‹ La prise de Québec et ses conséquences [microforme]Chapitre 5 sur 19 · LE · texte numérisé non relu

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de même que ni l'hésitation ni l'indécision n'y furent Pour rien.

S’étant porté en avant pour reconnaître ] il arriva bientôt aux Plaines d'Abraha dénommées d'Abraham M

eterrain, m, ainsi artin, un pilote connu sous le nom de Maitre Abraham, qui dans Jes premiers

temps de la colonie avait possédé un morceau de terre en cet endroit. Les plaines étaient une vaste pelouse, généralement PaS trop accidentée, coupée ça et là de cultures de maïs et de massifs de buissons, et faisaient partie du plateau élevé à l'extrémité duquel se dressait Québec du côté de l'est. Du côté Sud, elles étaient bornées par le y donnant sur le fleuve ; vers le nord, par le côteau longeant la rivière Saint-Charles, ou plutôt la phine où ce paresseux Cours d'eau déroule ses anneaux comme un gigantesque réptile. À l'endroit choisi par Wolfe pour son Champ de bataille, Je plateau avait moins d’un mille de largeur.

C'est Ià que les troupes arrivaient, défilant jusqu’à l'endroit choisi, évoluant ensuite à droite et à gauche pour former une ligne de bataille qui s'étendait sur la largeur du plateau et faisait face à la ville. La force consistait en six bataillons, plus les grenadiers détachés de Louisbourg, tout cela déployé sur trois rangs de profondeur. L'aile droite s'étendait non loin du bord escarpé qui dominait le fleuve. La gauche n'atteignait pas la crête du versant opposé, du côté de la rivière Saint-Charles :

; Il y avait là un large espace ouvert, et par conséquent danger d'y

ersant abrupt

être pris de flanc. Pour parer à cette éventualité, le Brigadier Townshend y fut

aposté avec deux

bataillons alignés à angle droit sur la ligne principale, et faisant face à la rivière Saint-Charles. Le bataillon du régiment de Webb, commandé par le colonel Burton, formait la réserve ; au 3e bataillon du Royal American fut confiée la garde du débarquement, et à l'infanterie légère de Howe l'occupation d’une forêt à une certaine distance en arrière. Wolfe, avec Monckton et Murray, avait le commandement de la ligne de front, qui allait avoir à essuyer le fort de la bataille et qui, lorsque toutes les troupes furent arrivées, comptait moins de 3,500 hommes.

Québec n'était pas à un mille de là; cependant on ne pouvait voir la ville, masquée qu’elle était par une ondulation de terrain appelée les Buttes à Nepveu, à quelque six cents pas de l’armée anglaise. A peine la première division avait-elle pris position sur les six heures du matin, cette éminence s'était soudainement couverte d'uniformes blancs. C'était le bataillon de Guienne, arrivant à la onzième heure de son camp près de la rivière Saint-Charles. Peu après, on avait entendu une vive fusillade en arrière. C'était un détachement du commandement de Bougainville qui attaquait un: maison où se trouvaient quelques hommes de l'infanterie légère. Les assaillants avaient été repoussés, et le feu avait cessé. De légères averses tombaient par intervalles, arrosant les troupes pendant qu'elles attendaient patiemment l'issue de l'aventure.

Montcalm avait passé une nuit agitée. Pendant toute la soirée, le canon des vaisseaux de Saunders avait tonné, et les chaloupes de la flotte avaient manœuvré dans l'ombre au large de Beauport, comme

Pour faire croire à une de

scente à terre d'un inoment à l'autre.

