CL NN
rer nie
HT mods
[1] Views in Quebec de Short, 1759. Confronter Pontbriand, N. Y. Col. Doc, X., 1057.
[2] Casgrain, Hôtel-Dieu de Québec, 445.
[3] Berniers à Bourlamaque, 27 septembre 1759.
étiteetsinnmen snrastine rames
LAS darasagmensonnes stress = Me 2
ASH Drbagsan sd, |
Vo arapad nt DEL ES vs se
CET dents
la ville, il en resta bon nombre qui ne savaient où se réfugier. Ils se montraient civils pour les vainqueurs, mais ne disaient guère de bien de leur ancien gouverneur. ‘‘Les citoyens, dit Knox, les femmes Surtout, ne perdent aucune occasion de blâmer M. Vaudreuil, et s'emportent alors en amères invectives.” Le même chroniqueur vante les manières agréables et l'enjouement des dames canadiennes, et voici ce que dit un autre officier au même sujet : ‘Il est vraiment surprenant de voir avec quelle bonne grâce ces joyeuses créatures supportent une infortune qui nous paraîtrait intolérable. Dans les familles que les calamités de la guerre ont fait tomber des douceurs du luxe à l'extrême indigence, on rit, on danse, on chante, et l'on se console d'un mot : fortune de guerre. Les jeunes personnes se mettent en quatre pour apprendre à nos officiers à parler français ; j'ignore dans quel but, à moius que ce ne soit pour s'entendre louer, flatter et courtiser sans perte de temps.” 1)
Knox était logé dans une étable exigüe, avec fenil au-dessus et un râtelier avec mangeoire d’écurie au bout; meilleurs quartiers encore que ceux de nombre de ses camarades de même grade ; il raconte qu'avec un poêle et l'aide d'un menuisier, il put se donner un bien-être passable. Le changement lui fut tout de même agréable le jour où il reçut l’ordre d'aller passer une semaine à l'Hôpital-Général, à un mille hors de a ville, où il avait le commandement
[r] Alexander Campbell à John Lloyd, 22 octobre 1759. Campbell était lieutenant dans les Highlanders ; Lloyd était un négociant dans Connecticut.
not CNANNES
él LÉ É:
de la garde qui y était stationnée Pour protéger les malades et guetter l'ennemi. Là se trouvaient réunis les invalides et blessés des deux armées, qui étaient l'objet d'une sollicitude égale de la part des sœurs, dont Knox parle avec gratitude et respect. ‘Lorsque nos pauvres camarades étaient assez malades pour être, par ordre, transférés de l’odieux hôpital du régiment à cee maison centrale, c'était pour eux un bonheur inexprimable. Chaque patient y a son lit à rideaux, à lui attribué en propre, et une infirmière Pour le soigner. Chaque officier malade ou blessé a une chambre à lui, et est servi par l'une des religieuses, qui en général sont de jeunes personnes accortes, d'une exquise politesse et d’une extrême réserve, et très respectueuses. La tâche d’hospitalière leur donnerait bien des occasions de prendre de grandes libertés si elles le voulaient ; je n'ai jamais Ouï dire qu'une seule ait été accusée du moindre acte de légèreté.” Les Sœurs, de leur côté, furent enchantées de la conduite de leurs nouveaux maîtres ; l'une d'elles en parle comme ‘les plus réservés de tous les conquérants.”
“Je vécus ici, poursuit Knox, à la table du Roi de France, dans la société agréable et polie des officiers, directeurs et commissaires. Quelques-uns de ces messieurs étaient mariés, et leurs épouses nous ñonoraient de leur compagnie. En général, elles se montraient enjouées, excepté quand nous faisions tomber la Conversation sur la récente révolution et sur les affaires de la Campagne ; alors elles donnaient libre cours à leur chagrin, en poussant de
profonds soupirs suivis d'un: ‘O mon Dieu" Knox se promenait dans les jardins avec les officiers français, jouait aux cartes avec eux ; enfin il passa le temp. si agréablement que son court séjour à l'hôpital lui parut une oasis dans sa rude carrière de camp et de garnison.
Mère Sainte-Claude, la Supérieure, qui était la sœur de Ramesay, l'ancien comirardant de Québec, lui envoya un matin une note d'invitation à ce qu'elle appelait un déjeuner anglais ; et, bien que le menu fût tout-à-fait étranger à ses notions gastronomiques, il dit qu'il y fit grand honneur, ‘‘et passa près de deux heures des plus agréables en la compagnie de cette respectable dame et de ses virginales sœurs.”
Les excellentes religieuses de l'Hôpital-Général sont encore aujourd'hui ce que furent leurs devancières, et le théâtre de leurs bonnes œuvres ressemble toujours sur bien des points à celui que décrivit la plume exercée de leur hôte militaire d'alors. Pendant toute la guerre, elles et les hospitalières de l'Hôtel- Dieu s'étaient montrées au-dessus de tout éloge par leur dévouement assidu auprès les malades et des blessés.
