LE PEUPLK RAMÈNE LE ROI (6 OCTOP.RE
le tirer par son l)auclricr, pour le livrera la foule qui venait derrière. Les îT;ardes le ramenèrent à eux; mais deux d'entre eux furent tués. Tous s'enfuient par la grande galerie, jusqu'à l'Œil-de-nœuf, entre les appartements du Roi et de la Reine. D'autres gardes y étaient déjà.
La plus furieuse attaque avait été faite vers Tapparlement de la Reine. La sœur de sa femme de chambre, madame Gampan, ayant entr'ouvert la porte, y vit un garde couvert de sang qui arrêtait les furieux. Elle ferme au verrou cette porte et la suivante, passe un jupon à la Reine, veut la mener chez le Roi... Moment terrible... La porte est fermée de l'autre côté au verrou. On frappe à coups redoublés... Le Roi n'était pas chez lui; il avaii pris un autre passage pour se rendre chez la Reine... A ce moment, un coup de pistolet part très près, un coup de fusil. « Mes amis, mes chers amis, criait-elle, fondant en larmes, sauvez-moi et mes enfants. » On apportait le dauphin. La porte enfin s'est ouverte, elle se sauve chez le Roi.
La foule frappait, frappait, pour entrer dans l'Œil-de-Bœuf. Les gardes s'y barricadaient; ils avaient entassé des bancs, des tabourets, d'autres meubles; le panneau d'en bas éclate... Ils n'attendent plus que la mort. . . Mais tout à coup le bruit cesse; une voix douce et forte dit : « Ouvrez! » comme ils n'ouvraient pas, la môme voix répéta : (( Ouvrez donc, messieurs les gardes du corps, nous n'avons pas oublié que les vôtres nous sauvèrent à Fontenoy, nous autres gardes françaises. »
C'étaient eux, gardes françaises et maintenant gardes nationaux, c'était le brave et généreux
il6 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.
Hoche, alors simple sergent major. C'était le peuple qui venait sauver la noblesse. Ils ouvrirent, se jetèrent dans les bras les uns des autres en pleurant.
A ce moment, le Roi, croyant le passage forcé, et prenant les sauveurs pour les assassins, ouvrit lui-même sa porte, par un mouvement d'humanité courageuse, et dit à ceux qu'il trouva : a Ne faites pas de mal à mes gardes. »
Le danger était passé, la foule écoulée. Les voleurs seuls ne lâchaient pas prise. Tout entiers à leur affaire, ils pillaient et déménageaient. Les grenadiers jetèrent cette canaille à la porte.
Une scène d'horreur se passait dans la cour. Un homme à longue barbe travaillait avec une hache à couper la tête de deux cadavres, les gardes tués à l'escalier. Ce misérable, que quelques-uns prirent pour un fameux brigand du Midi, était tout simplement un modèle de l'académie de peinture; pour ce jour, il avait mis un costume pittoresque d'esclave antique, qui étonna tout le monde et ajouta à la peur^
1. Nicolas, c'élait son nom, n'avait jamais donné de signe de violence ni de mauvaise nature, au dire de son logeur, Les en- Amts tiraient ia barbe à cet homme terrible. C'était, au fond, un homme vain, un peu fol, qui crut faire une chose fortr-, énergique, originale, et peut-être reproduire les scènes sanglantes qu'il avait vues en peinture ou au théâtre. Quand il eut fait cet acte horrible, et que tout le monde s'écarta, il eut le sentiment soudain de celte solitude nouvelle, et, sous divers prétextes, chercha à se rapprocher des hommes, demandant à un domestique une prise de tabac, à un suisse du château du vin qu'il pava, se vaniaiit, s'cncoiiragcant, lâchant de S3 rassurer. (Voy. les (iépositions au Monileur.) — Les tèlcs furent portées à Paris sur des piques; l'une l'était par un enfant. Selon quelques témoi-