‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 98 sur 172 · INSTALLATION DE MOULINS DANS LES HALLES · texte numérisé non relu

INSTALLATION DE MOULINS DANS LES HALLES

toutes parts une artillerie nombreuse, composée de bombardes, veuglaires, coullards et couleuvrines. L’effet de ces habillements de guerre > (c’est ainsi qu on appelait le matériel de siège), ne tarda pas à se faire sentir. Il y avait notamment à la pointe du boulevard, du côté de la chaussée de Margny, un moulin à vent qui approvisionnait de farine les habitants de Gompiègne. Quelques pierres à canon (boulets en pierre ou en grés) habilement lancés, suffirent à le mettre hors de service, et dès le 27 mai 1430, il fallut aviser à le remplacer dans des conditions moins dangereuses. Les attournés firent alors installer aux frais de la ville, dans la grande halle 1 et dans celle aux frippiers , qui était à côté, deux moulins à manège qu’on afferma chaque semaine à des habitants qui se chargèrent d’y faire moudre le grain 2 .

1. « La grant halle fut occupée du jour Saint Jean-Baptiste et encore trois semaines paravant jusques au xi i° jour de juillet 1 1 1 i c trente ung pour le molin qui fut fait pendant le siège, et n’a point esté loué.

« La halle aux frippiers n’a point esté louée pendant le temps de cest compte, mais a esté occupée à un molin qui y a esté fait pendant le siège.

« L’aide du sel a été de nul proffit pour le fait de la guerre et l’on n’a point vendu de sel en grenier. »

(. Archiv . de Compïègne , GG. 1 3 , f os 2, 3 et 22.)

2. « Reçeu de Lorens Charmolue, qui a prins à ferme le molin à chevaulx fait en la grant halle de Compiengne du lundy xxix® jour de may l’an mil 1111 e et trente jusques à huit jours ensuivans inclus parmi [moyennant) vm s. p. pour chacun jour.

« De Régnault Leboucher qui a prins à ferme le dit molin avec l’autre molin présentement fait à la halle aux frippiers du mercredy xm e jour de juing au point du jour jusques à

Le même jour, Guillaume de Flavy fit démolir tous les murs qui se trouvaient en dehors de la porte de Paris et au faubourg Saint-Germain, derrière lesquels l’ennemi aurait pu s'abriter ou qui auraient gêné le tir de la place.

Mais quelque temps après, ce fut bien autre chose : le pont de bois qui servait de communication entre Tavant-pont et le boulevard, ne put à son tour résister aux projectiles qui l'accablaient, et suivant l’expression du temps, il ne tarda pas à être despécié 1 . Force fut alors de remédier au plus vite à ce désastre, et pour rétablir la circulation jusqu’au boulevard, on installa, tant bien que mal, sur la partie rompue, un pont avec des cordes, et de plus on organisa un service de nacelles, permettant de communiquer par eau avec le boulevard.

quinze jours ensuivans incluz parmi xvm s. p. pour chacun jour. »

(Archiv. de Compïègne, CC. 1 3, f° y.)

La dernière location de ces moulins eut lieu au mois dé septembre 143 1, époque à laquelle les moulins du pont furent rétablis : « Et depuis là en avant les diz molins ne furent point occuppez pour ce que on molut ès molins sur le pont. »

(Archiv. de Compïègne , CC. 1 3, f° 8.)

1. Le duc de Bourgogne fit « asseoir aucuns grans engiens devant la porte, lesquels par la continuation des grosses pierres (boulets) qu’ilz y gectèrent, dérompirent et cravantèrent en plusieurs lieux les portes, pons, moulins et bolevers de la dicte ville, et tant qu’enfin y eut aulcune partie des moulins mis en tel point que plus ne porent mouldre. Laquelle chose despleut grandement aux habitans d’ycelle. (Monstrelet, T. IV, p. 390.)

Il résulte de ce passage qu’indépendamment du moulin qui se trouvait dans le boulevard ou demi-lune, il en existait d'autres sur le pont même : seulement les derniers étaient des moulins à eau.

FABRICATION d’aRMES POUR LA DÉFENSE. 233

A cet effet, on pratiqua dans l’arche du pont-levis de l’avant-pont, une ouverture par laquelle on descendait dans de légères embarcations recouvertes d’une sorte de tente en cuir, et, pour que l’ennemi ne puisse pas se rendre compte des allées et venues, on masqua cette partie du pont démoli par de larges toiles qui pendaient jusque sur la rivière. De cette façon on croyait pouvoir se rendre avec une certaine sécurité dans l’intérieur du boulevard dont on défendait les approches avec la plus grande énergie.

Pendant que l’on concentrait ainsi de ce côté, l’action militaire, les attournés se préoccupaient dans la ville de tout ce qui pouvait assurer les besoins du service et de l’alimentation des habitants. Le cimetière de Saint-Pierre, qui entourait ce qui nous reste aujourd’hui de l’église des Minimes , fut converti en vaste chantier où l’on cuisait du charbon avec le bois provenant de la forêt, et où, en même temps, on employait à faire de la poudre, le salpêtre et le soufre qu’on se procurait partout où l’on en pouvait trouver.

Les fèvres (forgerons), serruriers et charrons étaient mis en réquisition pour fabriquer, ferrer, empenner et mettre à point les viretons qu'on distribuait aux arbalétriers. D'après les comptes de la Ville, plus de douze mille de ces traits furent ainsi préparés pendant le siège, sans compter les flèches et autres engins de même nature. Les chandeliers faisaient fondre quantité de tourteaux pour éclairer les fossés et les retranchements ; les soujffletiers et fuselliers (faiseurs de fuseaux) débitaient des tampons de bois destinés aux canons ; les tonneliers disposaient les pavois ,

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sortes de grands boucliers en bois, tandis que les artilliers (armuriers) ajustaient des cordes aux arbalètes ; enfin les gantiers confectionnaient des sachets à fusées et des sacs de toute dimension pour renfermer la poudre. Tous les corps de métiers étaient mis en œuvre et travaillaient avec un zèle d’autant plus grand qu’il s’agissait de la défense commune.

Mais en dehors de ces ouvrages multiples, il avait été facile de voir que certaines parties des fortifications laissaient à désirer. Les deux points vulnérables étaient surtout le couvent des Jacobins et la tour des Osiers. Guillaume de Flavy s’en rendit compte ; aussi chercha-t-il à y remédier, autant que possible, en faisant élever, devant les Jacobins, un retranchement en terre, et en faisant percer une poterne qui permît de communiquer directement avec le couvent ; puis, à l’autre extrémité des remparts, le long de l’Oise, il fit couler un grand bateau près de la tour des Osiers, de façon à garantir l 'île de la Palée et à en rendre la pointe inaccessible. De plus, on garnit les fossés de haies d’épines, on ménagea dans les murs quantité de sarbacanes, et on creusa en dehors du donjon, une galerie souterraine donnant la facilité de circuler à couvert tout le long de la rivière.

De pareils travaux, on le comprend sans peine, épuisèrent les ressources pécuniaires de la ville, d'autant plus rapidement que les revenus qu’elle touchait habituellement lui faisaient en partie défaut *. Ainsi les

i . « Les portes et tournelles qui souloient (avaient l’habitude) estre loue'es au profit de la dite ville n’ont point esté

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