Le Brigadier Murray, devenu commandant de Là ”. . PT . . . , ,
Québec, était un brave militaire, droit, humain, généreux, brûlant de se distinguer et plutôt téméraire que prudent. Il traita amicalement les Canadiens, lança des ordres sévères contre ceux qui les molesteraient dans leurs personnes ou dans leurs biens, fit pendre un soldat qui avait spolié un citoyen et en
Punit sévèrement d'autres pour offenses de même nature, même moins graves. Les soldats eux-mêmes se Mmontrèrent en général bons Pour les vaincus ; on les vit à l'époque des récoltes leur donner un coup de main sans rémunération Pour moissonner le grain, et partager avec eux leur tabac et leurs rations. Les habitants furent désarmés et appelés à prêter le serment d'allegéance, Au printemps, Murray fit rapport que tout le pays, depuis le Cap Rouge jusqu'au bas du fleuve, était soumis à la couronne britannique. (1)
Tard en octobre, le bruit se répandit que quelques-uns des vaisseaux français en rivière au-dessus de Québec s'apprêtaient à franchir les batteries. I] s'agissait de l'escadre qui était arrivée au printemps avec les ravitaillements, et qui avait passé tout l'été à Batiscan, dans le Richelieu et en d'autres mouillages à l'abri des Anglais. Après près d'un mois d'attente, ils parurent enfin, jetèrent l'ancre au large de Sillery le 21 novembre, et tentèrent de passer devant la ville dans la nuit du 24, à la faveur d’une profonde obscurité. Sept ou huit reussirent ; quatre autres allèrent à la côte et furent mis en feu par les équipages, à l'exception d’un qui s'échoua sur la rive sud et fut abandonné. Le capitaine Miller, avec un lieutenant et une quarantaine d'hommes, l'aborda, et à ce moment, probablement par une imprudence des hommes, le navire sauta. (2) La majeure partie de l'expédition fut tuée, et les
[1] Murray à Pitt, 25 mai 1760. Journal de Murray, 1759-1760, 2] Murray à Ambherst, 25 janvier 1760. Non. comme l'ont cru quelques-uns, par une mine allumée par les Français.
autres, parmi lesquels se trouvaient les deux officiers, restèrent gisants dans un horrible état, entre la vie et la mort, jusqu'à ce qu'un Canadien, s'étant aventuré à bord en quête de pillage, et les ayant découverts, appela ses voisins à son aide, les transporta dans sa maison, ou il leur administra, avec la plus grande bonté, les simples remèdes dont il disposait ; il alla ensuite porter la nouvelle du désastre à Québec. Heureusement pour eux-mèmes, les mutilés expirèrent bientôt.
Avec décembre vint l'hiver canadien, avec ses éclatantes blancheurs, ses nappes de neige glacée et éblouissante, et ses bises pénétrantes qui brûlent la peau comme des tisons. La gelée mordait cruellement les hommes pendant qu'ils creusaient les tranchées dans les bancs de neige amoncelés par le vent, le long des remparts.
Les sentinelles étaient relevées d'heure en heure, ce qui n'empêchait pas les pieds et es mains de geler constamment. L'équipement des troupes n'allait guère à ce rude climat ; on avait bien monté des calorifères ans les corps de tarde et casernes, mais l’approvisionnement de combustible était souvent épuisé. Pendant plusieurs semaines, le coupage et le hâlage du bois furent la grande occupation de la garnison. Des partis de büûcherons, sous bonne escorte, travaillaient en permanence dans Ja forêt de Sainte-Foy, à quatre ou cinq milles de Québec, et les billots étaient amenés en ville sur des traineaux auxquels s'attelaient les soldats. Ils se mettaient huit par traîneau, deux à deux, et comme il y avait
nt
SR S ess eve
débits 0 NP nue En
pen somaie
sr nn ais pris eserenenas MERS sa €
D un mu nn te PORNNNENNEN
Mis | MP Ephgernaregin pr ags à5 LED
nn r TR ONE
CEE
Ne ies
Fuéiisheléir
crttob hi
à craindre les Sauvages ou les coureurs de bois, chaque homme portait le mousquet à la grenadière sur le dos. Travail prodigieusement rude, car la fréquence des tempêtes de neige obligeait le plus souvent Îles partis de bois à se battre un chemin nouveau dans une neige épaisse et durcie. La bonne humeur des hommes était admirable au milieu de ces misères. L'un de ces partis en rentrant en ville un jour, traînant leur charge de bois dans la rue, fit la rencontre d'un Canadien qui faisait tirer son bois par des chiens dont l’attelage ressemblait au leur. Et les hommes d’accoster les Pauvres bêtes comme des camarades, des compagnons de chaîne, des frères ; de leur demander plaisamment quelle était leur ration de lard et de rhum, et finalement de les inviter, eux et leur maître, au mess de la caserne. L'aspect des troupes lorsqu'elles étaient de service en ville n’était guère moins excentrique, si l'on en juge par cette description de Knox : ‘Aux grandes parades, nos hommes font la plus grotesque figure dans leurs accoutrements disparates ; ce que nous avons inventé pour nous garder du froid dans ce r.°.reux climat est d'une diversité qui dépasse toute .magination. L'uniformité et l'élégance du soldat bien astiqué et propre disparaissent ici sous la lourde fourrure du Lapon engourdi ; nous avons plutôt l'air d'une mascarade que d'un corps de troupes régulières, si tant est que plus d’une fois des connaissances m'abordent, et bien que leur voix me soit familière, il m'est absolument impossible de les reconnaître, de concevoir même qui elles sont.
Ajoutez à cela que tout le monde a l'air d'être dans une perpétuelle précipitation ; au lieu de marcher dans la rue comme des gens sensés, nous sommes obligés de garder le pas redoublé et d'aller au trot."
Au commencement de janvier, il y eut une tempête de grésil, suivie d'une forte gelée, qui couvrit les rues d'un verglas luisant. Knox, ayant eu ordre de monter la garde à la Basse-Ville, trouva la descente de la rue de la Montagne tellement glissante que, comme il était impossible de s'y aventurer debout avec sécurité, surtout parceque les mousquets des hommes étaient chargés, la troupe entière ne trouva rien de mieux que de s'asseoir sur le sol et de se laisser glisser dans cette posture, l'un après l'autre, jusqu'au pied de la colline. Les Highlanders, avec toute leur endurance naturelle, avaient plus à souffrir du froid que les autres régiments, leur costume national étant une piètre protection contre les rigueurs d'un hiver canadien. Pendant qu'un détachement de ces guerriers malenculottés était de garde à l'Hôpital Général, les bonnes sœurs employèrent leurs rares loisirs à leur tricoter de longs bas de laine, qui furent acceptés avec reconnaissance, sans qu'on ait jamais su si le cadeau avait été inspiré par un mouvement de pudeur ou un sentiment de générosité.
