DUPONT
Chant, nous prolongerions le siège par les secours que nous ferions passer en hommes et en vivres ; que nous pourrions aussi l’évacuer et la brûler, quand nous ne pourrions plus la soutenir, afin qu'il ne restât aucune ressource aux ennemis pour s'y établir l’hiver.” (1)
Lévis eut bientôt fait sentir sa présence dans le
chaos militaire qui l'entourait. Bigot se remua avec
son énergie ordinaire Pour recueillir des vivres, et le matin suivant tout était prêt. (2) Bougainville n'avait pris aucune part à la retraite, mais avait tenu bon au Cap-Rouge pendant que la horde des fuyards Passait près de lui. Une centaine de Canadiens à cheval qui formaient partie de son commandement venaient d’être envoyés à Québec, chaque cavalier Portant un sac de biscuit en travers de sa selle. Ils avaient ordre de faire le grand tour par Beauport, où l'ennemi n'avait pas paru et d'où ils pouvaient gagner la ville en franchissant la rivière Saint-Charles en canots. Bougainville suivait de près avec une plus grande quantité de vivres. Vaudreuil envoya un message à Ramesay, révoquant son ordre de capitulation dans le cas d'une menace d'assaut, lui disant de tenir bon jusqu'au bout et l'assurant que l’armée entière venait à son secours. Lévis s'empressa de se mettre en marche, non toutefois sans avoir pris le temps d'écrire quelques lignes à Bourlamaque : ‘Nous avons fait une très grande perte, car nous avons perdu M. de Montcalm. Je le regrette comme mon général et mon ami. J'ai trouvé notre armée
[1] Lévis au Ministre, 10 novembre 1759.
{2] Livre d'Ordres. Ordre du 17-18 septembre 1759.
CHUTE DE QUÉBEC 1o1
ici. Elle est maintenant en marche Pour réparer nos malheurs. Je puis me fier à vous pour teiir votre position ; comme je n'ai pas les talents de M. de Montcalm, j'ai les yeux sur vous pour me seconder et m’aviser. Faites bonne figure. Dissimulez cette affaire aussi longtemps que vous pourrez. Je monte à cheval à l'instant. Ecrivez-moi toutes les nouvelles.” (1)
L'armée se mit en marche ce matin-là, 18 septembre. Dans la soirée, elle avait atteint Saint- Augustin ; mais là elle fut arrêtée par la stupéfiante nouvellk ue Québec s'était rendu.
La plus grande confusion avait régné dans la garnison en désarroi. D'heure en heure, les hommes désertaient, les uns fuyant à la campagne, quelquesuns allant au camp anglais : Townshend poussait ses tranchées de plus en plus près du rempart, en dépit de la canonnade que Fiedmont et ses artilleurs dirigeaient sur l'ennemi pour le tenir en respect. Dans la soirée du r7, les vaisseaux de guerre anglais avaient fait un mouvement vers la Basse-ville et l'on pouvait voir un corps de troupes s'avancer à travers la prairie du Saint-Charles, comme pour prendre d'assaut la Porte du Palais. Les tambours battirent la générale, mais la milice refusa de servir. Ses officiers vinrent en corps auprès de Ramesay, pour déclarer qu'ils n'avaient nullement l'intention de soutenir un assaut ; qu'ils savaient qu'il avait des ordres contraires ; qu'ils allaient remettre leurs armes à l'arsenal ; qu'ils n'étaient plus soldats, mais citoyens;
[1 Lévis à Bourlamaque, 18 septembre 1759.
que, si l'armée ne les avait pas abandonnés, ils se battraient avec autant de courage que jamais, mais qu'ils ne voulaient Pas se faire tuer pour rien. Le major de ville Joannès en eut une telle fureur qu'il frappa deux des officiers du plat de son sabre.
