‹ La prise de la Bastille, et les conséquences de cet événement dans lesChapitre 25 sur 27 · POITOU · texte numérisé non relu

POITOU

A la nouvelle de la prise de la Bastille, la municipalité de Niort fait prôter aux commandants des troupes, en garnison dans cette ville, le serment de ne jamais employer les troupes qui sont sous ses ordres contre les citoyens, s'ils n'en sont requis par les officiers civils ou municipaux.

A Chatellerault, le peuple s'empara de THôtel-de- Ville, nomma des échevins et arrêta les magistrats qui s'opposaient à ses arrêts ; on prescrivit aussitôt des mesures pour aller à la recherche des farines.

Le pain fut fixé à 3 sols la livre pour les ouvriers, et à 5 sols pour les nobles.

Parthenay, le 23 juillet 1789.

Détails sur une fausse alarme généralement répandue. Messieurs, Il est vrai qu'hier, sur les sept heures du soir, il

nous parvint plusieurs billets portant qu'il y avait une troupe de cinq àsixmille hommes qui dévastaient les bourgs et villes qui nous avoisinent; singulièrement, lavilledeClisson, celle de Bressuire, GhoUet etThouars, et qu'il y avait plusieurs châteaux incendiés ; ces bruits parurent prendre quelque consistance, en voyant arriver icy les maisons de Madame la comtesse de Lescure et de Monsieur le marquis de Mauroy, avec armes et bagages, tous saisis de frayeur. Vous jugez bien, Messieurs, que l'alarme se répandit bientôt dans notre ville et aux environs ; nos premiers soins ont été de rassembler nos habitants et Messieurs de la milice bourgeoise ; on les disposa de la manière qui a paru la plus convenable aux circonstances et nous envoyâmes plusieurs pelotons à la découverte. Cependant les paroisses voisines ont fait sonner le tocsin et ont rassemblé leurs habitants; malgré les courses de ceux qui ont été à la découverte, nous n'avons pu apprendre rien de positif, tout était fondé sur des on dit ; la nuit s'est passée dans cette incertitude ; dès ce matin les Syndics des paroisses se sont empressés de conduire et nous amener leurs habitants tous armés et paraissant d'une vigoureuse défense, mais on a été quitte pour l'alarme, et il est probable que ces bruits sont sans fondement; des exprès que nous avons envoyés aux vjlles sus-dénommées nous ont rapporté qu'il n'existait rien de ce qui s'était répandu et que seulement l'alarme y était connue icy sans^ trop savoir pourquoi ; ce qu'il y a de très vrai, c'est que personne n'a vu l'cnnemy prétendu dont on nous menace,. et qu'il n'y a à notre connaissance aucun château

ni villes dévastés n*y incendiés, de sorte que jusque-là nous sommes fondés à croire que tout est faux, et nous le désirons ; s'il arrivait quelque chose d'extraordinaire, nous vous en informerons à Tinstant et nous réclamons les mômes secours de votre ville que ceux que la nôtre se fera un devoir et un plaisir de vous offrir au besoin.

Nous avons l'honneur...

Signé : Allonneau, Jallay, Allard.

A Secondigny, en Poitou, le 23 juillet, les ouvriers de la forêt ont une lettre « qui leur enjoint de courir « sus à tous les gentilshommes de la campagne, et « de massacrer sans merci tous ceux qui refuseront « d'abdiquer leurs privilèges..., avec promesse que, « non seulement il ne leur sera rien fait pour ces <c crimes, mais encore qu'ils en seront récompensés. » M. Despretz-Montpezat, correspondant des députés de la noblesse, est saisi ; on l'entraîne avec son fils chez le procureur fiscal, pour le faire signer ; défense aux habitants de lui porter secours, « sous peine de la « vie et du feu. » « Signez, lui dit-on, ou nous allons « vous arracher le cœur et mettre le feu à cette « maison. » A ce moment le notaire voisin, qui sans doute est complice, survient avec un papier timbré et lui dit : « Monsieur, j'arrive de Niort : le Tiers-Etat « en fait autant à tous les gentilshommes de la ville ; « un seul, pour l'avoir refusé, a été mis en pièces à « nos yeux. — Il fallut signer notre renoncement à « nos privilèges et notre consentement à un seul et « même impôt, comme si la noblesse ne l'avait pas « déjà fait. »

âlO LES ÉMEUTES

La bande annonce qu'elle va travailler de même dans les châteaux du voisinage, et la terreur Ty précède ou Vy suit. « Personne n'ose écrire, mande « M, Despretz, je l'entreprends au péril de ma vie. »

Le Conseil de la ville des Sables donne connaissance. aux habitants le 21 août, qu'il a, pour assurer la tranquillité publique, fait placer des pierriers sur le Tabor et un canon à la porte de la Barre ; mais que, n'en ayant point d'autres, il a arrêté que ceux de la Chaume seront transportés aux Sables avec des poudres et autres munitions.