Dès le moment où les Anglais avaient pris possession de Québec, on entendait souvent dire par les déserteurs que Lévis projetait d'attaquer et de reprendre la ville. De bonne heure en novembre, le bruit courut qu'il était sur le point de marcher sur
DÉLITS HAT REP FR A RE ose eee
tienne
+ PA | en c x a | Eia Ltages is
Québec à la tête de quinze mille hommes. La nouvelle vint en décembre qu’il était en route, bien résolu à prendre la ville d'assaut vers le 22 du mois, de manière à pouvoir Prendre le diner de Noël tntra #ur05, Sous le drapeau français. Il ne vint pas; mais en janvier, un déserteur rapporta que Lévis avait tout un attirail d'échelles d'escalade, et qu'il en faisait faire l'exercice à ses hommes Par des simulacres d'assaut sur des remparts en neige, Mais il ÿ avait des signes plus tangibles que tout cela d’une reprise d'activité chez l'ennemi. Murray avait établi deux postes avancés, l’un Sainte-Foy, l'autre plus loin encore, à l'Ancienne Lorette. Or, des partis de Suerre rôdaient dans le voisinage de l'un et de l'autre, et tenaient les petites Sarnisons en alerte continuelle. Un nombreux corps de grenadiers français fit son apparition au dernier endroit en février, et s'empara d'un troupeau de bétail; mais un détachement de ‘“‘rangers,” bien inférieur en nombre, se lança à leur Poursuite, les mit en fuite et reprit le troupeau. Vers le même temps un panti de réguliers, de Canadiens et de Sauvages, ayant pris une forte position près de l'église de la Pointe de Lévis, fit dire aux officiers anglais qu'il y avait IA une grande société de perruquiers Experts qui leur offraient leurs services, tout prêts à les coiffer quand ils le voudraient : allusion évidente à Ja Pratique du scalp des Sauvages et des coureurs e bois.
Comme le fleuve était solidement gelé, Murray envoya de l'autre côté un détachement d'infanterie légère sous le commandement du major Dalling. I]
s'en suivit une affaire très vive sur la neige, autour de l'église et dans la forêt voisine, où les soldats anglais, qui avaient appris des ‘‘rangers” l'usage des raquettes mirent l'ennemi en déroute, et en tuèrent ou firent prisonniers un grand nombre. Un troisième poste fut alors établi dans l'église et le presbytère adjacents. Quelques jours après, les Français revinrent en force, se fortifièrent derrière des abattis, et attaquèrent la position anglaise. Comme la fusillade fut entendue de Québec, l'infanterie légère se porta au lieu de l'action, et Murray lui-même suivit sur la glace, avec les Highlanders et d’autres troupes. Avant son arrivée, les Français s'étaient retirés derrière leurs retranchements, où, attaqués à leur tour, ils furent bientôt mis en fuite, non sans avoir laissé quelques-uns des leurs aux mains des agiles Highlanders, pendant que le plus grand nombre s’échappaient.
Lorsqu'il fut connu que les Français tenaient une forte position au Calvaire, près de Saint-Augustin, à deux jours de marche de Québec, le capitaine Donald McDonald y fut envoyé avec cinq cents hommes pour en faire l'assaut. I] trouva l'ennemi derrière un retranchement de troncs d'arbres protégé par un abattis. L'infanterie légère avança en faisant pleuvoir une grêle de balles sur l'ennemi, sur quoi celui-ci mit bas ses armes et prit la fuite. Environ quatre-vingts d'entre eux furent capturés ; mais leur commandant, Herbin, échappa, laissant aux vainqueurs sa montre, son chapeau à plume, son vin, sa cave de liqueurs, et jusqu’à sa maitresse.
FH
Les Anglais eurent six hommes blessés et près d'une centaine mordus par la gelée. (1)
Le capitaine Hazen et ses ‘‘rangers” eurent peu après une remarquable eScarmouche. Ils étaient apostés dans une maison non loin de la station de Lorette. Un éclaireur étant venu les prévenir qu’un STOS parti ennemi arrivait pour les attaquer, Hazen laissa un sergent avec quatorze hommes dans Ja maison, et partit pour Lorette avec le reste pour demander du renfort. En route, il rencontra les Français, qui tentèrent de le cerner. Il ordonna alors à ses hommes de se replier sur la maison, mais ceuxci se récrièrent, disant qu'ils se sentaient de force à montrer aux réguliers que les provinciaux savaient se battre aussi bien que les habits rouges. Là-dessus, ils chargèrent l'ennemi, lui tirant à bout portant une décharge de plomb de chasse et de balles et le mettant en fuite ; mais à peine avaient-ils rechargé leurs fusils, qu'ils se sentaient attaqués par derrière. Un autre Corps d'assaillants les avait tournés pour leur couper la retraite. Les ‘“‘rangers” firent volte-face, attaquèrent à leur tour et repoussèrent ces agresseurs Comme ils avaient fait des premiers. Les deux groupes français se réunirent alors, laissant Hazen Poursuivre sa marche, et allèrent attaquer les quatorze hommes restés dans la maison, qui les reçurent Par un feu nourri. Hazen et sa troupe, ayant entendu la fusillade, s'empressa de revenir et tomba sur l'arrière-garde des Français pendant que les
[1] Knox, ii, 275. Journal de Murray. Journal de Fraser, Vaudreuil, à sa manière ordinaire, multiplie Par trois la force anglaise,
autres, sortant de la maison, les attaquaient de front. Nouvelle déroute ; les ‘‘rangers” poursuivirent l'ennemi à une distance de deux milles, lui tuan: six hommes et en capturant sept. Knox, qui d'ordinaire n'est pas tendre pour les provinciaux, s'ér anche cette fois en vifs éloges de ceux qu'il appelle ‘‘nos braves gens de la Nouvelle-Angleterre.”