Les troupes avaient passé la nuit de rétranchements, et Je général, accompagné du chevalier Johnstone et du colonel Poulariez, s'était Promené jusqu'à une heure du matin dans un champ Voisin de ses Quartiers-généraux. Johnstone dit qu'il était en proie à une vive agitation, et qu'il ne ferma Pas l'œil de la nuit. Au Petit jour, il entendit des Coups de canon au-dessus de la ville. C'était la batterie de Samos qui tirait sur les vaisseaux anglais. Îl avait alors envoyé un officier aux Quartiers de Vaudreuil, qui se trouvaient pius près de Ja ville, avec ordre de revenir l'avertir Sur-le-champ sil 4 avait du nouveau. Comme l'officier ne revenait pas, il monta à cheval avec Johnstone sur les six

€t galopa dans cette direction. A mesure qu'ils approchaient de la ville, le PAYS circonvoisin leur APParaissait de Plus en plus nettement ; lorsqu'ils furent en face de la maison de Vaudreuil, ils purent Voir, à une distance de deux milles, les lignes rouges

de l'armée anglaise sur les hauteurs au-delà du Saint- Charles,

rrière les

heures,

“Voici quelque chose de sérieux, ” dit Montcalm ;

aussi renvoya-t-i] Johnstone au &rand galop de son cheval pour ramener les troupes du

du gouvérneur. Vaudreuil Sortit de chez lui, et Montcalm

s'arrêta un instant Pour échanger avec lui quelques Mots ; puis il éperonna son cheval, et franchit le pont

du Saint-Charles pour courir au lieu du danger. (1) Il allait avec une étrange fixité dans le regard, sans proférer une parole. (2)

L'armée suivait en aussi bon ordre que possible. Elle franchit le pont avec précipitation, contourna le rempart septentrional de Québec, où elle entra par la Porte du Palais, et ses rangs pressés défilèrent en interminable procession le long des étroites et pittoresques rues de cette ville aux allures martiales: on voyait passer des groupes de Peaux-Rouges, fiers de leurs trophées de chevelures, barbouillés de vermillon, avec de féroces éclairs au fond de leur regard ; les milices canadiennes, qui allaient jouer leur vatout, religion, patrie, foyers ; les réguliers coloniaux ; les bataillons de la Vieille France, un torrent d'uniformes blancs et de baïonnettes étincelantes, La Sarre, Languedoc, Roussillon, Béarn—les vainqueurs d'Oswego (Chouaguen), de William-Henry, de Ticonderoga. Ce flot humain se précipita, les uns par la Porte Saint-Louis, les autres par la Porte Saint-Jean, et se répandit dans la plaine au-delà, au pas accéléré, presque à bout d’haleine, jusqu'au bord de l'ondulation de terrain où flottaient encore les couleurs de Guienne.

Montcalm fut ébahi de ce qui lui apparut alors. Il s'attendait à rencontrer un détachement, il avait une armée devant lui. Les lignes de Wolfe se déployaient bien en vue en face de lui; à côté des rangs serrés de l'infanterie anglaise, silencieuse muraille rouge, les lignes plus mouvementées des

{1] Johnstone, Dialogue.

[2] Maïartic à Bougainville, septembre 1759.

Highlanders, agitant leurs tartans à franges et SOufHant dans leurs Cornemuses comme Par défi. Vaudreuil n'arrivait PAS ;ÿ mais on n'en sentait pas moins la néfaste influence de Ja division d'autorité et de la jalousie des deux comman Calm attendit longtemps le ren ordres, devait lui attendit en vain, On dit que Contremandé Je mouvement Anglais du côté de Beauport, Mais l'éventualité d'une ë û

Français auraient encore pu dé

» Même dans -elle réussi, les fier l'ennemi, si seuledéroute sur les Plaines

Québec ne vint Pas non plus au secours de Montcalm. Celui-ci envoya

demander au Commandant de Ja Place, Ramesay, les vingt-cinq Pièces de Campagne qui se trouvaient sur la batterie du Palais. Ramesay n'en voulut céder que trois, répondant qu’il avait besoin des autres POur Sa propre défense, I] ÿ eut ordres et contreordres, malentendus, précipitation, retards, Perplexité, Montcalm tint conseil de paux officiers, On rapport Pour attaquer l'ennemi Sur-le-champ. Ses détracteurs disent qu’ils craignait que prit le Commandement :

