LE PEUPLE VA CHERCHER LE ROI, 5 OCTOBRE
Le peuple seul trouve un remède : il va chercher le Roi. — Position égoïste des rois à Versailles. Louis XVI ne pouvait agir en aucun sens. La Reine sollicitée d'agir. Orgie des gardes du corps, 1er octobre. Insultes à la cocarde nationale. Irritation de Paris. Misère et souffrances des femmes. Leur compassion courageuse. Elles envahissent l'Hôtel de Ville, 5 octobre. Elles marchent sur Versailles. L'Assemblée en est avertie. Maillard et les femmes devant l'Assemblée. Robespierre appuie Maillard. Le» femmes devant le Roi. Indécision de la cour.
Le 5 octobre, huit ou dix mille femmes allèrent à Versailles; beaucoup de peuple suivit. La garde nationale força M. de Latayette de Ty conduire le soir même. Le 6, ils ramenèrent le Roi et l'obligèrent d'babiter Paris.
Ce grand mouvement est le plus général que présente la Révolution après le 14 juillet. Celui d'octobre fut, presque autant que l'autre, unanime, du moins en ce sens que ceux qui n'y prirent point part, en désirèrent le succès, et se réjouirent tous que le roi fût à Paris.
Il ne faut pas chercher ici l'action des partis. Us agirent, mais firent tiès peu.
La cause réelle, certaine, pour les femmes, pour la fouie la plus misérable, ne fut autre que la
faim. Ayant démonté un cavalier, à Versailles, ils tuèrent, mangèrent le cheval à peu près cru.
Pour la majorité des hommes, peuple ou gardes nationaux, la cause du mouvement fut l'honneur, l'outrage fait par la cour à la cocarde parisienne, adoptée de la France entière comme signe de la Révolution.
Les hommes auraient-ils cependant marché sur Tersailles, si les femmes n'eussent précédé? Cela est douteux. Personne avant elles n'eut l'idée d'aller chercher le Roi. Le Palais-Royal, au 30 août, partit avec Saint-Huruge, mais c'était pour porter des plaintes, des menaces à l'Assemblée qui discutait le veto. Ici, le peuple seul a l'initiative; seul, il s'en va prendre le Roi, comme seul il a pris la Bastille.
Ce qu'il y a dans le peuple de plus peuple, je veux dire de plus instinctif, de plus inspiré, ce sont, à coup sûr, les femmes. Leur idée fut celle-ci : « Le pain manque, allons chercher le Roi; on aura soin, s'il est avec nous, que le pain ne manque plus. Allons chercher le boulanger!... ».
Sens naïf, et sens profond ! ... Le Roi doit vivre avecle peuple, voir ses souffrances, en souffrir, faire avec lui même ménage. Les cérémonies du mariage, et celles du couronnement se rapportaient en plusieurs choses ; le Roi épousait le peuple. Si la royauté n'est pas tyrannie, il faut qu'il y ait mariage, qu'il y ait communauté, que les conjoints vivent selon la basse, mais forte parole du Moyen âge : « A un pain et à un pot*. «
1. V. mes Origines du droit, symboles et formules juridiques.