. Cette dernière place, en effet, « était regardée comme une porte essentielle de passage entre l’Ile de France et la Picardie. Le duc de Bourgogne voulait en avoir la clef ; par ce motif, il attachait un très grand prix à la possession de cette riche et belle ville 2 ». Or, un instant, il avait cru la tenir entre ses mains. Voici, en effet, ce qui s’était passé : au moment de la conclusion de l’armistice du 28 août 1429, après que Jeanne d’Arc s’était dirigée

1 Jeanne d’Arc, p. 270, note 5 o e .

On pre'tendit que pendant son séjour à Lagny, Jeanne d’Arc avait fait un véritable miracle, en ressuscitant un enfant.

Questionnée à ce sujet, dans son sixième interrogatoire du 3 mars 1431, elle répondit: « C’était un enfant de trois jours. Il fut apporté devant l'image de Notre-Dame de Lagny, et on me dit que les jeunes filles de la ville étaient devant cette image, et que j’y voulusse bien aller prier Dieu et la Sainte-Vierge de rendre la vie à l’enfant. J’y allai et priai avec les autres; et finalement la vie apparut en cet enfant. Il bailla trois fois, puis, il fut baptisé ; et aussitôt il mourut et on l’enterra en terre sainte. Or, il y avait trois jours, comme on disait, que la vie n’était apparue en l’enfant; et il était noir comme ma cotte. Mais, quand il bailla, la couleur commença à lui revenir. Et moi, j’étais avec les jeunes filles, à genoux et en prière devant Notre-Dame. »

(Procès de condamnation de Jeanne d’Arc , par Joseph Fabre, p. 121.)

2 Vallet de Viriville. Histoire de Charles VII , T. II, p. 1 85 .

RÉSISTANCE DES COMPIÉGNOIS A LA TRÉMOILLE. t5y

vers Paris, Régnault de Chartres, de concert avec le duc de la Trémoille, qui se considérait comme en droit de disposer de Compïègne, avaient manœuvré de façon à faire abandonner cette ville au duc de Bourgogne.

Une fois la chose convenue, il n’eurent pas de peine à obtenir de Charles VII, qui leur obéissait en toutes choses, un mandement prescrivant à Guillaume de Flavy ainsi qu’aux attournés , de remettre la ville « ès mains du duc ou de ceulx qui seroient pour ce par lui commis », jusqu’à l’expiration de l'armistice qui ne devait pas dépasser le jour de Noël suivant. Guillaume de Flavy, qui se trouvait à ce moment le subordonné du sire de la Trémoille, s’empressa d’obéir; mais, voyant que les habitants lui opposaient à cet égard une résistance énergique, il quitta la ville et alla mettre Régnault de Chartres au courant de l’incident. L’archevêque de Reims accourut aussitôt, assisté des principaux conseillers et ministres de Charles VII : il fit rassembler les notables habitants dans la maison de ville, et leur exposa qu’il y avait nécessité de remettre Compïègne entre les mains du duc de Bourgogne ; que celui-ci l’avait demandé d’une façon toute particulière, et que c’était le seul moyen de briser son alliance avec les Anglais ; mais les Compiégnois ne voulurent point y consentir. L’un d’eux, Pierre Crin, sans doute, prit la parole : « Monseigneur, dit-il, nous sommes les très humbles sujets du roi Notre Seigneur ; nous voulons lui obéir, le servir fidèlement et sacrifier pour lui nos corps ainsi que nos biens ; mais nous ne pouvons nous commettre au duc de Bourgogne : il a conçu contre nous un vif ressentiment depuis le jour où nous n’avons pas voulu

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faire ce qu’il désirait, au préjudice du bien et service de Sa Majesté, et nous sommes résolus de nous sacrifier, nous, nos femmes et nos enfants, plutôt que d’être exposés à la merci du duc. »

Vainement les conseillers du roi insistèrent-ils; vainement cherchèrent-ils à faire revenir à d’autres sentiments les habitants réunis devant eux ; ces derniers, d’une voix unanime, déclarèrent persister dans leur détermination. Ils ne se souvenaient que trop du passé, et derrière le duc de Bourgogne, ils apercevaient toujours dans l’ombre la terrible figure du duc de Bedford. Aussi, en présence d’une telle résistance, il fallut bien s’arranger autrement. Compïègne cessa de figurer parmi les places qui devaient appartenir, pendant l’armistice, au duc de Bourgogne, et on lui substitua Pont-Sainte-Maxence*. Le duc consentit en apparence à accepter cette localité comme compensation ; mais au fond il ne renonça pas à Compiègne. Le siège de Choisy le prouva bientôt.

