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les harnais pour hâler les canons de la Basse-Ville : lorsqu'ils voyaient ces gentilshommes, nommés par Sa Majesté pour les commander et les tenir à leur devoir, travailler aux batteries la brouette, le pic et la bêche à la main.” L'effet fut tout de même admirable, Les esprits étaient à la hauteur de la crise. Murray possédait la confiance de tous, non moins que ses officiers ; s’il avait commis une erreur fatale, il s’appliquait à la réparer par une fermeté inébranlable et une inépuisable fertilité de ressources. Des déserteurs ayant rapporté que Lévis allait assaillir la ville, les soldats répondaient : “Qu'il y vienne, il trouvera son maître (Xe we/{ catch a Tartar).”
Lévis et son armée n'étaient pas moins infatigables à creuser des tranchées en arrière des massifs rocheux des Buttes-à-Nepveu. D'un jour à l’autre, le feu des Anglais était plus ardent ; le temps vint où près de cent cinquante canons vomissaient du feu sur eux du haut des murs de Québec, et le mois de mai était commencé avant que les Français eussent pu pointer leur première pièce pour répondre. Leurs vaisseaux avaient débarqué de l'artillerie à l’Anse du Foulon ; mais leur plus grand espoir, c’était de voir arriver les secours qu'ils attendaient de jour en jour du bas du fleuve. Dès l'automne précédent, Lévis, en vue de son expédition projetée, avait écrit à Versailles pour demander l'envoi d’un vaisseau chargé de munitions et de grosses pièces de siège à temps pour le rejoindre à Québec en avril ; il attendait aussi un autre navire, qui avait hiverné à Gaspé et qui par conséquent aurait dû lui venir dès l'ouverture de la navigation. L'arrivée de ces vaisseaux aurait rendu la position
des Anglais doublement critique; mais d’un autre côté, si le premier arrivage était celui d’une escadre anglaise, Lévis se voyait forcé de lever le siège. Aussi, de part et d'autre, explorait-on le fleuve du regard avec une anxiété dont chaque jour augmentait l'intensité. Un moment, les Anglais remarquèrent sur les rives des signaux qui semblaient annoncer le mouvement de navires français remontant le Saint- Laurent. Dans l'intervalle, tout en faisant de leur mieux pour préparer leur extermination mutuelle, ni l’un ni l’autre parti ne négligeait les échanges de courtoisie entre combattants. Lévis ayant entendu dire que Murray aimait la bière d'épinette à table, lui dépêcha un parlementaire avec une quantité de branches d’épinette et un message de compliments ; Murray répondit par un fromage de Cheshire, et Lévis riposta par un cadeau de perdrix.
La mauvaise nourriture, le surmenage, le manque de sommeil, tout cela commençait à affecter sérieusement la santé des troupes de garnison, lorsque le 9 mai Murray, faisant la sieste au coin du feu dans ses quartiers de la rue Saint-Louis, fut tiré de sa rêverie par l'entrée d'un officier qui venait lui apprendre qu'il y avait en rade un navire de guerre faisant voile vers la ville. Murray tressauta, et ordonna d’arborer à l'instant l’étendard britannique au sommet du Cap Diamant. (1)
Comme les drisses fonctionnaient mal, un marin grimpa au haut du mât pour y attacher le drapeau. La nouvelle s’était vite répandue ; soldats et officiers,
[1] Thompson, Aezue Canadienne, IV, 866.
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l'esprit partagé entre l'espérance et la crainte, affluaient sur le rempart près du Château, à l'endroit où la terrasse Durham surplombe aujourd'hui le fleuve ; tous les regards se concentrèrent sur le navire à mesure qu'il se rapprochait, tous ayant hâte de voir s’il arborerait l'étendard rouge d'Angleterre ou le pavillon blanc de France. Lentement, ses couleurs s'élevèrent au haut du mât d'artimon, laissant voir, en se déroulant au vent, la croix rouge de Saint- George. C'était la frégate anglaise le Lowestofe. Elle jeta l'ancre en face de la Basse-Ville et salua Ja garnison de 21 coups de canon. ‘La joie des troupes ne s'exprime pas, dix Knox. Officiers, soldats, tous coururent au parapet en face de l'ennemi, et pendant une heure ce ne furent que des acclamations, que des chapeaux en l'air. La garnison, le camp ennemi, la baie, le pays d'alentour retentirent de nos cris et du grondement de notre artillerie; car les artilleurs étaient dans une telle exultation que pendant longtemps ils ne faisaient que charger les pièces et tirer. Enfin, c'était une réjouissance générale qu'on ne peut concevoir, à moins d’avoir souffert les rigueurs d'un siège et de s'être vu voué, avec ses braves camarades et compatriotes, au coutelas d'un conquérant sans foi et de ses barbares alliés.” Le Louwestoffe apportait la nouvelle qu'une escadre anglaise était à l'embouchure du Saint-Laurent, et serait à Québec sous peu de jours.