guère homme à ACCaparer les responsabilités da moment aussi critique,

ARR rs RE ALLER TU HG rage

DU

expédiant un émissaire par le chemin de l’Ancienne Lorette, on pouvait l’atteindre en une heure et demie au plus, et concerter avec lui une double attaque de front et par derrière. De plus, si Montcalm avait pu s'entendre avec Vaudreuil, il aurait pu avoir un renfort de deux à trois mille hommes tirés de la ville et du camp de Beauport; mais il s'était mis en tête qu'il n’y avait pas un instant à perdre, et que Wolfe lui-même aurait bientôt du renfort, ce qui était po 1rtant impossible ; il croyait aussi les Anglais en train de se fortifier, ce qui était encore une erreur. On lui a reproché, non seulement d'avoir brusqué les choses, mais d’avoir même risqué la bataille. 11 n'avait guère le choix. Il fallait bien qu’il fit quelque chose, car Woïfe était déjà en position d’intercepter tous ses ravitaillements. Comme ses hommes étaient remplis d’ardeur, il décida d'attaquer avant que leur enthousiasme se fût refroidi, Il leur adressa quelques mots dans son âpre et véhément langage. ‘“‘Je me souviens, disait plus tard un vieux Canadien, alors jeune garçon de dix-huit ans, commie il avait noble apparence ; il montait un coursier noir ou bai sombre et galopait le long de nos lignes avancées, brandissant son épée comme pour enflammer notre courage. Il portait une redingote à larges manches flottantes, qui retombaient lorsqu’il levait le bias, laissant voir la percale blanche de ses manchettes.” (1)

Les Anglais attendaient toujours l'événement avec un sang-froid qui, s’il n’était pas réel, était du moins admirablement simulé. Les trois pièces de

[1] Souvenirs de Joseph Trahan, dans la Levue Canadienne, 1V, 856.

Campagne envoyées par Ramesay leur crachaient force projectiles explosifs, tandis qu’une quinzaine de cents Canadiens et Sauvages les fusillaient de front et de flanc, Sur toute l'étendue du plateau, de chaque buisson, de chaque tertre, de la lisière des champs de Maïs, jaillissaient Par incessantes bouffées Ja fumée des mousquets de ces invisibles tirailleurs,

ou deux furent incendiées.

Wolfe était Partout. Il se produisit dans la matinée un incident qui montre combien il était maître de lui, et Pourquoi ses soldats l’aimeient. L'un de ses Capitaines avait Teçu une balle dans Ja région des Poumons; en revenant à Jui

» il vit le

[1] Sir Denis Le Marchant, cité par Wright, 579,

Le Marchant con.

nut le capitaine dans sa vieillesse, Monckton honora Ja Promesse de Wolfe.

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LES PLAINES D'ABRAHAM Si

la droite des lignes, Wolfe vit que le moment critique approchait. Sur la hauteur d'en face, les Français s'étaient formés en trois corps, les réguliers au centre, les réguliers et les Canadiens à droite et à gauche. Deux pièces de campagne, qu'on avait pu hâler jusqu'au haut du côteau de l’Anse du Foulon, leur tirèrent une volée de mitraille, et les troupes, se levant de terre, s'apprêtèrent à les recevoir. En quelques instants, ils se mirent en mouvement, Ils arrivaient au pas de course, en poussant de grands cris, et faisant feu dès qu'ils étaient à portée. Leurs rangs, déjà désordonnés, se rompirent davantage, nombre de Canadiens, qui se trouvaient mêlés aux réguliers, s'étant, après avoir tiré précipitamment, jetés à terre pour recharger leurs fusils. (1) La ligne anglaise s'ébranla et avança de quelques perches, puis fit halte et resta immobile, Lorsque les Français furent à une distance d'une quarantaine de pas, un sonore commandement retentit, et la ligne entière répondit par une crépitante salve de mousqueterie, Cette décharge éclata avec une précision remarquable. Au centre surtout, où étaient les bataillons qui jusque-là avaient le moins souffert des balles ennemies, l'explosion, par sa simultanéité, résonna comme un coup de canon, au dire des officiers français. Une autre décharge suivit, puis ce fut un feu nourri qui dura une minute ou deux. Lorsque le voile de fumée se déchira, un spectacle lamentable s’offrit aux

