‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 8 sur 172 · RLV ALITÉ DES DUCS D’ORLÉANS ET DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

RLV ALITÉ DES DUCS D’ORLÉANS ET DE BOURGOGNE

d’Orléans et la famille royale, ce qui excita encore la jalousie du duc de Bourgogne. Néanmoins les deux ducs y assistèrent et se firent force protestations d’amitié ; mais autant en emportait le vent, car, dix-huit mois après, Louis d'Orléans était lâchement assassiné au sortir de l’ hôtel Barbette 1 .

En vain, Valentine de Milan, sa veuve, demandat-elle vengeance contre Jean sans Peur qui s’était reconnu l'instigateur du crime ; en vain, après la mort de cette infortunée princesse, ses fils reprirentils l'œuvre qu’elle avait commencée avec tant d’énergie et de douleur 2 , Jean sans Peur se fit délivrer le 5 juillet 1408, des lettres de pardon ; une paix fourrée 3 fut conclue à Chartres, mais, comme le dit Michelet, « tout le monde savait à quoi s’en tenir « sur la valeur d’une telle paix. Le greffier du Parle- « ment, en l’inscrivant sur son registre, ajouta ces « mots à la marge : Fax, pax, inquit propheta , et « non est pax 4 » ; et les prétendus réconciliés restèrent plus ennemis que jamais.

1 L’hôtel Barbette, sur l’emplacement duquel a été ouverte en 1 563 à Paris, la rue de ce nom, était situé dans le quartier de la rue Vieille-du-Temple. Il avait été acheté par Isabeau de Bavière pour en faire une maison de plaisance. C’est en sortant de souper avec la Reine, que le duc d'Orléans fut attaqué et mis à mort le 23 novembre 1407, par une bande de sicaires qü’avait soudoyés le duc de Bourgogne. Trois jours auparavant, le duc d’Orléans et le duc de Bourgogne avaient entendu la messe et communié ensemble.

2 Elle avait pris pour devise :

« Rien ne m’est plus, — Plus ne m’est rien. »

3 On appelait ainsi une paix que chaque partie contractante était bien décidée à ne pas respecter.

4 Histoire de France, Édition Lacroix et C ie , T. IV, p. 124.

C'est à partir de ce moment que la ville de Compïègne entre vraiment en scène et qu’elle va devenir le théâtre de luttes acharnées pendant plus de vingt ans.

En 1410 Charles d’Orléans épousa Bonne, fille de Bernard VI, comte d’ Armagnac qui devint, au lendemain de cette union, le chef du parti d’Orléans auquel il donna son propre nom * . La population se divisa alors en Bourguignons et en Armagnacs * .

« Les deux partis employaient des armées formées d'un amas d'hommes de tous les pays. Anglais, Bourguignons, Brabançons, Allemands, tout cela dévorait la France. Le comte d’Armagnac qui tenait le parti des princes, s’avançait de son côté à la tête de bandes de Gascons. La férocité de ce chef n’était égalée dans le parti des Bourguignons que par celle du comte de Luxembourg. Les Parisiens étaient pour le duc de Bourgogne. Leurs corporations, à la voix de Luxembourg, s’organisent en compagnies et se chargent de la garde de la ville ; celle des bouchers se livre à des exécutions sanglantes. Les Armagnacs

* « Et pour ce que le Comte d’Armagnac estoit avec le duc d’Orléans, on mit nom à ceux qui tenoient son party, Armagnacs. Terribles et horribles meurtres, roberies, etpilleries se fesoient à Paris contre ceux qu’on tenoit estre du party du duc d’Orléans. Et suffisoit pour tuer un notable bourgeois, et le piller et desrober, de dire et crier par quelque personne en haine: « Voilà un Armagnac ! » (Juvénal des Ursins, Hist. de Charles VI. Édition Buchon, p. 461.)

2 Les Bourguignons avaient pris pour signe de ralliement, un chaperon bleu avec la croix blanche en sautoir dite croix de Saint-André , une fleur de lis au milieu et la devise : Vive le Roi ! De leur côté, les Armagnacs avaient adopté une bande ou écharpe blanche.

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