D TONNES
Si Montcalm, comme l’a dit ‘audreuil, confia réellement ses papiers aux soins du missionnaire jésuite Roubaud, il n'eut pas la main heureuse dans le choix du dépositaire. Après la guerre, Roubaud renonça à son ordre, abjura sa foi, et passa aux Anglais. Il a diversement et contradictoirement rendu compte des prétendus documents confiés à sa garde. Dans une occasion, il déclare que les effets de Montcalm qui lui avaient été remis À sa mission de Saint-François avaient été brûlés pour empêcher qu’ils ne tombassent en mains ennemies (voir Verreau, Rapport sur les archives canadiennes, 1874, 183). Ailleurs, il dit avoir remis aux mains du roi d'Angleterre certaines lettres de Montcalm (voir A. Roubaud's deplorable case, humbly submitted to Lord North's considerafion, in Historical Magazine, second series, VIII, 283). Il parle aussi de ces mêmes lettres comme ‘‘supposées’’ (Verreau comme ei-dessus). I1 se plaint de ce que quelques-unes aient été publiées sans son consentement, ‘‘par un lord appartenant à la maison de Sa Majesté” (47. Roubaud's Deplorable Case).
Il est ici évidemment fait allusion à un pamphlet imprimé à Londres, en 1777, en français et en anglais, et intitulé Ë Lettres de Monsieur le Marquis de Montcalm, Gouverneur. Général en Canada, à Messieurs de Berryer et de la Molé écrites dans des Années 1757, 1758 el 1759, avec une Version Anglaise. Ces écrits sont donnés comme observations de Montcalm sur les colonies anglaises, sur leur caractère politique, leur commerce et leurs tendances à l'indépendance, Ils portent la marque la plus accentuée de fabrication et de mise au point pour l'époque, les colonies étant alors en révolte. La principale lettre est adressée à Molé, et porte la date de Québec, 24 août 1759. Elle prédit à Angleterre la perte de ses colonies comme conséquence de sa conquête probable du Canada. J'ai exposé, devant Ja Société Historique du Massachusetts, les raisons qui portent à croire que cette lettre est, comme le reste, une imposture (voir les Proceedings de cette société en 1869-70, 112-128). A ces raisons, on peut ajouter qu’à la date assignée à cette lettre tout échange de correspondance était interrompu entre le Canada et la France. Depuis l’arrivée de la flotte anglaise à
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