[1] ‘‘Les Canadiens, qui étaient mêlés dans les bataillons, se pressèrent de tirer et, dès qu'ils l’eussent fait, de mettre ventre à terre pour charger, ce qui rompit tout l'ordre.” Malartie à Bourlamaque, 25 septembre 1759.

regards ; le sol était jonché de morts et de blessés. La masse s'était arrêtée dans sa course, ce n’était plus qu’une cohue frénétic .e, hurlante, faisant de grands gestes exaspérés. Ordre fut donné de charger. Alors sur toute la plaine s’éleva le hourra des Anglais, mêlé au féroce cri de guerre des Highlanders. Quelques-uns des corps s’élancèrent baïonuette en avant ; d’autres marchaient en tirant. Les clans écossais mirent la claymore au vent et bondirent agiles et âpres à la curée comme des limiers. Sur la droite des Anglais, bien que l4 colonne ennemie eûi été réduite

Paraïît-il, par les francs-tireurs dissimulés dans les

poignet ; il mit son mouchoir autour e: Poursuivit sa ème Projectile, il allait toujours, lorsqu'un troisième le frappa à la poitrine. Il chancela et S'assit par terre. Le lieutenant Brown, un volontaire de la même Compagnie du nom de Henderson, et un troupier, avec l’aide d'un officier d'artillerie qui était aCCouru à eux, le portèrent dans leurs bras en arrière des lignes. A sa Prière, ils le Couchèrent sur le sol et lui demandèrent S'il voulait un chirurgien. —‘C'est inutile, répondit-il, Je suis fini."—«]s Sourent, voyez donc comme ils courent.” — “Qui court ?” demanda Wolfe, comme sortant d'un rêve. —‘L'ennemi, monsieur. Bon Dieu ! ils lâchent pied Partout.”—“Que l'un de VOus aille trouver le colonel Burton’ Murmura le MOurant, ‘‘dites-lui de

lancer le régiment de Webb du côté de la rivière Saint-Charles, afin de leur couper la retraite par le pont.” Puis, se tournant sur le côté, il balbutia : ‘‘A présent, Dieu soit loué, je meurs en paix !”’ eten quelques instants son âme s'était envolée.

Montcalm, encore à cheval, était entraîné vers la ville par le flot des fuyards. Comme il approchait de l'enceinte fortifiée, une balle lui transperça le corps. Il se maintint en selle, supporté par deux soldats, l’un de chaque côté, et conduisit son cheval sous la porte Saint-Louis. Dans le terrain vague en dedans des murs, se trouvaient dans la foule surexcitée nombre de femmes, qu'avait sans doute attirées là la curiosité de connaitre le dénouement de la bataille. L'une d'elles, le reconnaissant, voyant le sang couler, se mit à crier: ‘“O mon Dieu! mon Dieu! le marquis est tué !”-—‘ Ce n'est rien, ce n'est rien, répondit le blessé, ne vous affigez pas pour moi, mes bonnes amies."

NOTE DE L/AUTEUR—II existe plusieurs versions contemporaines des dernières paroles de Wolfe. La relation de Knox, que nous venons de donner, est la mieux corroborée de toutes. Kuox dit qu’il se donna beaucoup de peine dans le temps pour se les faire répéter avec précision par ceux qui assistaient Wolfe à ses derniers moments.