Sur le refus des habitants de la Chaume, on décide de se contenter de ceux qui sont en ville,

Le 10 août, le commandant Àllaire^ de la milice de Palluau, vient offrir ses services à la ville des Sables d'Olonne, en cas d'invasion des brigands ou des Anglais. Il sollicite les secours de la ville des Sables pour Palluau, si cela était nécessaire*

Le lendemain, des offres semblables sont apportées à la ville par des députés de Saint-Jean-des-Monts, de Beauvoir et de Sallertaine.

9/10 août 1789.

M. La disette menaçait la nation, et la malveillance cherchait à l'exciter contre ses représentants. Ce plan enveloppait toute la France, et des révoltes furent excitées dans les provinces les plus éloignées*

La nuit du dimanche au lundi 10 août, Fontenay eut la sienne. Des artisans, des journaliers et des femmes s'attroupèrent sur la place Blossac, armé» de

EN PROTINCE 2H

triques et de bâtons. L'émeute assiégea la maison du sénéchal Savary de Beauregard, située rue de la Fon* taine, Tenvahit, brisa les meubles et voulut massacrer ce magistrat qui parvint à s'échapper par les toitures. Un boulanger de la môme rue, soi disant complice des prétendus accaparements de blés du sénéchal, fut contraint de fuir de la même manière, après avoir tué, d'un coup de fusil, un enfant qui assistait au siège de la maison. Les compagnies du régiment de Lorraine, la maréchaussée et une foule de commissaires arrivèrent sur le lieu du tapage, empêchèrent de mettre le feu aux halles, et dispersèrent les émeutiers qui allèrent visiter les magasins des autres boulangers. Le lendemain matin, la jeunesse de la ville, formée en garde urbaine, depuis que le bruit s'était répandu qu'une troupe de brigands parcourait les campagnes pour piller et brûler, s'empresse d'offrir son concours au maire. Elle parut en armes dans les rues, calma les mécontents et repoussa les chefs. Ceux-ci dirigèrent alors leur troupe vers Ghassenon, où Ton prétendait que le comte d'Artois et d'autres seigneurs étaient cachés par le propriétaire, M. Walsh. Un détachement de la jeunesse les accompagna, afin de prévenir tout désordre.

Ils ne trouvèrent qu'un bon repas et retournèrent sur les iO heures du soir. Le mardi matin, la force armée fut régularisée, et on lit arrêter uii nommé Poirier, tailleur de pierres, qui avait dirigé les troubles et s'était, disait-on, fait donner de l'argent par menaces. Son procès s'instruisit sur-le-champ, et dura de 9 heures jusqu'à 11 1/2 de la nuit, puis il fut pendu à 3 heures devant la grande porte de l'église

Notre-Dame. Le boulanger qui avait tué un enfant fut condamné à la môme peine, et exécuté en effigie. Les meneurs prirent la fuite *.

Le corps de ville, impuissant à réprimer seul de pareils excès, s'adjoignit, le l®»* octobre, un comité patriotique composé de MM. Ghevallereau, — Tillon aîné, notaire, — Robert père, — de Bessé du Pasty — Brisson, médecin, — Prieur, — Auduit, avocat, — Jousseran, procureur, — Ballard, greffier des chirurgiens, — Baudry d'Asson, major-général au régiment national, — Sabouraud aîné, de Saint-Jean, — Guillet aîné, procureur. Le Comité acheta du blé, fit des emprunts suffisants pour la création de magasins, et fît contribuer toute la population à cette bonne œuvre.

L'émeute du 10 août à Fontenay s étendit dans plusieurs communes environnantes.

A Mouilleron en Pareds, le curé, Marie-Barthélomy Guignefolleau (qui prêta plus tard le serment à la Constitution civile du clergé), et le nommé Gahors, poussèrent au pillage les habitants dans les derniers jours de septembre.

Le 22 juillet 1790, le curé et autres furent condamnés à être bannis du ressort du département de la Vendée pendant trois ans par sentence .prévôtale ren-

i Extrait du procès-verbal original, rédigé après l'émeute (arch. de la municip. de Fontenay). Le corps de ville en envoya un double à l'Ass. nat. et le Roi accorda un règlement aux boulangers qui résistèrent d'abord à son établissement...

due par le siège de la maréchaussée de Fontenay-le- Comte.

Lettres des officiei's municipaux de Parthenay. Archives de la Société de statistique des Deux-Sèvres.

H. Taine. Origines..,., I. 95.

Archives du département de la Vendée. Série L. Cure, Fabrique.

Archives municipales des Sables dOlonne. Registre des délibérations.

Benjamin Fillon. Recherches.... Fontenay, I. 337.

Archives municipales de Niort. Délib. du 26 août.

Bûchez et Roux. Histoire jmrlementaire, II. 144.

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