‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 9 sur 172 · COMPÏÈGNE AU COMMENCEMENT DU XV® SIÈCLE · texte numérisé non relu

COMPÏÈGNE AU COMMENCEMENT DU XV® SIÈCLE

exerçaient par représailles, mille cruautés dans les campagnes. Leurs excès furent tels que la cause légitime qu’ils défendaient devint mauvaise et que le Conseil du roi invoqua contre eux l’appui de Jean sans Peur lui-même 4 . »

Cependant les habitants de Compïègne ne voyaient pas sans une certaine inquiétude ce qui se passait tout autour d’eux, et ils ne se dissimulaient pas que tôt ou tard leur tour arriverait.

Déjà le 3 septembre de l’an 1408, le fils de messire Jean de Hangest seigneur de Genlis, -s’était présenté devant les gouverneurs ou attournés de la ville 2 pour leur dire, de la part de son père, que si Compïègne avait besoin d’un capitaine, le dit messire Jean de Hangest se mettait à leur disposition. Les attournés reçurent avec empressement le jeune ambassadeur

1 Lambert de Ballyhier. Compïègne historique et monu mental , T. I, p. 1 19.

2 C’étaient alors Herbert PEscrivain, Jean Dupuis Paîné, Jacques Cadot et Gilles Saget.

Les attournés représentaient au moyen âge ce que sont aujourd’hui le maire et les adjoints d’une ville. Ils étaient ordinairement au nombre de trois. Leurs fonctions duraient pendant trois ans; quelquefois cependant, elles se prolongeaient au delà de ce terme. C’était à la Saint-Jean qu’ils entraient en fonctions. Les électeurs se réunissaient pour leur nomination, sous la présidence du Capitaine assisté du lieutenant du bailliage de Senlis auquel ressortissait la ville de Compïègne.

D’après La Curne de Sainte-Palaye [Dictionnaire de Van cien langage français ), le mot attourné s’appliquait à celui qui gérait les affaires d’autrui et signifiait aussi, en quelques lieux, maire de Ville. « C’est peut-être dans ce dernier sens, ajoutet-il, qu’il faut entendre les Attournés de Compiègne. »

On désigne encore en Angleterre sous le nom $ Attorney un chargé d’affaires.

qu’ils gratifièrent d'un vin d'honneur 1 et le 3o du même mois, messirc de Hangest ayant été élu capitaine, deux des attournés se rendirent à Pont-Sainte- Maxence où il se trouvait, pour le complimenter, et lui offrir deux pots de vin blanc comme présent d'honneur et traiter avec lui de la défense de la ville 2 .

Du reste, rien n'était négligé pour assurer cette défense : chaque habitant était requis d’apporter son concours soit pour monter la garde, soit pour contribuer aux frais ; et comme les religieux ou gens d'église excipaient de leur qualité pour se soustraire à de pareilles charges, les attournés se rendirent tout exprès à Paris à l’effet d’obtenir du Parlement un arrêt qui contraignit les récalcitrants à payer leur part dans

1 C’était une habitude, au moyen âge, d’offrir un présent quelconque à ceux que les attournés recevaient. La plupart du temps ces présents consistaient en vin de Bourgogne.

2 Le registre des délibérations de la ville de Compiègne de 1406 à 1414 mentionne un sire de Hangest, seigneur de Monchy-le-Perreux (aujourd’hui Monchy-Humières), qui fut nommé en 1413 par le Roi, capitaine général de la rivière d’Oise et d’Aisne.

En outre M. De la Fons de Mélicoq [Une cité Picarde , p. 64), signale ce qui suit l

« 10 juin 1418, on offre à M. de Genlis de Hangest, deux tonneaux de vin, etc., etc., etc. »

« En août 1419, on décida que l’on donnerait à Madame de Genlis, un joyau d’argent, gobelet ou tasse, selon que l’on trouverait. »

Une décision du chapitre de Noyon en date du 23 août suivant, avait confirmé « la nomination du sieur de Genlis comme capitaine de la ville. »

C’était le père de Charles de Hangest, évêque de Noyon sous François I er .

V. sur la maison d’Aubert de Hangest, seigneur de Genlis, Y Annuaire du Progrès de l'Oise, année 1 883 , p. 184.

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