Le bruit avait couru de temps à autre que les Français rassemblaient leurs forces pour reprendre Québec ; vers la fin de février, ces rumeurs prirent une forme plus définie. Un déserteur de Montréal apporta à Murray une lettre d’un officier de rangers, qui était prisonnier dans la place, l’avertissant que ouze mille hommes étaient sur le point de marcher contre lui. Peu après, la nouvelle était confirmée par trois autres déserteurs, qui cependant ajoutaient que le plan avait subi un échec. Comme on avait l'intention d’emporter la ville d’asseut, il y avait eu un simulacre d'attaque au moyen d’échelles d'escalade montées sur le long-pan d’une église; mais les Canadiens s'étaient lancés à l'assaut avec une telle furie que l'unique conséquence avait été un nombre infini de bras rompus, de jambes et têtes cassées, sans compter les contusions, dislocations et blessures de toutes sortes ; de dégoût, ajoutait-on, la tentative avait été abandonnée, Tout demeura paisible jnsqu’au milieu d'avril; la garnison reçut alors des avis réitérés qui causèrent qnelque émotion : toutes les forces du Canada allaient leur tomber dessus dès le départ des glaces. Murray ordonna en conséquence à
toute la population française de sortir de la ville sous trois jours. (1)
À certains points de vue, l’esprit des troupes était excellent. Elles avaient généralement eu la main heureuse dans la petite guerre de l'hiver écoulé, S’étant révélées de taille à faire face aux coureurs de bois et aux Sauvages sur leur Propre terrain, ce qui faisait dire au sergent Johnson, dans son style imagé: “Très souvent un petit nombre de nos hommes suffirent à dérouter de grandes bandes de ces cannibales.” Les soldats commençaient à se regarder comme des invincibles, tout de même ils avaient les meilleures raisons d’être inquiets. La force effective de la garnison se trouvait réduite de plus de la moitié ; de ceux qui restaient en état de combattre, à peine y en avait-il un seul qui ft entièrement exempt du scorbut. Les hommes de troupe Mmanquaient de
vivres fraîches ; et, en dépit de toutes les Précautions,
Sur environ sept mille hommes qui étaient restés à Québec à l’automne, à peine plus de trois mille étaient en état de servir le 24 avril. (2) Environ sept cents avaient été enterrés temporairement dans Ja neige, le sol gelé étant aussi impénétrable que le roc.
Vaudreuil était encore à Montréal, où il prétend
[1] Ordonnance faite à Québec, le 21 avril 1760 par Son Excellence acques Murray.
[2] Aeturn of the Present state of His Majesty's Jorees in garrison at Quebec, 24th April, 1760. [Public Record Ofice.]
être arrivé ‘juste à temps pour prendre les mesures les plus judicieuses pour empêcher le Général Ambherst de pénétrer dans la colonie.” (1) Durant l'hiver, quelques-uns des réguliers français étaient restés en garnison dans les postes avancés, le reste prenant seS quartiers chez les habitants: les Canadiens avaient été renvoyés dans leurs foyers, sauf à reprendre les rangs à l'appel du gouverneur. Luimême et Lévis avaient bon espoir de reprendre Québec. Il avait ses agents et ses espions parmi les soldats de Murray : et, bien que les citoyens eussent juré allégeance au roi George, quelques-uns d’entre eux étaient très utiles ! l'ennemi, Vaudreuil recevait constamment des renseignements sur la situation de la garnison. Il avait dans le scorbut un allié actif et puissant, et il le savait, de même qu’il savait que les hôpitaux et les maisons de Québec étaient encombrés de malades. Ala fin de mars, il était informé que plus de la moitié des Anglais étaient sur la liste des invalides ; c'était la rumeur courante que Murray n'avait qu’une couple de mille hommes en état de porter les armes. (2) Même en tenant compte de l’exagération de ces rapports, il était évident que les Français pouvaient attaquer l'ennemi avec des forces écrasantes.
La difficulté était de trouver des moyens de transport. L’épaisseur de la neige et le manque de bêtes de trait rendaient nécessaire d'attendre que le fleuve fût navigable : cependant les préparatifs de l'expédition commencèrent sur-le-champ. Lévis était
[1] Vaudreuil au Ministre, 30 octobre 1759. [2] Vaudreuil au Ministre, 15 avril 1760.
