‹ La prise de la Bastille, et les conséquences de cet événement dans lesChapitre 24 sur 27 · PICARDIE · texte numérisé non relu

PICARDIE

Neuf cultivateurs de Breteuil (écrivent, le 23 juillet, que tous leurs greniers ont été pillés la veille jusqu'au dernier grain. « On menace de piller nos | récoltes et de mettre le feu à nos granges quand elles seront pleines. ^ «

M. Tassart, notaire, a été visité dans sa maison par la populace et menacé d'être tué. »

A Amiens, au mois de juillet, deux marchands de grains, accusés d'accaparement par la rumeur publique, sont obligés de quitter la ville. On reconnut plus tard que l'accusation était calomnieuse et que, loin d'accaparer les grains, ils en faisaient venir de l'étranger qu'ils vendaient à deux livres au-dessous du cours.

Dès le 8 août, la paix fut troublée à Amiens, à Toc-

casion des moulins à blé qu'un négociant de celte ville (M. Jourdain de TEloge) avait fait construire à la sollicitation du gouvernement et du commerce de grains auquel il se livrait pour maintenir l'abondance au sein de sapatrie. L'Assemblée nationale, instruite des violences que le peuple s'était permises contre ce négociant et sa famille, fît examiner sa conduite ; ayant reconnu qu'il était victime d'injustes préventions, que cette année même, il avait préservé ses concitoyens des malheurs de la famine par d'immenses approvisionnements vendus à un prix modique, elle invita les officiers municipaux à prendre sous leur sauvegarde la vie, l'honneur et les biens de ce respectable citoyen et ceux-ci s'empressèrent d'obtempérer à cette sage invitation.

Mais le 16 août, de nouveaux désordres éclatèrent à Amiens. Un sergent du régiment de Gonty, M. Desfourneaux, depuis général, se conduisit en cette circonstance avec tant de bravoure et d'humanité, que la ville crut devoir lui donner un témoignage de l'estime et de la reconnaissance publiques.

La ville de Montrcuil-sur-Mer, s'appuyant sur la disparition de M. l'intendant d'Amiens, a entrepris de faire elle-même le recouvrement des droits du roi à ses barrières. Elle a envoyé aussi un mémoire imprimé sous la, date nationale et a invité toutes les villes de la province à se réunir à elle pour faire connaître à ce comité le peu de secours de grains qu'elle a reçus; et mettre le comité à portée, par comparaison avec le règlement arrêté par M. Necker, d'apprécier l'énormité des crimes des accapareurs, et

réparer s'il est possible tous les maux dont ils sont les auteurs, en les punissant, soit par des amendes légalement prononcées contre eux, soitpar la confiscation des biens de ceux qui sont fugitifs ou enfin par tel autre moyen qu'on avisera.

On apprend en ce moment que cette milice bourgeoise vient d'arrêter et constituer prisonnières plusieurs personnes accusées d'accaparement de nouveaux blés de la récolte de cette année.

Dans une autre ville de Picardie (Abbeville), on vient de publier des moniteurs pour découvrir les personnes du peuple qui ont renversé les barrières et les corps de gardes des employés des Gabelles.

Les jeunes Boulonnais sollicitèrent, le jour même de l'adoption des couleurs nationales, la grâce de trois contrebandiers condamnés aux galères , et de deux malheureux condamnés à la même peine pour avoir coupé du bois dans la forêt. Le juge qui avait prononcé l'arrêt consentit de suite à les absoudre ; sans doute cette mesure était illégale, car le droit de grâce ne peut jamais émaner que du souverain ; mais l'entraînement des esprits vers une législation plus humaine était tel, qud cette remise d'une peine beaucoup trop sévère parut toute simple. Une quête fut faite en faveur des graciés ; et afin que tous les détenus se ressentissent de la satisfaction générale, on préleva une somme pour les autres prisonniers, dont on ne pouvait obtenir la liberté parce que leurs fautes et leurs condamnations se rattachaient à d'autres causes.

