‹ La prise de la Bastille, et les conséquences de cet événement dans lesChapitre 8 sur 27 · AUVERGNE · texte numérisé non relu

AUVERGNE

Il suffit qu'une fille, rentrant le soir au village, rencontre deux hommes qui ne sont pas du pays, pourjeter les populations dans l'épouvante. C'est le cas en Auvergne : des paroisses entières se sauvent la nuit dans les bois, abandonnant leurs niaisons, emportant leurs meubles ; « les fuyards ont foulé, abîmé leurs propres maisons ; des femmes enceintes se sont blessées dans les bois, d'autres sont devenues folles. » L'épouvante leur a donné des ailes ; deux ans plus tard, près du mont Dore, on montrait à M°»« Gampan une roche à pic oii une femme s'était réfugiée et d'où on n'avait pu la descendre qu'avec des cordes.

L'assesseur de la Maréchaussée de Saint-Flour écrit que le 31 juillet le bruit s'étant répandu que les brigands arrivaient, les paysans s'armèrent le lendemain. « Ils s'amusèrent à boire, en attendant l'arrivée des brigands ; les cervelles s'échauffèrent au point de se

persuader que M. le comte d'Espinchal était arrivé la veille à Massiac, déguisé ; qu'il était l'auteur des troubles qui agitent en ce moment la province, et qu'il était caché dans son château. » Là-dessus, coups de fusils dans les vitres, perquisitions, etc.

A Aurillac, M. Lariès, médecin, est maltraité par la populace qui veut le pendre, le comité permanent voulait le juger ; mais les juges et l'accusé ont demandé de concert un tribunal. Pour le sauver, l'Assemblée nationale doit prendre M. Lariès sous sa sauvegarde.

Royat, 13 août 1789.

Au village de Royat, je m'apperçus que mon guide, au lieu de bien connaître le pays, en était tout à fait ignorant ; c'est pourquoi je pris une femme pour me conduire plus haut sur la montagne ; à mon retour, elle fut arrêtée par un soldat de la garde bourgeoise (car ce misérable village n'est pas même sans milice), pour avoir, sans permission, servi de guide à un étranger; elle fut conduite à un tas de pierres qu'on appelle le château. On me dît qu'on n'avait rien à me dire, mais qu'on enseignerait à la femme â être plus prudente à l'avenir. Gomme cette pauvre diablesse était dans la peine par rapport à moi, je me déterminai à les accompagner pour tâcher de la faire élargir en attestant son innocence. Nous fûmes suivis par tout le village, et les enfants de la femme pleuraient amèrement, de crainte que leur mère ne fût mise en prison. Nous attendîmes quelque temps au château,

après quoi on nous fît entrer dans un meilleur appartement où le comité était assemblé.

La déposition fut entendue, et il fut sagement remarqué par tous les membres, que dans des temps si dangereux, quand tout le monde savait que la reine conspirait contre la France de la manière la plus alarmante, c'était un grand crime pour une femme de servir de guide à un étranger, et à un étranger surtout qui avait fait tant de questions suspectes. Il fut sur-le-champ résolu de la mettre en prison. Je les assurai qu'il était impossible qu'elle ait eu aucun motif coupable ; que , trouvant que j'avais envie de voir les sources de la montagne après avoir vu celles qui étaient plus bas, et qu'il me fallait un guide, elle s'était offerte ; qu'elle n'avait certainement eu d'autre vue que de gagner quelques sous pour sa pauvre famille. Ils tournèrent alors leurs recherches sur moi, et me demandèrent pourquoi, puisque je ne voulais voir que les sources, j'avais fait une multitude de questions sur les prix, la valeur et le produit des terres. Qu'y avait-il de commun entre ces questions et les sources et les volcans? Je leur répondis que, cultivant des terres en Angleterre, ces choses-là m'intéressaient personnellement, et leur dis finalement que, s'ils voulaient envoyer à Clermont, ils apprendraient la vérité de mes assertions de la part de plusieurs personnes respectables ; que j'espérais donc qu'ils laisseraient la femme en liberté, comme c'était sa première indiscrétion ; car je ne pouvais pas considérer cela comme un crime. Ils refusèrent d'abord, mais y consentirent cependant après, lorsque je leur déclarai que s'ils la mettaient

i4 LES ÉMEUTES EN PROVINCE

en prison, il fallait qu'ils m'y missent aussi, et qu'ils en seraient responsables. Ils se contentèrent de lui faire une réprimande, et je m'en allai sans être surpris de leur ignorance (car je ne suis plus à présent surpris de rien), de s'imaginer que la reine conspirait d'une manière si dangereuse contre leurs roches et leurs montagnes. Je trouvai mon guide au milieu de la populace, qui lui faisait autant de questions sur mon compte que j'en avais fait sur leurs moissons. Il y avait deux opinions, les uns pensaient que j'étais un commissaire envoyé pour certifier le dommage causé par la grêle ; les autres, que j'étais un agent de la reine qui avait dessein de faire sauter la ville, et d'envoyer ceux qui échapperaient aux galères. Il faut qu'on se soit donné bien de la peine pour rendre le caractère de cette princesse odieux au peuple ; car partout on le trouve prêt à ajouter foi aux choses les plus impossibles et aux absurdités les plus grossières.

Le 2 septembre, un détachement de cent citoyens de Glermont, en Auvergne, se transporta au bourg de Saint-Sandoux pour apaiser une émeute. Des paysans vouloient tuer le curé, dit on, et brûler le presbytère. Un homme enfermé dans sa maison tira sept coups de fusil sur le détachement, il fut tué au septième. Dix-sept de ces mutins ont été conduits dans les prisons de Glefiiiont.

A. Yoiing. Voyage, II. lo.

H. Taine. Origines...., I. 79,94.

Moniteur universel, n» 61. 1789 L'Observateur, I. 98.

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