l'âme de l’entreprise. Les vivres furent convoyées de tous côtés ; le canon, les mortiers et munitions de guerre furent retirés des postes de la frontière, et l'on fixa à la gueule des fusils des couteaux de boucherie en guise de baïonnettes. Tout ce qu’il y avait d’artisans à Montréal fut employé à fabriquer des outils et des trains d'artillerie, Les marchands dûrent fournir des marchandises, et certains articles qu’on ne pouvait se procurer autrement furent levés en contrebande, avec une adresse extraordinaire, de Québec même. (1) De bonne heure au printemps, les milices reçurent ordre de se préparer à marcher. I] y eut des hésitations, du mécontentement, mais, dit un contemporain, “les gens sensés n’osaient parler, car autrement ils s'exposaient à se faire traiter comme des Anglais." Quelques-uns, dans l'intimité, parlaient du plan de Lévis comme d’une folie; le projet était cependant tout à fait rationnel, bien Conçu et conduit avec énergie et habileté. Il restait encore en rivière deux frégates, deux sloops de guerre et un certain nombre de moindres vaisseaux, sous le commandement de Vauquelin, ce brave officier qui s'était distingué au siège de Louisbourg. Les marchandises et canons furent embarqués sur ces vaisseaux, l’armée dans uue flottille de bateaux, et le 20 avril tout le convoi partait pour le siège de l’action. Il comprenait huit bataillons de troupes de ligne et deux de troupes coloniales, avec l'artillerie coloniale, 3,000 Canadiens et 400 Indiens. L'effectif total, au dire de Lévis, était au départ de Montréal, de 6,910 hommes, outre le
{"] Vaudreuil au Ministre, 23 avril 1760.
contingent sauvage: et cette force se grossit en route des garnisons de Jacques-Cartier. de Deschambault et de la Pointe-aux-Trembles, de même que de renforts canadiens raccolés sur les deux rives du Saint-Laurent en bas de Trois-Rivières ; Car Vaudreuil avait ordonné aux capitaines de milice de rallier son drapeau avec toutes leurs forces, armes et équipages, sous peine de mort. (5) Tous ces renforts paraissent avoir porté son armée à huit ou neuf mille hommes.
Les glaces étaient encore attachées aux rivages, le temps était mauvais et la navigation difficile ; l'armée débarquait tout de même le 26 À Saint- Augustin, franchissait la rivière du Cap-Rouge sur des ponts improvisés, et marchait sur l'avant-poste des Anglais à l'Ancienne Lorette. Ceux-ci l'abandonnèrent et se replièrent sur Sainte-Foy. Lévis les suivit. La nuit venue, un grand vent s'éleva du Sud-Est, avec pluie battante et force coups de tonnerre, chose remarquable pour la saison. La route, en fort mauvais état, traversait le marécage appelé la Suède. Chaussées et ponts se rompaient sous le poids des colonnes en marche, précipitant les hommes dans l’eau, la vase et la glace à moitié fondue. ‘ Ce fut une nuit affreuse, dit Lévis ; il faisait si noir que sans la lueur des éclairs nous aurions été forcés de faire halte.” Le petit jour trouva l'avant-garde sur la lisière du bois qui bordait l'extrémité du marécage. L'orage s'était apaisé ; les soldats voyaient devant eux, à travers le brouillard à une distance de quelques centaines de verges, la pente d’un côteau sur lequel
[5] Vaudreuil aux Cap nes de Milice, 16 avril 1760.
se dressait l'église de Sainte-Foy, avec une rangée d'habitations canadiennes s'étendant à perte de vue à droite et à gauche. Ce côteau était le versant du plateau de Québec ; le même qui, en approchant de la ville, à cinq ou six milles vers la gauche, prend le nom de Côte d'Abraham et de Côte Sainte-Geneviève. L'église et les maisons étaient occupées par des troupes anglaises qui, en voyant les Français déboucher du bois, ouvrirent le feu sur eux avec du canon et les forcèrent à reculer. Bien que la pente fût légère en cet endroit, la position était forte ; cependant, si Lévis eût su quil avait affaire À bien peu de monde, il aurait pu emporter la place d'assaut. A tout événement, il résolut d'attendre la nuit, et alors de prendre l'ennemi de flanc Par un mouvement vers la droite en longeant le bois.
C'était le dimanche matin, 27 avril. Jusqu'à une heure avancée la nuit précédente, Murray et la garnison de Québec ignoraient que le danger fût imminent ; et encore ne Papprirent-ils que par un singulier hasard. Peu près minuit, l'homme de quart à bord de la frégate le Racehorse, qui avait hiverné dans le dock de la Basse-Ville, entendit un faible cri de détresse dans les ténèbres qui couvraient le fleuve. Le capitaine Macartney en fut prévenu sur-le-champ ; par humanité, il envoya une chaloupe au large, à travers les glaces en dérive que la marée montante charriait alors. Guidés par la voix de plus en plus affaiblie qui appelait au Secours, les matelots trouvèrent un homme étendu sur une grande banquise de glace, trempé jusqu'au os, et à demi-mort
de froid ; non sans peine, ils réussirent à le traîner jusqu'à leur embarcation, et l'amenèrent À bord du navire. Un long temps s'écoula avant qu'il pût s'exprimer intelligiblement ; mais enfin, ayant été ranimé au moyen de cordiaux et de médicaments, il trouva la force de dire à ses sauveurs qu'il était sergent d'artillerie dans l'armée qui venait reprendre Québec ; il raconta qu'en cherchant à atterrir un peu au-dessus de Cap-Rouge, son embarcation avait chaviré, que ses compagnons s'étaient noyés, et que lui-même n'avait pu se sauver qu'en se hissant sur le banc de glace où on l'avait recueilli; qu'il avait été porté par le reflux jusqu'à l'Ile d'Orléans, et ramené du côté de Québec par la marée montante ; enfin, que Lévis marchait sur la ville à la tête de douze mille hommes.