Peu de temps après, un sentiment d'inquiétude et

de défiance devint commun à toute la France ; Boulogne l'éprouva comme les autres provinces. Des bruits mensongers se répandirent et se trouvèrent fortifiés par le manque de subsistances. On ne réfléchissait pas qu'une mauvaise récolte était la cause principale de la rareté des grains. Les esprits exaltés n'approfondissaient rien ; ils accueillaient avec empressement cette dénonciation absurde qu'une seule voiture de seigle, destinée pour Dervres, et qu'on disait devoir être exportée à l'étranger, allait amener la famine dans le pays. On crut tout aussi facilement qu'un magasin de blé destiné à Vexportatiouj se trouvait à Waternelle et cependant des commissaires envoyés ne trouvèrent que sept setiers de grains dans une maison habitée par quinze personnes. De telles dispositions firent sentir la nécessité d'une force publique propre à maintenir la tranquillité, exposée à être troublée à chaque instant ; et à l'exemple de Paris, de Saint-Omer, de Béthune, d'Arras et d'autres villes, une garde nationale s'institua sous le nom de Régiment national,

,Ge fut un beau jour que celui où les honnêtes citoyens demandèrent eux-mêmes à s'armer pour conserver le calme et le bon ordre ; celui où tout ce qu'il y avait de gens distingués et recommandables briguèrent l'honneur d'être soldats : aussi la garde nationale de Boulogne pouvait-elle rivaliser avec les mieux organisées de la Picardie.

Cependant, en cette circonstance un incident faillit amener des conséquences bien graves et cela par les précautions que l'autorité militaire avait prises et que la prudence pouvait alors commander.

Le dimanche 9 août, jour fixé pour la bénédiction des drapeaux, la garde nationale était rassemblée sur l'esplanade ; mais des fusils n'avaient été délivrés qu'aux grenadiers et chasseurs seulement ; on avait en vain sollicité que les autres compagnies fussent armées. Beaucoup de pourparlers et même des marques de mécontentement avaient eu lieu, lorsque le commandant militaire, pressé de se rendre enfin au vœu des habitants, consentit à délivrer vingt-quatre fusils par compagnie ; en môme temps le château qui servait d'arsenal, et qui n'était gardé que par des invalides, fut inopinément occupé par un fort détachement de la garnison. Les portes s'en trouvèrent fermées lorsqu'on se présenta pour obtenir les armes promises : on arrivait à peine que la sentinelle fit feu. Cette détonation inattendue porta l'alarme dans tous les esprits; on cria à la trahison ; déjà on se préparait au combat et le sang allait couler lorsque heureusement on sut, que le coup était par accident, que la sentinelle avait l'arme au bras, que la balle avait frappé la voûte perpendiculairement, et que dès lors il ne pouvait y avoir de mauvaises intentions. Peu à peu le calme se rétablit. Les fusils furent délivrés, on se mit en marche, et la bénédiction des drapeaux eut lieu avec Tordre et le respect que commandait la solennité d'une semblable cérémonie.

On était encore sous les armes lorsqu'on apprit que le commandant militaire ne se croyant pas en sûreté, avait appelé de Calais^ dès la veille, le régiment de Dillon pour renforcer la garnison. Déjà ce régiment était sur les hauteurs de Waquinghen et chaque soldat se trouvait muni de cartouches comme s'il se fût agi

d'une révolte à réprimer. L'étonnement que produisit une semblable mesure ne saurait être décrit : rien, absolument rien ne la nécessitait; aussi l'autorité administrative en comprit toute la maladresse, et obtint contre-ordre. Des commissaires partirent aussitôt, rencontrèrent le régiment à Wimille, le firent retourner sur ses pas, et cet acte de sagesse rassura d'autant plus la population que le lendemain la garnison reçut ordre de partir sur-le-champ. Le même jour, la garde nationale rapporta au château les armes en mauvais état qu'on lui avait délivrées.

A Péronne et Ham, l'ordre étant venu de rétablir les barrières, le peuple a détruit tous les corps de garde, est allé prendre tous les employés chez eux et leur a commandé de déguerpir, sous peine de mort, dans les vingt-quatre heures.

Une lettre des officiers municipaux de la ville de Péronne rend compte de l'arrestation de M. l'abbé Maury à son passage dans cette ville, qui, sous prétexte d'aller solliciter de nouveaux pouvoirs de ses commettants, paraissait vouloir prendre une route opposée à celle qui devait le ramener à l'Assemblée nationale. Les officiers municipaux de Péronne et la garde bourgeoise ont jugé. prudent de s'assurer de sa personne en attendant que l'Assemblée nationale ait fait connaître ses intentions.

M, l'abbé Maury a éciit aussi à M. le Président pour l'instruire des motifs de son voyage, et de sa détention à Péronne. Il rend justice aux habitants

de Péronne, qui ont eu pour lui tous les égards qu'il pouvait en attendre.

M. H. Dusevel. Histoire de la ville d'AmienSf II. 210, H. ïaine. Origines.., ^ II, 80, 90.

Bulletin de la Correspondance de Bretagne^ II. 124. J.-B. Bcrtraud. Précis de l* histoire.... de Boulogne-sur-Mer, I. 18a.

Moniteur» Réimpression, 1. 211.

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