La tradition au sujet de Montcalm est dûe à feu l’honorable Malcolm Fraser, de Québec. Dans sa jeunesse, il avait souvent entendu raconter cet épisode par une vieille femme qui s'était trouvée dans l’attroupement formé autour du général blessé, au moment où on le ramenait en ville et où il leur adressait ces paroles.

- “. forces anglaises et françaises à la bataille de Québec. —1,e relevé ;tabulaire que donne Knox indique le nombre d'officiers

et d'hommes pour chacun des Corps engagés,

D'après lui, l'effectif de chaque bataillon rangé en

bataille sur les Plaines entre 322 (Monckton) 828, y compris les officiers.

signé Gcorge Townshend,

et 683 ( Webb), soit un total de 4, Un autre rapport moins détaillé, brigadier. porte la force entière à 4441 Seulement. (C’est Townshend qui prit le Commandement après Wolfe, et son TaPport, qu’on conserve au Public Record Ofjice, fut envoyé à Londres quelques jours après la bataille, Quelques chroniqueurs français, qui étaient présents, donnent un chiffre

Bement, l’un ayant été laissé en arrière ç n'étant pas davantage visible puisqu'il gardait Je lieu de débarquement, La ligne de front commandée par Wolfe,

seule à recevoir et à repousser l'assaut des Français, était ainsi formée, au complet, officiers et soldats :

35€ régiment... 519 28e régiment... ... 421

58e RER + 335 47e de +... 360

78e É .... 662 43e tessse 327

Grenadiers deLouisbourg 241 Infanterie légère. 400 F7 PRE

OS EUR 3,265 Du côté des Français, il est impossible d’être aussi précis.

Knox, d’après Je renseignement ‘‘d’un Français intelligent? donne une énumération, COrPS par corps, formant en tout 7,520 hommes, Sur EXamen, il y a exagération évidente, Fraser parle de 5,000 hommes ; Townshend dit 4,470, milices Comprises, Bigot mentionne 5,500, et c'est probablement là tout ce qui a réellement marché à l'attaque, Puisqu’une partie de la milice était restée en arrière. Si l’on compte Je commandement de Bougainville, les miliciens Camp de Beauport, les marins des b

ue non engagées ; des

deux côtés, le nombre des combattants était donc à peu près

égal.

Voir à /’

Appendice #our autorités à l'appui du chapitre qui précède.

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AMAIS il n’y eut de déroute plus complète que celle de notre armée, dit un fonctionnaire français. (1) Il en fut ainsi parceque Mont-

calm n'avait gardé aucunes troupes en réserve, mais avait précipitamment lancé toutes ses forces contre les Anglais. La poursuite rencontra cependant quelque ‘ésistance, surtout de la part des Canadiens dont bon nombre n'avaient pas marché à l'assaut avec les réguliers. Au lieu de cela, ceux de l’aile droite s'étaient jetés dans un vaste fourré de broussailles qui s’étendait en face de la gauche anglaise ; de ce couvert, ils avaient ouvert le feu sans grand effet à longue distance, mais leur tir devint très dommageable pour les vainqueurs lorsqu’à leur tour ils marchèrent en avant. Deux bataillons se déployèrent en face de cette embuscade touffue et, en y concentrant leur feu, finirent par en déloger l'ennemi. Puis, ceux des Canadiens qui, avant l'engagement général, avaient attaqué la gauche des Anglais du haut de la déclivité donnant sur la rivière Saint- Charles, s'étaient mis À retraiter au moment de la déroute, longeant le bord du côteau au pas de course jusqu'à l’endroit appelé côte Sainte-Geneviève, oùils trouvèrent quelques bouquets d'arbres. Ils se jetèrent dans ces fourrés, et ne furent pas plus tôt à couvert