On le plaça sur un hamac et on le transporta par la rue de la Montagne aux quartiers du Général, qui fut tiré du lit à 3 heures du matin pour écouter son récit. Les troupes eurent ordre de prendre les armes, et peu après le lever du jour, Murray sortait de la ville avec dix pièces de canon et plus de la moitié de la garnison. Son principal objet était de ramener les avant-postes de Sainte-Foy, de Cap-Rouge, de Sillery et de l'Anse du Foulon. L'orage avait fait place à une pluie fine et glacée, qui trempa bientôt jusqu’aux os les hommes, péniblement attelés aux canons dans la neige et la boue. A peine eurent-ils atteint Sainte-Foy, qu'ils ouvrirent de la hauteur un feu nourri sur les fourrés où l'armée entière de Lévis se trouvait alors à couvert ; dans l’après-midi, ayant
été rejoints par les troupes des différents avant-
postes, ils retournaient à Québec, après avoir fait sauter l'église, parce qu'elle contenait un dépôt de munitions qu'il ne leur était pas possible d'emporter. À la rentrée en ville, une roquille de rhum fut servie à chaque homme ; on démolit plusieurs maisons du faubourg Saint-Roch pour faire du feu afin de sécher leurs vêtements, puis on leur permit de se reposer tant bien que mal jusqu'au lendemain. Dans lintervalle, les Français avaient pris possession des hauteurs abandonnées ; les uns s'étaient installés
dans les habitations, granges et hangars de Sainte- Foy et du voisinage, les autres, des Canadiens pour la plupart, avaient traversé le plateau pour chercher un abri dans le village de Sillery.
Murray avait trois alternatives. Il pouvait défendre Québec, ou se fortifier hors des murs sur les Buttes à Nepveu, ou encore attaquer Lévis à tout risque.
Les fortifications de Québec n'étant pas en état de supporter la canonnade, ilavait depuis longtemps projeté de retrancher l'armée sur les Buttes à Nepveu, qui offraient une position plus avantageuse pour la défensive; mais la gelée, qui avait rendu le sol aussi dur que la roche, n'avait pas jusque-là permis l'exécution du projet. En ce moment même, bien que la croûte fut dégelée, les couches inférieures étaient encore assez dures pour rendre le travail de tranchée extrèmement difficile, même si les Français lui en eussent laissé le temps. Murray était jeune d'âge, il l'était encore davantage de caractère,
Fe | ‘# ‘l [È
\] eee gen ann nt Dern,
Il était tout feu, sans peur et plein d'ambition ; il brûlait d'être l'émule du célèbre Wolfe. ‘‘L'ennemi, écrivait-il peu après à Pitt, était, il est vrai, bien supérieur en nombre ; mais voyant que notre petite armée était habituée à battre cet ennemi, que nous avions un très beau train d'artillerie de campagne, qu'en nous enfermant dans les murs, toutes nos chances se trouvaient limitées à la possibilité de tenir bon assez longtemps derrière de méchantes fortifications, je résolus d'offrir la bataille moi-même ; après la demie de 6 heures du matin, nous marchions avec toutes les forces dont je disposais, savoir : 3,000 hommes.” (1) Quelques-urs des combattants avaient d'eux-mêmes quitté l'hôpital, dans leur impatience d'être de la partie.
La pluie avait cessé ; tout de même, lorsque la colonne émergea hors de la porte Saint-Louis, le spectacle qui s'offrit à ses yeux n'était guère engageant. Pas encore le moindre signe printanier. Chaque buisson, chaque arbre dénudé, suintait une humidité noirâtre, visqueuse; sur les versants du côté du Sud, la terre apparaissait par taches boueuses ; partout ailleurs, elle était couverte de neige, ça et là amoncelée par banes, et détrempée par la pluie ; chaque ornière, chaque dépression de terrain était remplie de ce mélange bourbeux de neige à moitié liquéfiée auquel les écoliers de la Nouvelle-Angieterre ont donné le nom de ‘‘slush'', car le sol était encore trop profondément gelé pour absorber cette humidité. Les troupes avaient avec elles deux obusiers et
{1} Murray à Pitt, 25 mai 1760.
vingt pièces de Campagne, pris sur l'ennemi lors de la reddition de Québec ; ces pièces faisaient partie de la batterie même que Ramesay avait refusé d'envoyer à Montcalm au combat de l'automne précédent.
Faute de chevaux, le canon était trainé par des soldats, d'autres portaient des pics et des bêches, car ln: semble nas que Murray eût encore à cette heure définitivement arrèté s'il se fortifierait ou s'il offrirait le combat, On AVANÇA ainsi à une distance d'un demi-mille ; lorsqu'elle eut atteint les Buttes à Nepveu, l'armée se forma en ordre de bataille en ligne avec le versant extrême des Buttes, précisément sur le même terrain qu'avait occupé Montcalm le matin de sa mort.
