JEANNE D’ARC REFUSE DE DONNER SA FOI
rendu son épée au bâtard de Wandonne et s’était confiée à lui. C’est une erreur, car dans son interrogatoire du 2 1 février 143 1 , elle a soutenu énergiquement qu’elle n’avait « oncques donné sa foi à personne : nulli unquam fidem dederat. » A première vue, cette déclaration peut paraître en contradiction avec la réponse quelle fit le jour même de sa prise à ceux qui lui criaient de bailler sa foi, en leur disant : « Je ay juré et baillié ma foy à autre que vous ; » mais il est facile de comprendre qu’il s’agissait alors du serment qu’elle avait fait à Dieu, ou à Charles VII de lui rendre son royaume.
Il faut également faire bon marché de la légende transmise jusqu’à nous et reproduite par la plupart des historiens, d’où il résulterait que si Jeanne d’Arc a été prise, c’est par le fait de Guillaume de Flavy qui, au moment où elle se présentait devant la barrière du boulevard du pont, aurait intentionnellement et pour l'empêcher de rentrer dans la ville, fait abaisser la herse. Nous verrons plus loin quelle part de responsabilité peut incomber à Guillaume de Flavy dans le déplorable résultat de la sortie du 23 mai 1430, mais la fermeture de la barrière n’en a point été, pour nous, la cause directe.
En effet, ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le signaler, Jeanne d’Arc a raconté elle-même, dans son interrogatoire du 10 mars 143 1, comment elle avait été prise.
« Je passai dit-elle, par le pont (de Compïègne), et par le boulevard; et j’allai en compagnie des gens de mon parti sur les gens du seigneur Jean de
LA PRISE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏÈGNE.
Luxembourg. Je les reboutai par deux fois jusqu’au logis des Bourguignons, et à la tierce fois jusqu’à mi-chemin. Sur ce, les Anglais, qui là étaient, nous coupèrent les chemins à mes gens et à moi. En me retirant, je fus prise dans les champs, sur le côté qui regarde la Picardie, tout près du boulevard. Entre Compïègne et le lieu où je fus prise il n’y avait que la rivière, et le boulevard avec son fossé 1 . »
C’est ce que Quicherat a très clairement résumé dans le passage suivant :
« Les gens de Jeanne d’Arc prirent la bride de son cheval et la firent retourner de force du côté de Compïègne. La fatalité voulut qu’ils n’arrivassent qu’au moment où l’entrée du boulevard n’était pas accessible. Les Anglais occupaient déjà la tête de la chaussée , avisant de là les derniers coups à faire sur la prairie. La petite troupe de la Pucelle, toujours poursuivie, vint s’acculer sous leurs yeux dans l’angle formé par le flanc du boulevard et par le talus de la chaussée. Les Picards qui l’avaient
i. « Interrogata utrum, quando fecit illam salitionem, transiverit per pontem Compendii : respondit quod transivit per pontem et per boulovardum, gallicè boulovart , et ivit cum societate gentium de parte sua, supra gentes domini Johannis de Luxemburgo, et eos repulit bina vice usque ad castra seu logias Burgundorum ; et in tertia vice, usque ad medium itineris. Et tune Anglici qui aderant, prœsciderunt iter ipsi Johannœ et suis gentibus ; et ipsa se retrahendo , fuit capta in campis, ad illud latus quod est versus Picardiam, prope dictum boulovardum ; et inter locum in quo capta fuit et Compendium, erat riparia media et boulovardum cum fossato ipsius; nec aliud mediabat. » [Procès de Jeanne d'Arc , T. I, p. 1 16.)