Le drapeau blanc fut hissé; Joannès le fit disparaître, Croyant ou affectant de croire qu'il avait été arboré sans autorité; mais au même moment Ramesay lui crdonnait de se rendre au camp des Anglais avec mission d'obtenir les meilleurs termes qu'il pourrait. Il se Porta sous une pluie battante
aux quartiers de Townshend, et, toujours bercé de l'espérance du se
céder sur certains points ; finalement il fut renvoyé pour conférer avec Ramesay, avec l'intimation du Commandant anglais que, si Québec n'était PaS livré avant onze heures, il le prendrait d'assaut. Ramesay signa alors les articles, et Joannès les apporta au camp anglais avant l'heure prescrite, A peine était-il sorti de la ville que les Canadiens faisaient leur apparition avec leurs charges de biscuits et l'assurance nouvelle que les renforts étaient proches ; mais il était trop tard. Ramesay s'était rendu et ne voulait pas manquer à Sa parole. I] redoutait un assaut qu’il se savait incapable de Soutenir, et ne croyait qu’à demi à la Promesse de secours. ‘Comment Pouvais-je m'y fier ? dit-il. L'armée n'avait pas osé faire face à l'ennemi avant qu'il se fût fortifié ; Pouvais-je espérer qu'elle viendrait l'attaquer dans un Camp retranché,
défendu par une artillerie formidable 2” Quoi qu'on puisse penser de sa conduite, c’est à Vaudreuil, non à lui, qu'était dûe la perte de Québec.
Les conditions accordées étaient favor ables, car Townshend se rendait compte des dangers de sa position et était heureux d'avoir Québec à tout prix. Les troupes et les marins de la garnison devaient évacuer la place avec les honneurs de la guerre et être reconduits en France. Les habitants avaient promesse de protection pour leurs personnes et leurs biens, ainsi que du libre exercice de leur religion. (1)
Dans l'après-midi, une compagnie d’artilleurs pénétra en ville avec une pièce de campagne, ei marcha jusqu'à la Place d’Armes, suivie d’un corps d'infanterie. Des détachements furent apostés à toutes les portes de ville. Le drapeau anglais fut arboré sur la hauteur près de la rue de la Montagne, et la capitale de la Nouvelle-France passa aux mains de ses ennemis héréditaires. Restait la question : si ceux-ci la garderaient, ou la détruiraient? 1] fut résolu de la garder à tout risque. Les marins, les grenadiers de Louisbourg et quelques-uns des ‘‘rangers,” se rembarquèrent sur la flotte, laissant dans la place les dix bataillons, avec l’a.tillerie et une compagnie de ‘‘rangers”’ pour affronter l’hiver canadien et défendre les ruines de Québec contre les coups de main de Lévis. Monckton, le plus vieux des brigadiers, était blessé et hors de combat, il ne pouvait rester; Townshend rentrait lui aussi dans SOn pays, pour faire parade de ses lauriers et réclamer
[1] Articles de Capitulation, 18 septembre 1759.
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plus que sa part du triomphe. (1) Le commandement resta donc à Murray.
Les troupes n'étaient pas inactives. Le nivellement de leurs propres retranchements de campagne, la restauration des défenses de la ville, l'entreposage des ravitaillements débarqués des vaisseaux, la construction des fascines et le Coupage du bois de chauffage, tout cela les OCCupa pendant les journées d'automne, tantôt rayonnantes de soleil, tantôt sombres et froides, aVant-coureurs de la rude saison à passer. L'amiral Saunders différa son départ plus longtemps qu’il n'avait cru possible de le faire : ce ne fut qu'après le mi-octobre qu'il tira le coup de canon de partance et mit à Ja voile pour redescendre le fleuve avec sa flotte, dont faisait partie le ‘Royal William,” emportant les restes embaumés de Wolfe.
Montcalm reposait dans Son tombeau de soldat devant l’humble autel des Ursulines, sans espoir de jamais revoir le foyer qu'il avait tant regretté, l'épouse, la mère et les enfants qu'il avait aimés, les quinconces d'oliviers et de châtaigniers de son bienaimé Candiac. Il dormait en paix au milieu de ses ennemis triomphants, qui respectaient sa mémoire Sans trop savcir le lieu de son dernier repos. I] devait appartenir à un de ses compatriotes, un collègue et un frère d'armes, de rapetisser ses exploits et de noircir son nom. Le dépit jaloux de Vaudreuil devait le poursuivre Jusque dans la tombe. Laissant à Lévis le commandement de Jacques-Cartier, où
rl Letter to an Honourable Brigadier-Generct [Townshend], imprimé eu 1760. Peu après parut une £éfutation véhémente, mais peu probante. On trouvera d'autres réponses dans l’/mperial Magazine de 1760.