Murray s'avança plus loin, en reconnaissance. Immédiatement en avant de lui, le terrain faisait renflement, et au-delà de cette éminence, à une distance d'un mille au plus, s'étendait une forêt appelée le Bois de Sillery. Plus près à sa gauche, il pouvait apercevoir deux blockhaus bâtis par les Anglais l'automne d'avant, non loin du bord du plateau qui dominait l’Anse du Foulon, où Wolfe avait escaladé la hauteur. A droite, sur la cime opposée du plateau, étaient une maison et un moulin à vent fortifié, nropriété d'un certain Dumont. Les blockhaus, le moulin et l'éminence intermédiaire étaient occupés par l'avant-garde de l'armée de Lévis. I1 pouvait entrevoir le gros de l’armée défilant le long du chemin de Sainte-Foy, puis chaque bataillon à tour de rôle tournant à angle droit pour se déployer rapidement à travers le plateau sur la
lisière du Bois de Sillery. Les deux brigades de la première colonne avaient déjà atteint les blockhaus du côté de l'Anse du Foulon, et s'étaient formées comme aile droite de la ligne française ; mais les autres n'étaient pas core en position,
En voyant cela, Murray se sentit fouetté ; il pensa qu'il ne fallait pas laisser perdre une occasion aussi favorable et ordonna à ses troupes de marcher. Sa ligne se composait de huit bataillons, soit un peu plus de 2,000 hommes. Cinq cents hommes espacés entre les bataillons trainaïent les canons dans la boue et la neige, et à une faible distance en arrière, venait la réserve, composée de deux bataillons. Le flanc droit était couvert par l'infanterie légère de Dalling ; le flanc gauche par la compagnie de ‘‘rangers”’ de Hazen et une centaine de volontaires commandés par le major McDonald. Toute cette force se porta en avant jusqu'à ce qu'elle eût presque atteint le terrain où s'était formée l'armée de Wolfe. Alors l'artillerie fut mise en action et ouvrit le feu sur les Français 1vec un tel effet que Lévis, qui chevauchait au milieu du champ de bataille, envoya dire au corps de son aile gauche de se rejeter sous le convert du bois. Ce mouvement causa quelque désordre. Murray s'y méprit, croyant que l'ennemi retraitait, et ordonna d'avancer de nouveau. La ligne anglaise tout entière s'ébranla impétueusement en convergeant sur la droite, ce qui lui fit perdre l'avantage de la position qu'elle avait d'abord occupée, et les bataillons de droite se trouvèrent bientôt dans des terrains bas, pataugeant dans la neige détrempée
qui par endroits les embourbait à hauteur du genou. Le canon ne put bientôt plus servir effectivement. Juste en avant, coulait au fond d'un ravin un petit ruisseau, serpentant dans une vase molle mêlée de neige délayée, Précipitant ensuite sa course vers le versant de droite, pour se perdre enfin dans le pré de la vallée Saint-Charles. À quelques perches en avant de ce cours d'eau se trouvaient la maison et le moulin à vent de Dumont, qu occupaient cinq compagnies de grenadiers français. L'infanterie légère s'empressa d'attaquer de ce côté. Il s'en suivit une furieuse fusillade, jusqu'à ce qu'enfin les Français cédassent, et les vainqueurs se précipitèrent en avant Pour profiter de leur avantage. Cette ardeur leur coûta cher, Les corps de la gauche française qui s'étaient retirés sous bois purent maintenant quitter leur retraite, puisque le canon avait cessé de jouer ; ils s'avancèrent sans ordre, mais avec une extrème impétuosité, guidés Par un intrépide vieil officier, le colonel Dalquier, du régiment de Béarn. Une balle dans le corps ne put l'arrêter. L'infanterie légère fut accablée, et ceux qui échappèrent à la mort furent rejetés en désordre sur les bataillons qui les suivaient, et en avant desquels ils restèrent pendant quelques minutes, en groupes épars, empêchant les troupes de tirer sur les Français qui avançaient toujours, ayant eu ainsi Île temps de reformer les rangs. Finalement, l'infanterie légère put laisser le champ libre et se retirer en arrière, où, ayant perdu presque tous ses ofliciers, elle demeura inactive jusqu'à la fin de la batailie. Une nouvelle lutte s'engagea pour la
possession de la maison et du moulin de Dumont, dont les Français s'emparèrent encore pour en être de nouveau chassés; et, comme par une entente tacite, de part et d'autre on les laissa inoccupés pendant quelque temps. Pendant plus d'une heure, ce fut une chaude et rude mêlée. ‘Nous les repoussâmes tant que nous eûmes des munitions pour nos canons,” dit le sergent Johnson ; mais la munition manquait, et il ne servait plus à rien d'en avoir, attendu que, dans le langage pittoresque du sergent, ‘les chariots étaient empétrés dans des fondrières de neige” (bagged in deep pits of snow).
Pendant que ces choses se passaient sur l'aile droite des Anglais, leur aile gauche était encore plus maltraitée. Là comme ici ‘1 marche en avant produisait des effets non moins désastreux. Elle avait amené les troupes à proximité du bois dont la lisière convergeait circulairement dans cette direction, donnant l'avantage à l’arrière-garde des Français ; de cet endroit, les Canadiens, à l'abri des arbres, faisaient pleuvoir une grêle meurtrière sur l'ennemi. Là comme sur ia droite, Lévis avait ordonné à ses troupes de se replier pour un temps ; mais, lorsque le feu des canons anglais eut cessé, elles avaient de nouveau marché en avant, et leur artillerie, bien que consistant en trois pièces seulement, joua son rôle avec grand effet. Les ‘‘rangers” de Hazen et les volontaires de MacDonald attaquèrent et prirent les deux blockhaus voisins, mais ne purent s'y maintenir. Hazen fut blessé, MacDonald tué, et les troupes écrasées. Les bataillons angiais tinrent bon jusqu’à
ce que les Français, dont la supériorité en nombre leur permettait de se déployer des deux côtés de la ligne anglaise, eussent furieusement attaqué l'aile gauche, de front et de flanc. La réserve fut appelée, et les soldats essuyèrent pendant un temps, avec un morne désespoir, la trombe de balles ; ils tombaient dans la neige sanglante, et bientôt il fallut leur donner ordre de se replier. Ils obéirent en jurant: “Damn 2/, qu'est-ce que se replier, sinon reculer ?” (1) L'aile droite, prise de flanc elle aussi, suivit l'exemple de la gauche. Quelques-uns des Corps tentèrent de Sauver les canous, mais, s'en voyant empêchés par la neige et la boue, ils les abandonnèrent après les avoir encloués. Les Français suivaient de près, espérant couper aux fugitifs l'accès des portes de la ville ; mais Lévis, voyant la retraite s’opérer en assez bon ordre, sinon sans précipitation, crut plus sage d'arrêter la poursuite.