[1] Daine au Ministre, 9 octobre 1759,

qu'ils prirent Position pour tirer sur les Highlanders, qui arrivaient À ce moment-là. Plusieurs de ces Montagnards avaient, suivant leur traditionnelle coutume, rejeté leurs fusils Pour courir sur l'ennemi ; et n'ayant plus d’autres armes que leurs larges épées, ils tentèrent vainement de déloger les francs-tireurs et eurent grandement à souffrir. D'autres troupes vinrent cependant à leur Secours, vidèrent le fourré, non Sans éprouver une vive résistance, et finirent par chasser ces obstinés à travers la Prairie jusqu'au pont de bateaux. La conduite des Canadiens à la Côte Sainte-Geneviève fait jusqu’à un certain point oublier le manque de discipline de quelques-uns d’entre eux sur le champ de bataille.

alarme qu'il avait entendue, et ses quartiers étaient à peine à plus de deux milles du Champ de bataille. I] n'a pas expliqué Pourquoi il n’était pas vr : plus tôt ; il est certain que Son mouvement en a. -tait bien

que j'eusse pu k rejoindre”. (1) Son arrivée n'aurait pas, du reste, fait grand’ chose ; car, bien qu’il eût enfin amené avec lui le reste des milices du camp de Beauport, celles-ci ne poussèrent pas plus loin que le pont, y ayant été retenues, à ce qu’il dit, par un ordre non autorisé du chef d'état-major Montreuil. (2) I1 déclare que les réguliers étaient dans une telle frayeur qu'il ne put les arrêter, mais que les Canadiens s'arrêtèrent à sa voix, et que c'est lui qui les rallia à la Côte Sainte-Geneviève. Sur ce point, on a sa propre parole pour toute preuve. D'après d’autres récits, il appert que les Canadiens se rallièrent d'eux-mêmes. Vaudreuil, en tout cas, ne perdit pas de temps à repasser le pont et à rejoindre les miliciens dans la redoute de l'autre côté de la rivière, où les fuyards affluèrent bientôt après lui.

L'aide-de-camp Johnstone, monté à cheval, s'était arrêté un instant à l'endroit où est aujourd’hui le faubourg Saint-Jean pour encourager quelques soldats qui étaient en train de retirer un canon embourbé dans une ornière ; à ce moment même, éperonnant son cheval au haut d'un éminence voisine, il aperçut à portée de mousquet une longue ligne de troupes anglaises, qui se mirent à tirer sur lui. Les balles siffièrent à ses oreilles, déchirant ses vêtements et blessant sa monture, qui put, cependant, le porter le long de la déclivité jusqu'à un moulin à vent près duquel était tracé un chemin conduisant à une boulangerie dans la prairie au-dessous. 11 descendit, traversa le champ, gagna le pont et le franchit

[1] Vaudreuil au Ministre, 21 septembre 1759, [2] Ibidem, 5 octobre 1759.

jusqu'à la grande redoute ou corne qui en gardait la tète.

La place était pleine de troupiers et de Canadiens en proie à une vive panique. “Ilest impossible, dit Johnstone, d'imaginer le désarroi et la confusion que je trouvai dans la corne. La consternation était générale. M. de Vaudreuil écoutait tout le monde,

Sur-le-champ aux Anglais”, (1) Cependant la rivière était large et profonde, et l'ouvrage à corne était protégé du côté de l’eau Par de très solides palissades avec du canon. Tout de même, u . cri général s'éleva qu'il fallait Couper le pont de bateaux. En agissant de la s5rte, on aurait sacrifié plus de la moitié de l’armée, qui n'avait PaS encore passé la rivière. Les hommes armés de haches étaient déjà à l'uvrage,

‘M. de Vaudreuil, Poursuit Johnstone, s'était

enfermé dans une maison à l’intérieur du fort avec

[1] Confirmé par le Journal tenu à l'Armée. ‘Divers officiers des troupes de terre n’hésitèrent point à dire, tout haut en présence du soldat, qu'il ne nous restait d’autre ressource que celle de capituler promptement Pour toute la colonie,’ etc.

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