l'armée s'était de nouveau retirée, le gouverneur retourna à Montréal, d'où il écrivit une série de dépêches pour se justifier aux dépens d'autrui, aux dépens surtout du général disparu ; jamais ses accusations contre ce dernier n'avaient été aussi acerbes que depuis que la bouche qui aurait pu lui répondre était à jamais fermée. D'abord, il rejeta sur Ramesay tout le blâme de la reddition de Québec. Puis il s'acharna à sa tâche favorite, diffamer son rival inanimé. ‘‘La lettre que vous nous écriviez en chiffres, le 10 février, à Monsieur le Marquis de Mortcalm et à moi-même conjointement, a flatté son amour-propre à tel point que, loin de tendre à la conciliation, il ne s'appliqua plus qu’à persuader le public que son autorité dépassait la mienne. Depuis le jour de l’arrivée de Montcalm en cette colonie jusqu'à l'heure de sa mort, il r’a cessé de tout sacrifier à son ambition démesurée. Il a semé la dissension parmi les troupes, toléré les propos les plus indécents contre le gouvernement, attaché à sa personne les gens les plus discrédités, employé tous les moyens pour corrompre les plus vertueux, et, lorsqu'il n'y pouvait réussir, se faisait leur implacable ennemi. Il voulait être gouverneur général. Dans l'intimité, il prodiguait les faveurs et les promesses de patronage à tous ceux des officiers coloniaux qui épousaient ses idées. Il n'épargnait rien pour capter la confiance des gens de tout rang et pour les persuader de son att chement, et en même temps, soit par lui-même, soit par l'entremise des troupes de ligne, leur imposait le joug le plus affreux. Il diffamait les honnêtes
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Sens, encourageait l'insubordination et fermait les yeux sur les rapines de ses soldats."
Cette lettre était adressée au supérieur officiel et confident de Vaudreuil, le ministre de la marine et des colonies, Dans une autre lettre, écrite vers le même temps au ministre de la Suerre, dont les relations avec son rival étaient identiques, il déclarait ‘regretter grandement Monsieur de Montcalm." (1)
Etranges accusations de la part de celui qui s'était fait à tour de rôle Je Patron, l'avocat et l'instrument des malfaiteurs officiels qui trichaient le roi et Pillaient le peuple. Bigot, Cadet et les autres harpies qui désolaient alors le Canada comptaient sur l'appui de Vaudreuil, et l'obtenaient. 1] y avait à peine trois OU quatre semaines qu’il avait écrit à la cour Je panégyrique de Bigot et l'éloge de Cadet, avec
demande de Patentes de noblesse Pour ce notoire voleur public. La Corruption qui déshonorait son 8Ouvernement fleurissait, non-seulement dans l'administration civile, mais aussi parmi les officiers des troupes coloniales, qu'il tenait dans sa main. La gangrène, on l'a déjà vu, ne s’étendait pas aux officiers de ligne, qui étaient en dehors du cercle des tripotiers. C'est Parmi ceux-ci que Montcalm prenait Ses Compagnons habituels ; aussi, lorsque Vaudreuil l’accuse d'avoir ‘attaché à sa personne les gens les plus perdus de réputation et d’avoir employé tous les moyens Pour corrompre les plus vertueux,’ la vraie interprétation à donner à ces paroles est que les uns étaient perdus de réputation parce qu'ils détes-
[1] Vaudreuil au Ministre de la Guerre, 1er novembre 1759.
taient le gouverneur, et les autres des gens vertueux parce qu'ils étaient ses partisans.
Vaudreuil ajoutait encore: ‘‘Je suis au désespoir, Monseigneur, de me voir dans la nécessité de tracer un tel portrait après la mort de M. le Marquis de Montcalm. Bien qu’il contienne l'exacte vérité, je l'aurais différé s'il n'y avait eu à considérer que la haine personnelle qui l'animait à mon égard ; mais je ressens trop profondément la perte de la colonie pour vous en dissimuler la cause. Je puis vous assurer que, si j'avais été le seul maître, Québec appartiendrait encore au Roi, et que rien n'est plus désavantageux dans une colonie que le mélange des troupes de ligne avec les troupes coloniales. Je connaissais trop bien M. de Montcalm pour douter un instant qu'à moins de condescendre à tous ses désirs, je l'eusse laissé ruiner le Canada et briser tous mes plans.”