Lévis, qui ignorait ces choses, s'acharnait à l'espoir de voir survenir une flotte française de taille à s'emparer du malencontreux navire. Ses canons,
enfin mis en position, commencèrent à marteler un mur qui n'était pas de force à soutenir le choc de gros projectiles ; mais une artillerie meilleure et plus complète que la sienne la réduisit bientôt presque au silence, et ses canonniers se virent harasser par des décharges répétées. Les assiégeants n'avaient plus dès lors d'autre chance de succès que d'emporter la place d'assaut; aussi se munirent-ils de nombreuses échelles d'escalade et de pétards pour faire sauter les portes. Ils ne tentèrent cependant pas de s'en servir. Une semaine s'était ainsi écoulée, lorsque, dans la soirée du 15, le vaisseau de ligne le Vanguard et la frégate la Diana apparurent en rade ; le lendemain matin, la Diana et le Lowestoffe passaient devant la ville pour attaquer 1:s vaisseaux français mouillés plus haut dans le fleuve. Ils étaient six en tout : deux frégates, deux autres moindres navires armés, et deux schooners, le tout sous le commandement du vaillant Vauquelin, qui ne démentit pas sa réputation.
Il défendit son vaisseau avec une intrépidité persistante jusqu'à ce que toutes ses munitionsfussent épuisées, refusa alors même de baisser pavillon, et, étant fait prisonnier, fut traité avec tous les honneurs par ses vainqueurs. Les autres vaisseaux n'offrirent qu'une faible résistance. L'un deux jeta ses canons par dessus bord et s'échappa ; le reste se jeta à terre et fut brûlé.
La destruction de ses vaisseaux fut le coup de grâce de Lévis, la ruine de ses dernières espérances, car ils contenaient sa réserve de vivres et de muni-
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tions. I] avait passé la nuit précédente dans une grande agitation, et quand la canonnade eut cessé sur le fleuve, il s'empressa de lever le siège. Dans la soirée, des déserteurs de son camp avertirent Murray qne les Français étaient en pleine retraite ; Sur quoi, toutes les batteries anglaises reprirent le feu, tirant au jugé dans l'obscurité, lançant les boulets en ricochet, les faisant rebondir les uns sur les autres sur toute l'étendue des Plaines d'Abraham, sur les talons de l'ennemi en retraite. Au petit jour, Murray fit une sortie dans l'espoir de tomber sur leur arrière-garde ; mais, avec cent cinquante canons rugissant derrière eux, ils avaient fait telle diligence qu'il ne put les rattraper, bien qu'il poussit jusqu'à l'Ancienne-Lorette à travers le marais; ils avaient déjà franchi la rivière du Cap-Rouge. Ii est difficile d'expliquer pourquoi, étant encore en nombre supérieur, ils étaient repartis avec une telle précipitation. Ils laissaient derrière eux trente-quatre canons et six mortiers, avec Pétards, échelles d'escalade, tentes, munitions, équipages, outils de Camp, nombre de mousquets, et tous leurs malades et blessés.
Cette tentative de reprendre Québec témoigne honorablement de la hardiesse française ; elle ne leur fut tout de même nullement utile, ne servant qu’à épuiser des ressources qui étaient déjà au plus bas et q1à fournir une nouvelle occasion de pillage à Cadet et à sa bande, qui ne manquèrent pas d’en profiter.
Après la bataille de Sainte-Foy, Murray avait expédié la frégate le Aacehorse à Halifax, pour y
porter la nouvelle de sa défaite, qui avait été transmise de Halifax en Angleterre. Le public anglais fut pr', par surprise, Qui diantre songeait à Québec ? dit Horace Walpole. L'Amérique était comme un petit livre qu’on met de côté après l'avoir lu une fois ; mais nous voici maintenant en train de feuilleter notre livre à rebours.” Dix jours se passent, et alors arrive la nouvelle de la levée du siège et du départ des Français ; sur quoi Walpole écrit au général Conway : “Eh bien, voici Québec ressuscité de nouveau. Hier soir j'allai voir les Holdernesse. Je rencontrai milady dans un char triomphal, tiré par un cheval manxois haut de treize petits doigts, avec lady Emily. M. Milbank marchait tout seul derrière le char, faisant ovation ; ils allaient assister au feu-de-joie à la brasserie du coin. La procession tout entière revint avec moi, et de la chambre de toilette de la comtesse nous vimes une batterie éclater en face de la maison, pendant que la foule criait : Dieu soit béni pour la bonne nouvelle ! C'est là tout ce que je sais du siège. Milord voulait me faire lire le journal ; mais nous eûmes un bien meilleur divertissement en allant manger des pêches à la nouvelle chaufferie de Hoilande (serre-chaude).”