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la fin du printemps, jusqu’à son départ tard en automne, toutes communications furent arrêtées. Ce ne fut que vers la fin de novembre, lorsque le fleuve fut débarrassé des vaisseaux anglais, qne le commandant naval Kanon passa sous les batteries de Québec et porta en France les premières nouvelles du Canada. Quelques-unes des lettres qu’il portait étaient datées du mois précédent, et avaient attendu son départ.
L’Abbé Verreau—une haute autorité en matières d’histoire canadienne—me dit qu’une confrontation d'écritures l’a convaincu que ces prétendues lettres de Montcalm sont l'œuvre de Roubaud.
À A flotte était partie, laissant le grand fleuve
désert, et les frileuses journées d'un triste
mois de novembre déroulaient sur Québec leur succession de pluie et de grésil, de soleil et de neige. Les troupes, que le froid avait chassées de leur camp des Plaines, étaient toutes réunies à l’intérieur des murs; mais leur propre artilierie avait tellement deman:.lé la place qu'il n'était guère facile d'y trouver abri. La Basse-Ville était une solitude de ruines calcinées et croulantes. Sur la montée de la ruede la Montagne, le palais de l'évêque, à droite, n'était plus qu'un squelette de branlante maçonnerie; des maisons bordant la gauche, il ne restait que des monceaux de décombres, où des enfants dépenaillés jouaient à la balançoire au travers des planches et des poutres gisantes sur le sol. (1) Dans la Haute-Ville même, un petit nombre d’églises et d’édifices publics avaient échappé aux boulets. De la cathédrale incendiée, il ne restait que les murs. La massive façade du collège des Jésuites était toute criblée de boulets de canon sans nombre, et l'église adjacente de l'Ordre était lamentablement dévastée. L'église des Récollets avait souffert encore davantage. Les bombes
[1] Croquis pris sur les lieux par Richard Short. Ces dessins, au uombre de douze, furent gravés et publiés en 1761.
qui avaient passé À travers la voûte s'étaient brisées sur le parquet, et en éclatant avaient fait sortir pêlemêle les crânes et ossements de leurs cercueils Souterrains. (1) A une plus grande distance même, l'Hôtel-Dieu avait été transpercé de quinze projectiles, dont quelques-uns avaient fait explosion dans les salles et cellules. (2)
Le commissaire général Berniers décrivit l'aspect de la ville en ces termes dans une lettre à Bourlamaque : ‘Québec n'est qu'une masse informe de ruines. La confusion, le désordre, le pillage règnent parmi les habitants, et les Anglais font tous les jours des exemples sévères. Chacun court ça et là, Sans trop savoir ce qu'il fait. Chacun cherche ce qui lui appartient, et, ne le trouvant pas, s'empare du bien d'autrui. Chez les Anglais comme chez les Français, tout est également à l'état de chaos. Les habitants, affamés et dépourvus de tout, fuient vers la campagne. Jamais on ne vit pareil spectacle.” (3)
Québec fourmillait de soldats. Il y avait des corps de garde en vingt endroits différents ; les sentinelles arpentaient les remparts, des escouades d'hommes passaient en patrouille, les troupiers en permission circulaient dans les rues, les uns en bonnet à mître, d’autres en tricornes noirs ; et tout le temps le roulement des tambours, Ja discipline militaire dans toute sa rigueur, tout parlait encore d'imminent danger. Si une partie de Ja Population avait quitté
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