Il accuse ensuite le défunt d'avoir perdu la bataille de Québec en attaquant avant que lui, le gouverneur, ne fût arrivé pour prendre le commandement : ce qui, dit-il, marquait le parti-pris de Montcalm d'exercer une autorité indépendante, sans s'occuper que la colonie fût perdue ou non. ‘‘Je ne puis vous cacher, Monseigneur, que, s’il avait eu les mains libres dans les années passées, Oswego et le Fort George (William Henry) n'auraient jamais été attaqués ni pris, et qu’il dût le succès de Ticonderoga aux ordres que je lui avais donnés.” Montcalm, de son côté, avait dans le temps déclaré que Vaudreuil lui avait enjoint de ne pas risquer la bataille, et que
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ce n'avait été qu'en désobéissant à cet ordre que Ticonderoga avait été sauvé. (1)
Dix jours après, Vaudreuil écrivait encore :
‘J'ai déjà eu l'honneur dans ma lettre chiffrée écrite le 30 du mois dernier, de vous donner une esquisse du caractère de Monsieur le Marquis de Montcalm $ mais je viens justement d'être informé d'un acte d'une telle noirceur que je croirais, Monseigneur, Manquer à mon devoir en ne le Portant pas à votre Connaissance." Puisil raconte que, peu avant sa mort, ‘sans doute par Pressentiment de ce qui l’attendait,” Montcalm avait déposé aux mains du Père Roubaud, missionnaire à Saint-François, deux liasses de Papier contenant des observations sur l'administration de la coloni». et particulièrement sur la manièce dont les postes militaires étaient ravitaillés ; que ces commentaires étaient accompagnés de certificats, et Comportaient des accusations de complicité de péculat contre lui, le gouverneur. Roubaud, continuait-il, devait expédier ces papiers en France : “mais maintenant, Monseigneur, que vous en êtes informé, je n'en ai plus d'inquiétude, et je suis sûr que le Roi ne s'en impressionera pas avant d'en avoir vérifié la vérité ou la fausseté. ”
Le trouble de Vaudreuil était bien naturel ; ilen était de même de l'acte de Montcalm en portant à la Connaissance de la cour les Outrageants abus qui menaçaient de ruiner le service du roi. Cette initiative de sa part était une nécessité, tant Pour sa Propre justification que pour le bien public, et par la
{11 Vaudreuil au Ministre de la Marine, 30 octobre 1759.
suite, lorsque Vaudreuil et les autres s'ubirent leur procès à Paris, et que l'un des avocats de la défense accusa le général défunt d’avoir calomnié ses clients, le tribunal ordonna de rayer cette accusation du dossier. (1) Ces papiers dont l'existence, réelle ou non, terrifiait tellement Vaudreuil, ont jusqu'ici échappé aux recherches. Mais la correspondance des deux rivaux avec les chefs de départements dont ils relevaient respectivement a été en grande partie préservée, et, si celle du gouverneur est imprégnée de diffamation contre Montcalm et de louange pour lui-même, celle du général n'a pas du tout ce cachet d’égoisme et de dénigrement.
Les défauts de Montcalm sont assez apparents : c'étaient ceux d'une nature impétueuse, excitable et impatiente, nullement exempte d'ambition ou de vanité ; mais on n'y trouve jamais rien d'inconsistant avec le caractère d'un homme d'honneur. Ses mots vifs, répétés à plaisir par les sycophantes du gouverneur, tenaient celui-ci dans un état de rage constante: aussi, dépourvu comme l'était Vaudreuil de toute grandeur d'âme, constamment rongé de jalousie et de la peur mortelle de se voir compromis par les vilenies auxquelles il s'était prêté, ne pouvait-il se contenir dans les bornes de la décence ou du sangfroid. Dans une autre lettre, il commit la bassesse d'écrire que Montcalm avait trouvé la mort en cherchant à fuir l'ennemi.
Dans les accusations p rtées par le gouverneur, il s'en trouve qui ne peuvent ètre carrément contre-
[1] Procès de Bigot, Cadet et autres.
t10 CHUTE DE QUÉBEC
dites. Ainsi, lorsqu'il reproche à son rival sa précipitation à attaquer l'armée anglaise, il touche un point vulnérable: mais dans l'ensemble ses insultes à l'adresse de Montcalm sont aussi fausses que ses compliments à Bigot et Cadet.
