LA 1»K1SE
. « Au milieu des nouveaux orages qu'annonce cette effervescence, comment les Rcprésentans de la Nation trouveront-ils le calme nécessaire pour méditer la Constitution et les Lois qui doivent régir un grand Peuple, et assurer son bonheur ? Comment interroger des provinces agitées, consternées, désolées par la sédition et par les ravages ? Comment connoître leurs maux, leurs vœux, leurs localités,. leurs besoins? Comment y faire recevoir, y faire respecter les Lois nouvelles qui doivent remplacer celles qui déjà n'existent plus ? »
Lettre du Roi aux Archevêques et E vaques de son
royaume.
A Versailles, ce 2 septembre 1789.
Messieurs,
Vous connoissez les troubles qui désolent mon Royaume ; vous savez que dans plusieurs Provinces, des brigands ei des gens sans aveu s y sont répandus, et que, non contents de se livrer eux-mêmes à toutes Sortes d'excès, ils sont parvenus à soulever l'esprit des Habitans des Campagnes ; et portant l'audace jusqu'à contrefaire mes ordres, jusqu'à répandre de faux Arrêts de mon Conseil, ils on^ persuadé qu'on exécuteroit ma volonté, ou qu'on répondroit à mes intentions en attaquant les Châteaux, et en y détruisant les archives et les divers titres de propriétés. C'est ainsi qu'au nom du Souverain, le Proteclour-né .
de la justice, et au nom d'un Monarque qui, je puis le dire, s'en est montré le constant défenseur pendant son règne, on n'a pas craint d'exciter le peuple à des excès, que les p lus tyranniques oppresseurs auroient craint d'avouer. Enfin, pour augmenter la confusion et réunir tous les malheurs, une contrebande soutenue à main armée, détruit avec un progrès effrayant les revenus de l'Etat, et tarit les ressources destinées, ou au payement des dettes les plus légitimes, ou à la solde des troupes de terre et de mer, ou aux diverses dépenses qu'exige la sûreté publique.
Ce n'est pas tout encore; un nouveau genre de calamité a pénétré mon âme de la plus sensible affliction : mon peuple, renommé par la douceur de ses mœurs et de son caractère ; mon peuple, dans quelques endroits, heureusement en petit nombre, s'est permis d'être l'arbitre et l'exécuteur de condamnations que les dépositaires des lois, après s'être livrés au plus mCir examen, ne déterminent jamais sans une secrette émotion.
Tant de maux, tant d'afflictions ont oppressé mon âme ; et après avoir employé, de concert avec l'Assemblée nationale, tous les moyens qui restent en mon pouvoir p our arrêter le cours de ces désordres ; averti par l'expérience des bornes de la sagesse humaine, je veux implorer publiquement le secours de la divine Providence, espérant que les vœux de tout un peuple toucheront un Dieu de bonté, et attireront sur ce Royaume les bénédictions dont il a tant de besoin. La beauté des moissons dans la plus grande partie du Royaume, ce bienfait devenu si nécessaire et si précieux, semble annoncer que la protection du
ciel ne nous est pas encore entièrement retirée, ^^t nous «aurons ainsi des actioos de ,gràces à joindre 4 nos prières. Accompagnez ces prières des exhortations les plus .pressantes ; faites sentir au peuple, faites isentir à tous mes sujets, que la prospérité de l'Ëtat, que le bonheur des Particuliers, dépendent essentiellement de rexacte observation des lois. La violence ne peut jouir qu'un moment de ses succès et de ses prospérités criminelles ; on ^'élève bientôt de toutes parts contre elle, et .les hommes qui rompent le pacte social, ce fondement de la tranquillité publique, en reçoivent tôt ou >tard la peine inévitable. Nulle part ies fortunes ne sont égaler, et elles ne peuvent :pas l'être ; mais quand les riches vivent sans défiance au milieu de ceux qui le sont moins, leur superflu se reverse nécessairement sur l'industrie^ le commerce et Tagriculture ; et comme leurs jouissanees sont bornées par les lois immuables de la Providence, «ouvent ils sont moins .heureux que ceux dont la vie, occupée par le travail, se trouve à l'abri du tumulte des, passions. Mais ce que vous devez surtout rappeler à mes sujets, c'est qu'en rassemblant autour de moi les Représentants de la Nation, j'ai eu principalement à ccBur d'adoucir le sort du peuple ipar toutes les dispositions qui me iparoltroient pouvoir se cosioilier avec les devoirs de la justice. D^à, .par un même esprit, les Prélats, les Seigneurs, les G.entiilshommes, les hommes niches de tout état, se discutent à l'envi les moyens de rendre le peuple plus heureux, et pour atteindre à ce but, il offrent des sacrifices qu'on n'auroit ipas eu le droit d'exiger d'eux,. Exhortez >donc tous ^mes sujels à «attendre avec tran-
DE LA ^ABTUiM i&
q.uiUité le .suooèe 4e «oes dispttôiticuD^ ^pa^Miqiiies >: éloignez-le^, détoumEiôs-les d'em tiioublar le dduds ipar des insurrections prc^pres à décourager tous les gens de Jbien. Q\xe le ipeuplese confie à «ma .pr^ection et<à mon amour : quand to\rt le monde tFabandoimerGiit, je veiUerois sur lui ; mais jamais da^ns laucun temps il n'y A eu en sa laveur tun «coiMcoiiirs plus général de* volontés et d'affections de la part de tous les ordres de la société. Exhortez-le donc, au nom de la Religion, à être reconnoissant, et à montrer ce sentiment par son obéissance aux lois de la justice : avertissez, instruisez ce bon peuple des pièges des méchans, afin qu'il rejette loin de lui, comme des ennemis de la patrie, tous ceux qui voudroient l'induire à des actes de violence, tous ceux qui voudroient le détourner de payer sa part des charges publiques, et le priver ainsi de rhonorable qualité de Citoyen de TEtat.
Les divers impôts qui composent les revenus publics seront examinés dans le cours de l'Assemblée nationale ; ceux qui paroitront trop onéreux, seront remplacés par d'autres, et tous seront adoucis successivement par le ménagement et la régularité des perceptions. Mais jusqu'à l'époque prochaine, où les affaires seront arrangées, tous mes sujets ont un égal intérêt au maintien de l'ordre : car la confusion entraîne la confusion, et souvent alors la sagesse des hommes est impuissante pour remédier à la grandeur des maux, et pour arrêter le progrès des inimitiés et des défiances mutuelles. Je ferai pour le rétablissement de l'ordre dans ses finances, tous les abandons personnels qui seront jugés nécessaires ou convena^ blés ; car non pas seulement aux dépens de la pompe
OU des plaisirs du trône, qui depuis quelque temps se sont changés pour moi en amertumes, inais par de plus grands sacrifices, je voudrois pouvoir rendre à mes sujets le repos et le bonheur. Venez donc à mon aide, venez au secours de TEtat par vos exhortations et par vos prières ; je vous y invite avec confiance, et je compte sur votre zèle et sur votre obéissance.