LETTRE AUX HABITANTS DE SAINT-QUENTIN
« bonne paix ferme qui dure longtemps », elle lui reprochait de n’être point venu au sacre qui se célébrait le jour même à Reims. Or, on comprend fort bien que Monstrelet, qui pour être bon chroniqueur, n’en était pas moins un zélé courtisan, ne se soit pas soucié de donner à Jeanne d'Arc, vis-à-vis de Philippe le Bon, un rôle qui n’était pas à l’avantage de ce dernier.
« Toute conscience honnête peut suppléer à cette lacune, lacune trop opportune pour n’être pas volontaire *. »
Après cette entrevue qui, au surplus, n’a pas dû se prolonger bien longtemps, le duc de Bourgogne donna des ordres pour que la nouvelle de la prise de Jeanne d’Arc fût transmise à toutes ses bonnes villes et même jusqu’en Bretagne ; des courriers partirent donc dans toutes les directions, et l’un deux porta en toute hâte à la ville de Saint-Quentin la lettre suivante :
« De par le duc de Bourgongne, conte de Flandres, d’Artois, de Bourgogne et de Namur.
« Très chiers et bien amez, sachans que vous desirez savoir de noz nouvelles, vous signifions que ce jour d’uy xxm e de may, environ six heures après midi, les adversaires de monseigneur le roy et les nostres, qui s’estoient mis ensemble en très grosse puissance et boutez en la ville de Compiengne, devant laquelle
i. Jeanne d'Arc l'héroïne de la France , par M. de Lescure, P* 357.
212 LA PRISE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏÈGNE.
nous et les gens de nostre armée sommes logiez, sont sailliz de la dicte ville à puissance sur le logis de nostre avangarde le plus prouchain d’eulx ; à laquelle saillie estoit celle qu’ils appellent la Pucelle , avecques plusieurs de leurs principaulx capitaines. A l’encontre desquelz, beau cousin, messire Jehan de Lucembourg, qui y estoit présent, et autres nos gens et aucuns des gens de monseigneur le roy (Henri VI) quil avait envoié par devers nous pour passer oultre et aler à Paris, ont fait très grant et aspre résistence ; et prestement en nostre personne y arrivasmes, et trouvasmes que les diz adversaires estoient ja reboutez; et par le plaisir de nostre benoist Créateur, la chose est ainsi avenue et nous a fait tele grâce que icelle appelée la Pucelle a esté prise, et avecques elle plusieurs capitaines,, chevaliers, escuiers et autres prins, noiez et mors, dont à ceste heure nous ne savons encores les noms, sans ce que aucuns de nos genz ne des gens de mondit seigneur le roy y aient esté mors et prins, ne qu’il y ait eu de noz gens bleciez vint personnes, la grâce Dieu. De laquelle prise ainsi que tenons certainement, seront grans nouvelles partout, et seracongneue l’erreur et foie créance de tous ceulx qui ès faiz d’icelle femme se sont rendus enclins et favorables ; et ceste chose vous escrivons pour noz nouvelles, espérans que en aurez joye, confort et consolation et en rendrez grâces et louenges à nostre dit Créateur qui tout voit et cognoist, et qui, par son benoist plaisir, vueille conduire le surplus de noz emprises au bien de nostre dit seigneur le roy et de sa seigneurie et au relievement et reconfort de ses bons et loyaulx