LES ANGLAIS COUPENT LA ROUTE A JEANNE D’ARC
demourant derrière comme chief et comme la plus vaillant du trouppeau 4 . »
Hélas ! il était trop tard. A ce moment, comme elle Ta avoué dans son interrogatoire du io mars 1431, « les Anglais lui coupèrent le chemin à elle et à ses gens ».
En effet, la garnison de Venette, conduite par le sire de Montgommery, avait envahi tous les abords du boulevard et, lorsque Jeanne d’Arc, avec les quelques braves qui ne l’avaient pas quittée, chercha à gagner la pointe de ce boulevard dont on retrouve encore aujourd’hui la trace 2 , elle se vit entourée de
1. Chronique de Georges Chastellain , édition Kervyn de Lattenhove. T. II, p. 49.
2. Grâce aux indications qui nous ont été données par notre collègue M. Méresse, nous avons pu reconstituer la configuration du boulevard de 1430, dont la pointe existe encore depuis des siècles, à l’extrémité des propriétés Ancel ( rue de Clermont , i 6 )c t Préclin ( Place du Marché aux fourrages , S).
. Il nous a donc été facile de déterminer, à quelques mètres près, l’endroit où Jeanne d’Arc a été prise. C’est, suivant nous, au fond de la cour de l’immeuble qui porte aujourd’hui le n° 4 de la Place du Marché aux fourrages , et où s’exploita pendant deux siècles et demi Y Hôtel de la Pucelle d'Orléans .
Nous pensions que ce n’était pas sans raison que cet hôtel avait pris cette dénomination; l’examen d’anciens titres nous en a donné la preuve, et nous a convaincu qu’une partie de son emplacement englobait le terrain qui fut témoin de la prise de Jeanne d’Arc.
En effet, le 19 août 1608, les Attournés Gouverneurs de Compiègne firent procéder au bailliage de cette ville, à l’adjudication de sept places (ou lots) de terrains à prendre le long du fossé qui entourait le ravelin (boulevard) jusqu’au pont de la Pucelle . On appelait ainsi, en souvenir de Jeanne d’Arc, le pont dormant qui donnait accès au boulevard, et qui formait la dernière limite qu'elle avait franchie à sa sortie de Compiègne. C’est par une confusion tout à fait involontaire, que plus haut
196 LA PRISE DE JEANNE d\\RC DEVANT COMPÏÈGNE.
toutes parts 1 . En vain agita-t-elle sa bannière pour appeler à son aide ceux de Compiègne ; en vain les habitants sonnèrent-ils les cloches ; rien ne bougea en deçà des remparts, et Guillaume de Flavy, qui avait été témoin de cette lutte héroïque* se borna à donner des ordres pour faire abaisser la herse et lever le pont levis.
(p. 1 3 ), en parlant de l'ancien pont de Compiègne, nous avons dit qu’il avait été t quelquefois dénommé pont de la Pucelle. » Depuis Timpression de cette partie de notre travail, nous avons acquis la certitude que cette dénomination ne s’appliquait qu’au pont dormant construit sur le fossé du ravelin ou boulevard, qui formait la tête de l’ancien pont de la ville.
Lors de la mise en vente ci-dessus rappelée, un sieur Arthur Julien se rendit adjudicataire des premier et deuxième lots, ayant alors 3 é pieds de face sur la chaussée conduisant à Venette ; t 3 o pieds du côté de la prairie et 240 pieds de profondeur; tenant d’un côté au fossé de la contrescarpe ; d’autre au troisième lot ; d'un bout à la prairie et d’autre sur la chaussée ; moyennant six deniers parisis de cens et pareille somme de surcens. On construisit sur ces terrains, des bâtiments qui furent affectés à une hôtellerie qui prit le nom d 'Hôtel de la Pucelle d'Orléans . C’était conserver la tradition qui affirmait que Jeanne d’Arc avait été prise sur ces mômes terrains. Le 20 juillet 1673, cette propriété passa entre les mains de Nicolas Chambellan qui la transmit à son tour en 1750 à sa petite-fille Marie-Jeanne Chambellan, femme de Louis Motel. L 'Hôtel de la Pucelle d'Orléans resta entre les mains de la famille Motel jusqu’en i 855 , époque où il fit place à une brasserie qui n’existe plus.
1. « La Pucelle chargea fort sur le costé des Bourgoignons. Ceulx de l'embusche advisèrent leurs gens qui retournoient en grant desroy (désarroi) ; lors descouvrirent leur embusche et, à coyste d’espérons (à toute bride), se vindrent mettre entre le pont de la ville, la Pucelle et sa compaignie. Et une partie d’entre eulx tournèrent droit à la Pucelle en si grant nombre que bonnement ceux de sa compaignie ne les peurent soubstenir. » Perce val de Cagny. (Procès de Jeanne d'Arc, T. IV>