Ce siège fut poussé avec la plus grande activité ; l’attaque avait été ménagée sur plusieurs points à la fois. Aussi Guillaume de Flavy s’empressa-t-il d’envoyer quelques hommes de guerre à son frère Louis ; il mit également à sa disposition le gros canon de la ville 2 ; mais, en dépit de ce renfort, les assiégés se

1 Mémoire à consulter sur Guillaume de Flavy. [Procès de Jeanne d'Arc , par Quicherat, T. V, p. 174.)

2 « A Oudart Fallolet cordier.... pour ouvrages de chanvre, tant en trais, combleaux comme en autres ouvrages, emploiez à atelier et habiller le car [char) qui mena le gros canon devant Choisy, durant le temps que le siège estoit devant le chastel du dit Choisy.... [Archiv. de Compiègne , CC. i3, f° i33.)

SIEGE DE GtfOISŸ PAk Le DUC DE BOÜRÔOGNE. 1S9

trouvèrent bientôt des plus menacés, et redoutant quelque surprise, ils firent sauter le pont sur l’Aisne, ce qui ne permit plus aux Compiégnois de leur porter secours. D’un autre côté, au contraire, Bournel, le gouverneur de Soissons, vint avec une troupe nombreuse se joindre aux assiégeants. Dans cette situation, malgré la résistance énergique de la garnison de Choisy, elle dut capituler le i 5 mai 1430*. Elle obtint de sortir avec armes et bagages, et partit pour Compiègne où elle ramena le gros canon. Derrière elle, le duc de Bourgogne fit raser l’antique forteresse dans laquelle plus d’un roi de France avait reposé sa tête 2 .

* A propos de ce siège, Martial d’Auvergne s’exprime ainsi:

« Le dit Choisy se défendit .

Assez, et puis soudainement Le cappitaine le vendit Aux Anglais deshonnestement. »

Rien ne justifie cette accusation contre Louis de Flavy.

2 V. Notice historique et archéologique sur le Palais, V Abbaye et les deux Eglises de Choisy -au- Bac, par Zacharie Rendu, architecte. Compiègne, 1856.

Voici le passage que Monstrelet (T. IV, p. 38 1 ) consacre au siège de Choisy :

« Après que le duc de Bourgongnc eust sousjourné en la cité de Noyon, huit jours ou environ, il s’en ala mettre le siège devant le chastel de Choisi sur Ayne. Dedens laquelle forteresce estoit Loys de Flavi, qui la tenoit de par messire Guillaume de Flavi. Et y fist le dit duc drécier plusieurs de ses engiens pour ycelui chastel confondre et abatre. Si fut moult traveillé par les diz engiens, tant que, en conclusion, les diz asségiés firent traictée avec les commis du dessusdit duc de Bourgongne, tel quilz se départirent sauf leurs corps et leurs biens, en rendant la dicte forteresce. Laquelle, sans délay, après quilz s’en furent partis, fut tantost démolie et arasée. »

Indépendamment du château qui fut ainsi démoli, et dont on retrouve encore quelques substructions sur le bord de l’Aisne,

L’armée marcha ensuite sur Compiègne, et, le 20 mai 1430, commença ce siège à jamais mémorable, où les habitants de Compiègne donnèrent l’exemple de leur énergie et de leur fidélité à Charles YII ; mais où, malheureusement, se consomma la perte d’une des plus grandes figures de notre histoire nationale, de celle qui, après avoir impunément bravé le feu des bastilles anglaises à Orléans et ailleurs, est venue tomber misérablement sur les bords de l’Oise, entre les mains de ses ennemis, et leur a fourni ainsi l’occasion de se venger d’elle d’une façon aussi lâche que cruelle.

au bout du pont en venant de Compiègne, il y avait, en avant de ce pont, d’autres fortifications pour le défendre. Le terrain sur lequel elles se trouvaient, et qui est aujourd'hui planté en bois ç$t encore appelé par les anciens du pays, le Petit Château . Ces constructions ne furent détruites que longtemps après, ainsi qu’il résulte de ce qui suit :

« Du iv e jour de janvier mil 1111 e lxxii.

« A Jehan Warmé et Froment Le Fevre, massons, a esté marchandé de desmolir le chasteau de Choisy, celui devers Choisy.... xxii s. p.

« Seront tenus les diz massons d'avoir desmoli le dit château et rendu toutes les pierres, comme dit est dedans le premier jour du mois de mars prouchain venant; auxquels massons a esté baillié deux picz et deux piez de chaîne de fer, qu’ils seront tenus de rendre à la dite ville. »

(. Archiv . de Compiègne, CC. 2 5.)

Dom Gillesson ajoute: « Guillot Pot, comte de Saint-Paul, en 1472, fit faire de nouvelles casemates dans les fossés (de Compiègne.) Le roi païa les ouvriers ; la pierre fut prise de la démolition de Choisy. »

D’après Dom Grenier, Guillaume de Flavy aurait aussi fait démolir, en mars 1439, certaines parties des murs de cet ancien château.

(‘Biblioth. de Compiègne . Manuscr. T. III, p.41.)

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