‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 84 sur 172 · Histoire de France. — T. XV p · texte numérisé non relu

Histoire de France. — T. XV p

« Tantus solo Puellæ nomine eorum animis incessit pavor, ut magno eorum plurimi firmarentsacramento, quod solo audito ejus nomine, aut signis ejus conspectis, vires animumque perderent; ita ut, nec arcus tendere, nec jacula ulla mittere valerent, nec ferire hostem (ut soliti erant) haberent potestatem. » Jacob Meyerus sacerdos Brugensis. V. Hordal, Héroinœ nobilissimœ Joannœ Darc historia — Ponti-mussi, 1612, p. 62.

Quicherat rapporte dans le Procès de Jeanne d’Arc, T. V, p. i6i,un édit du roi d’Angleterre en date du 3 mai 1430, contre les capitaines et soldats anglais qui refusaient de passer en France par crainte de la Pucelle.

208 LA PRISE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏÈGNE.

prins cinq cens combatans. Car ilz ne cremoient, ne redoubtoient nul capitaine ne autre chief de guerre, tant comme ilz avoient tous jours faits jusques à présent jour ycelle Pucelle. »

La Chronique anonyme dite des Cordeliers dit, à son tour :

« De la prise de la Pucelle fut moult grant renommée partout, en furent moult joyeux ceulx du party de Bourgongne et ceulx des aultres moult dolans ; car les uns avoient espérance et les aultres doubtoient de son fait *. »

Et David Hume, le célèbre historien anglais ajoute : « Une preuve du mérite de la Pucelle plus grande encore que celle qui résulte de l’envie de ses compagnons, ce fut la joie extraordinaire que témoignèrent ses ennemis quand elle fut en leur pouvoir. Bedford se regarda dès lors comme le maître de la France. »

L’infortunée captive, nous l’avons dit, fut conduite au château de Margny par le bâtard de Wandonne, et aussitôt le duc de Bourgogne averti de ce grand évènement, s’empressa d’accourir de Coudun avec toute sa suite pour contempler à son tour, sa plus redoutable ennemie.

Que se passa-t-il alors?

Le duc, raconte Monstrelet (loc. cit.J « ala veoir la (dicte Pucelle) au logis où elle estoit, et parla avec elle aucunes paroles, dont je ne suis mie (point) bien record, jà (quoique) soit chose que je y estoie présent. »

Jean Jouffroy, évêque d’Arras, puis archevêque

i. Revue historique , T. XIX, p. 82.

ENTREVUE DU DUC DE BOURGOGNE ET DE JEANNE d'aRC 209

d’Albi, qui prononça devant le pape Pie II l’éloge du duc de Bourgogne, soutient, au contraire, que Philippe le Bon ne daigna ni parler à Jeanne d’Arc, ni même la regarder :

« Hanc vero etsi hostes Philippi suum columen et stabulum confidentiœ suce ducerent, Philippus tamen ad se reductam alloqui sprevit et intueri *. »

Le pape lui-même, dans les mémoires qu’il publia sous le nom de son secrétaire Jean Gobelin, raconte pareille chose en ces termes : « Philippum captam ad se duci prohibuisse , cui indecorum videretur , etiam vincendo , cum fœminâ decertasse 2 . »

Tout d’abord, Quicherat avait considéré cette assertion comme le résultat d’un « mensonge de quelque grand personnage de la cour de Bourgogne que le pape, alors qu’il n’était encore que le cardinal Æneas Sylvius, avait eu l’occasion d’interroger ; mais depuis lors, il est revenu sur cette manière de voir.

« Il est permis, dit-il, d’avoir une autre opinion, à présent qu’il est hors de doute que Pie II n’a fait que répéter ce qu’il avait entendu dire à l’évêque d’Arras, ce qu’il trouva écrit dans l’exemplaire de la harangue qui lui fut certainement offert. L’évêque d’Arras, en effet, est une autorité grave en tout ce qui touche Philippe le Bon. Il parlait de lui en familier particulièrement instruit de ce qui se passait, et se disait dans l’intimité du prince ; au lieu de rejeter son témoignage, il est donc plus rationnel de chercher à le concilier

1 . Chroniques relatives à l'histoire de la Belgique sous la domination des ducs de Bourgogne. Textes latins, p. 1 38 .

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