Brissoty travailla quelque temps. Méin., II
politique du prince est cet homme sombre, taciturne, qui semble vous dire : « Je conspire, nous conspirons. » Ce profond Laclos qui, par son petit livre des Liaisons dangereuses, se flatte d'avoir fait passer le roman du vice au crime, y insinue que la galanterie scélérate est un prélude utile au scélérat politique. C'est ce nom qu'il ambitionne, ce rôle qu'il joue à ravir... Plusieurs disent, pour flatter le prince : a Laclos est un homme noir. »
Il n'était pourtant pas facile de faire un chef de parti de ce duc d'Orléans ; il était usé, à cette époque, fini de corps et de cœur, très faible d'esprit. Des fripons lui faisaient faire de l'or dans les greniers du Palais-Royal, et ils lui avaient fai^t faire connaissance du diable*.
Une autre difficulté, c'est que ce prince, sous tous les vices acquis, en avait un naturel, fondamental et durable, qui ne fmit pas par l'épuisement, comme les autres, qui reste fidèle k son homme. Je parle de l'avarice. « Je donnerais, disait-il, l'opinion publique pour un écu de six francs. » Ce n'était pas un mot en l'air. Il Pavait bien appliqué, lorsque, malgré la clameur publique, il avait bâti le Palais-Royal.
Ses conseillers politiques n'étaient pas assez ha-
1. Le prince faisait de Tor, comme on en fait toujours, avec de l'or. Cependant, il y fallait aussi, entre autres ingrédients, un squelette humain qui fût enterré depuis tant d'années, tant de jours. On chercha dans les morts connus, et il se trouva que Pascal remplissait précisément la condition exigée. On gagna les gardiens de Saint-Éticnne-du-Mont, et le pauvre Pascal fut livré aux creusets du Palais-Royal. Tel est du moins le récit d'une personne qui, ayant longtemps vécu avec madame de Genlis, tenait d'elle l'étrange anecdote.
biles pour le relever de là. Ils lui firent faire plus d'une démarche fausse el imprudente.
En 1788, le frère de madame deGenlis, un jeune homme sans autre titre que celui d'officier de la maison d'Orléans, écrit au Roi pour demander... lien autre chose que le premier ministère, la place de Necker et de Turgot; il se fait fort de rétablir en un moment les finances de la monarchie. Le duc d'Orléans se fait porteur lie l'incroyable missive, la remet au Roi, l'appuie et devient l'amusement de la cour.
Les sages conseillers du prince avaient cru faire passer ainsi tout doucement le pouvoir entre ses mains. Trompés dans cette espérance, ils agirent plus ouvertement, essayèrent de faire un Guise, un Cromwell, se tournèrent du côté du peuple. Là aussi, ils rencontrèrent de grandes difficultés. Tous ne furent pas dupes; la ville d'Orléans n'élut pas le prince, et par représailles, il lui retira brusquement les bienfaits par lesquels il avait cru acheter son élection.
Rien n'avait été épargné cependant, ni l'argent ni l'intrigue. Ceux qui conduisaient l'affaire avaient imaginé de coller une brochure tout entière de Sieyès aux instructions électorales que le duc envoyait dans ses domaines, et de placer ainsi leur maître sous l'affiche et le patronage du grand penseur, alors si populaire, qui n'avait pourtant nul rapport avec le duc d'Orléans.
Quand les Communes firent le pas décisif de prendre le titre d'Assemblée nationale, on avertit le duc d'Orléans que le moment était venu de se montrer, de parler, d'agir, qu'un chef de parti ne
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pouvait rester un personnage muet. On obtint de lui qu'il lirait au moins un discours dequntre lignes pour engager la noblesse à se réunir au Tiers. 11 le fit, mais en lisant, le cœur lui faillit, il se trouva mal. On vit, en le déboulonnant, que dans la crainte d'être assassiné par la cour, ce prince trop prudent mettait, en guise de cuirasse, cinq ou six gilets Tun sur l'autre \
Le jour du coup d'Etat manqué (28 juin), le duc crut le Roi perdu, et lui roi demain ou après ; il ne put cacher sa joie ^ La terrible fermentation de Paris, au soir et le lendemain, annonçait "assez qu'un grand mouvement éclaterait. Le 25, la minorité sentit qu'elle baissait beaucoup, si Paris prenait l'initiative; elle alla, le duc d'Orléans en tête, s'unir aux Communes. L'homme du prince, vSillery, le commode mari de madame de Genlis, fit, au nom de tous, un discours peu convenable, celui qu'aurait fait un médiateur, un arbitre accepté entre le Roi et le peuple : « Ne perdons jamais de vue le respect que nous devons au meilleur des rois... n nous offre la paix, pourrions-nous ne pas l'accepter? etc. »
Le soir, grande joie à Paris pour cette réunion des nobles amis du peuple. Une adresse àl'Assemblée se trouve au café de Foy; tout le monde signe, jusqu'à trois mille personnes, à la hâte, la plupart sans lire. Cette pièce, faite de bonne main, contenait un mot étrange sur le duc d'Orléans : a Ce prince objet de la vénération publique. » Un tel