La bataille, qui avait duré deux heures, fait honneur aux deux armées. Les Canadiens ne montrèrent pas seulement leur adresse et leur courage habituels à l'abri du bois, ils se battirent bien en rase Campagne, et la conduite de toute l'armée française fit voir combien elle s'était remise de sa panique de l'automne précédent. Ils étaient dès le début grandement supérieurs en nombre ; du milieu à la fin de l'engagement, lorsqu'ils furent tous arrivés au lieu de l’action, ils étaient plus de deux contre un. (2) Les Anglais, d'autre Part, outre la chance d'attaquer
{1] Knox, ii, 295.
{21 Voir à l'Appendice : Sainte-Foy.
l'ennemi avant qu'il fût entièrement formé, avaient une artillerie de beaucoup supérieure et une position favorable, deux avantages qu'ils perdirent après leur second mouvement en avant.
On raconte quelques curieux incidents de la retraite des Anglais. Le colonel Fraser, des Highlanders, reçut une balle dont l'effort était probablement épuisé; le projectile, avec une admirable précision, atteignit l'extrémité de sa queue de cheveux, qui amortit le coup si bien qu'il n’en éprouva d'autre inconvénient qu’un léger torticolis. Le capitaine Hazen, des ‘ Rangers”, grièvement blessé, se frayait un chemin vers la porte de ville soutenu par son domestique, lorsqu'il avisa sur une éminence, à une grande distance, un officier français à la tête d'un peloton de soldats. Il s'arrêta et demanda à son homme de lui passer son fusil. Un volontaire du nom de Thompson, qui se trouvait près de là et qui :. rapporté cet incident, crut que le Capitaine avait perdu la raison ; mais Hazen n'en insista pas moins, s'assit tranquillement sur le sol, épaula l'arme, et après l'avoir lentement ajustée, tira et abattit son homme. Thompson l'ayant félicité : ‘Un coup de hasard peut tuer le diable,” fit simplement Hazen, puis il se remit au bras de son domestique, regagna la ville, guérit de sa blessure, et vécut assez longtemps pour devenir l'un des généraux de la Révolution. (1)
[1] Thompson, trompé par le nom de baptème de Hazen [Moses], le croyait juif [Xevue Canadienne, IV. 865.] Hazen était bel et bien d'une vieille famille puritaine de la Nouvelle-Angieterre. Voir la généalogie des Ha”en dans le Æistoric Genealogical Register, XXXIII.
Les Anglais avaient perdu environ mille hommes, soit plus d'un tiers de leur force numérique en tués, blessés et manquants à l'appel. (1) Ils emportèrent quelques-uns de leurs blessés, mais en laissèrent sur le champ de bataille ; le plus grand nombre furent assassinés, scalpés ou mutilés par les Sauvages, qui tous étaient des convertis des villages de mission. Les écrivains anglais portent la perte des Français à 2,000 et même plus, ce qui est sans doute grossièrement exagéré. Lévis déclare que le nombre ne dépassait pas six ou huit cents, mais plus tard donne une liste qui porte le chiffre de ces pertes à 833.
Murray avait laissé trois ou quatre cents hommes pour garder Québec lorsque le reste était sorti de la ville, ce qui, ajouté à ceux qui revinrent sains et saufs du combat, lui laissait environ 2,400 hommes de tout rang en état valide. Mais les troupes ellesmêmes qui étaient ainsi comptées pour valides étaient en si mauvaise condition que l'hyperbolique sergent Johnson en Larle comme de “squelettes scorbutiques ä moitié morts de faim." Ce digne soldat, jusque-là modèle de respectueuse déférence à ses supérieurs, s'oublie cette fois au point de blâmer son général pour le ‘‘zèle d'enthousiaste et de fou’ qui faillit lui faire perdre du coup le fruit de la victoire de Wolfe. De fait, le sort de Québec trembla dans la balance. ‘Nous étions trop peu et trop faibles pour soutenir l'assaut, continue Johnson, et notre détresse était presque au comble.” Au premier moment, il y eut quelques excès d'ivrognerie et
[1] Return of Killed, Wounded and Missing, signé J. Murray.
quelques cas de pillage de maisons privées ; mais Murray réprima le premier abus en défonçant les fûts de rhum des cantiniers, et le second en faisant pendre le principal coupable. Trois jours après, l'ordre, la subordination, l'espérance, la confiance même avaient été rétablis. Pas un homme n'était tenu oisif. Les troupes quittèrent leurs casernes et couchèrent sous la tente à proximité de leurs corps de garde respectifs. Sur le terrain vague près de la Porte Saint-Louis, les convalescents en grand nombre étaient occupés à remplir des sacs de sable pour fortifier les défenses ; dans les hôpitaux, les malades et les blessés faisaient de la bourre à canon. Les remparts étaient parés de fascines dont on avait fait grande provision à l'automne ; des chevaux-defrise étaient plantés aux endroits exposés ; un ouvrage avancé fut construit pour protéger la Porte Saint-Louis ; des embrasures furent pratiquées sur tout le pourtour des fortifications ; les canons français capturés avec la ville furent braqués contre leurs anciens possesseurs. Tout le monde fut mis à contribution dans la mesure de ses forces, et la garnison, dépenaillée, harrassée de fatigue, souillée de boue, ressemblait plutôt à une équipe d'ouvriers surmenés qu'à une armée de soldats.
La conduite des officiers tourmentait le sergent Johnson. Ses notions des convenances étaient renversées à la vue de ses supérieurs partageant la rude besogne des simples troupiers ; aussi exhalet-il ses impressions en ces termes : “Ceux qui furent témoins oculaires seuls peuvent imaginer le crève-cœur des soldats lorsqu'ils voyaient leurs officiers s’atteler dans