‹ La prise de la Bastille, et les conséquences de cet événement dans lesChapitre 15 sur 27 · GUYENNE · texte numérisé non relu

GUYENNE

Un homme, porteur de faux édits, parcourut toute la Guyenne, semant l'alarme, annonçant que des brigands et des Anglais arrivaient pour saccager les campagnes. Il fut arrêté et conduit dans les prisons de Bordeaux.

Lorsqu'on juillet 1789, Bordeaux connut la prise de la Bastille, il se livra à des transports de joie, à des manifestations exaltées. Par un mouvement spontané, les citoyens arborèrent la cocarde nationale et une adresse, sigaée de 4.000 d'entre eux, alla porter à l'Assemblée constituante les plus chaleureuses félicitations. Trois jours après, on se réunit au jardin public, au nombre d'au moins 30 mille hommes, pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire, afin d'assurer à Bordeaux, le maintien de la tranquillité publique.

Toutes les passions se turent devant l'intérêt gêné-

rai. Une échelle dressée contre un arbre devint une tribune où plusieurs orateurs se firent entendre.

Tout s'accorde à exhorter les citoyens à s'armer promptement pour assurer le triomphe de la liberté en veillant au respect des propriétés. Un dernier se présente, c'est un tout jeune, fils d'un riche négociant, c'est Fonfrède, le futur Girondin. Il indique les mesures à prendre pour organiser l'armement général ; il demande qu'on désigne par acclamation deux commissaires de chaque paroisse qui se rendront immédiatement auprès des quatre-vingt-dix électeurs, pour les inviter au nom du bien pubUc à diriger l'élan patriotique des citoyens et de faire un règlement d'après lequel on s'enrégimenterait dès le lendemain.

Les quatre-vingt-dix électeurs étaient réunis à l'Hôtel-de Ville ; ils balancèrent un moment, mais les commissaires des paroisses insistant et déclarant que l'effervescence populaire pouvait avoir des suites fâcheuses, ils se rendirent. Ils prirent donc un arrêté portant délibérante, ils acceptent la mission qui leur est confiée « de pourvoir aux soins qu'exigeront les circonstances pour la défense commune et le maintien du bon ordre de la ville. » Ils déclarent, du reste, qu'ils se borneront à proposer les mesures les plus urgentes, et que, n'ayant aucune juridiction, ils ne feront autre chose qu'inviter le peuple à adopter ces mesures. Les quatre-vingt-dix s'occupèrent d'un règlement provisoire pour la formation de l'armée patriotique bordelaise, mais, voulant demeurer simple conseil de la cité, ils en laissèrent l'administration à ses anciens magistrats, qu'ils couvrirent en quelque sorte de la considération dont ils jouissaient

102 LES ÉMBUTES

eux-mémés. Bôt eff fsffé exemple de désintéressement et de- modération; " ^

Le 21 juillet, les citoyens en état de porter les armes se réunirent dans les églises, une milice s'organisa avec autant d'ordre que d'enthousiasme, et, avant la fin du jour, 12.000 hommes enrégimentés allèrent se mettre à la disposition des électeurs.

Mais cette garde n'était armée que de fusils de chasse ou de ceux^ que renfermait l'arsenal de la commune pour l'usage de la garde bourgeoise.

Ces armes étaient insuffisantes.

Les circonstances en fournirent.

On sait qu'à cette époque, se répandit en tous lieux à la fois le bruit que des colonnes de brigands armés parcouraient le pays. Déjà, disait-on, ces brigands étaient à Angoulême, et ils s'avançaient sur Bordeaux.

L'armée citoyenne investit alors le château Trompette, et demanda les fusils et les objets d'équipement militaire conservés dans cette forteresse. La garnison crut d'abord à une attaque semblable à celle qui avait renversé la Bastille, et elle se prépara à la défense ; mais le commandant de Funel, mieux informé, s'empressa de livrer les clefs du fort aux électeurs. En vingt-quatre heures, les fusils de l'arsenal furent distribués et la milice citoyenne entièrement armée.

C'était le 29 juillet.

La milice bourgeoise ou plutôt la garde p^^triotique de Libourne fut réorganisée (23 juillet); ses rangs se grossirent bientôt par l'épouvante semée (30 juillet) à ^

la nouvelle de Tarrivée, sur tous les points, de milliers de brigands venant envahir la ville et la mettre au pillage. La garde prit la cocarde tricolore et avec cet emblème d'un nouvel ordre de choses, elle prêta (27 août) serment de fidélité à la nation, au roi, à la loi. Le vicomte de Brons et le régiment Royal-Pologne suivirent cet exemple en présence des officiers municipaux. Mais le calme ne régnait pas dans Libourne : un hiver rigoureux et long avait porté atteinte aux récoltes ; elles furent complètement détruites dans les palus par une grande inondation survenue par la fonte des neiges. La disette existait, elle ne pouvait qu'augmenter jusqu'à la moisson de l'année suivante. Les magistrats municipaux entrevirent, dans cette pénurie de substances, un prétexte pour les malveillants de fomenter des troubles ; ils firent publier dans toute la sénéchaussée le décret de l'Assemblée nationale, relatif à l'exécution des lois du royaume, et, redoublant de vigilance, ils proclamèrent la liberté de la circulation des grains, prirent des arrêtés, en ordonnèrent l'observation rigoureuse dans toute l'étendue de la juridiction sénéchale. Des recherches furent faites chez les accapareurs de blé.

Un conseiller de Bordeaux, fils du premier président de la cour, traversant une rue populeuse, a été assailli de projectiles immondes. Son perruquier qui commandait une patrouille, passa sur les entrefaites.

— « Tiens, dit-il, c'est un aristocrate à qui je fais la barbe ? Amusons-nous I En vertu de son autorité de chef de patrouille, il met un fusil entre les mains

du conseiller, et lui ordonna de rester en sentinelle sur la place même. Puis il s'éloigne, laissant l'infortuné magistrat exposé aux outrages de la foule, qui, deux heures durant, continua de le couvrir d'immondices.

Les officiers municipaux de Gaussade écrivent le P\

9 août à l'Assemblée nationale, qu'une jeunesse inconsidérée s'est emparée de M. de Gazalès ; qu'ils ont eu beaucoup de peine de l'arracher de ses mains, et qu'il est maintenant détenu dans une auberge et gardé par la milice bourgeoise ; qu'ils attendent la décision et les ordres de l'Assemblée sur la conduite qu'ils ont à tenir.

Le rapporteur communique en même temps un projet de réponse, portant que M. de Gazalès n'étant accusé d'aucun délit, sa personne était inviolable ; qu'il est nécessaire de le mettre en liberté, pour qu'il vienne prendre dans l'Assemblée la place qui lui appartient.

Montjoie. Conjuration.,.. Orléans^ II. 105.

J. Guadet. Lès Girondins...., I. 80.

R. Guinodie. Histoire de Libourne...., I. 315.

E. de Mirecourt. Avant, Pendant et Après la Terreur, II. 302.

Moniteur. Réimpression, I. 352.

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