La lettre que Wolfe envoya à Pitt quelques Jours avant sa mort, écrite, on Peut le dire, dans un moment de résolution désespérée, et représentant le succès comme Presque sans espoir, avait créé dans toute l'Angleterre une impression pénible, qui s'était traduite er, murmures retentissants contre le ministère. Horace Walpole transmit la mauvaise nouvelle en ces termes à son ami Mann, ambassadeur à Florence : ‘1]] y a deux jours que sont venues des lettres de Wolfe, empreliutes de tout le désespoir que Peuvent éprouver les héros. Québec amplement ravitaillé, Amherst non encore arrivé, et quinze mille hommes campés pour défendre la place.
nous à tué beaucoup de monde, nous en avons aussi perdu des mains de nos amis ; en deux mots, nos neuf mille hommes ne sont plus que sept mille. Comment cette petite armée se tirera-t-elle d'affaire, ï: Contre le nombre, en cette Saison, et dans un pareil pays ? Je ne le devine Pas, ou plutôt oui, je m’en 4 doute.”
À peine ces lignes étaient-elles écrites que il d'autres nouvelles arrivaient : Montcalm défait, h Québec pris, Wolfe tué. Un vent d'émotions diverses souffla sur toute l'Angleterre, Walpole lui-même prit Î. un ton presque badin en transmettant une botte de f journaux à son ami l'ambassadeur : “Libre à vous Maintenant de vous donner tous les airs qu'il vous
L'ennemi
plaira. Un ambassadeur est le seul homme au monde auquel sied la rodomontade. Tous les précédents vous sourient : Perses, Grers, oinains, tous ont insulté leurs voisins chaque ois qu'ils cr. pris Québec. Voyez-vous la mine mipertinen‘e des Français en pareil cas 2? Et quelle scène : Er pleine nuit, une armée se hissant au sommet d'un précipice, s'accrochant aux troncs d'arbres, pour faire l'assaut d'une ville et s'attaquer à une armée solidement retranchée et double en nombre! Le Roi est submergé d'adresses le complimentant sur ses victoires e il en a de quoi tapisser son palais.” (1)
Lorsque plus tard, dans un plus sobre état d’esprit, il écrivit les annales de son temps, et quitta, peut-être pas pour le mieux, le style épistolaire pour celui de l'histoire, :il dépeignit ainsi l'impression produite sur le public anglais par le récit à la fois attendrissant et exaltant de la mort heroïque de Wolfe: ‘Les péripéties d'une fiction dramatique n'auraient pu être plus adroitement menées pour transporter soudainement le public du découragenent le plus profond à la joie la plus intense, que ce que le destin venait de faire pour passionner tout un peuple. On s'était désespéré, maintenant on criait victoire; on pleurait aussi, car Wolfe était tombé au moment du triomphe. La joie, la curiosité, l'étonnement, se lisaient sur tous les visages. Plus on allait aux informations, plus on s’extasiait. Pas un incident qui ne fut héroïque et émouvant.” (2)
{r] Lettres d'Horace ‘Walpole, iii, 254, 257, édition Cunningham, {2] Walpole, Mémoires de George Il, ii, 387.
L'Angleterre s'incendia de feux de joie. Surun point seul, tout demeura sombre et silencieux, car i] y avait là une mère sans époux, qui pleurait la perte d’un | fils aimant et aimé, et le peuple ne voulut pas profaner HE cette douleur par ses cris de réjouissance.
1 La Nouvelie Angleterre avait encore plus de -patrie ; tout le pays fut dans la jubilation. Les chaires retentirent de SeéTuOons d’actions de grâces, dont quelques-uns furent à la hauteur de l’occasion. L'un de ces orateurs, Jonathan Mayhew, un jeune, mais à bon droit célèbre ministre bostonnais, dépeignit dans un enthousiasme Magnifique la future grandeur des colonies angloaméricaines sur ce continent qui lerr était désormais Ouvert; il prophétisa ‘‘qu'elles deviendraient, avec la bénédiction du Ciel, un puissant empire dans un siècle où deux,” ajoutant, en manière de prudente paren.hèse : “ /e ne veux Pas dire un empire 2ndépe »dant." Il avait bien pénétré le sens, finement deviné les lointaines conséquences de la victoire de Wolfe.
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