L'ÉTOILE , LAURETTA
l'étoile, la main enveloppée.
Non I de par tous les diables I à l'ambulance ! moi ! et un jour de bataille encore I non I cent fois non I LAURETT.^.
Mais c'est pour votre blessure
l'étoile.
A-t-on jamais vu ce chirurgien espagnol qui pour celte mau-
<]ite égratignurc , voudrait ma faire tenir une main en papillote et l'autre dans ma poche î on voit bien qu'il n'a jamais exercé dans nos rangs I il saurait (|ue tant qu'il nous reste un œil pour voir, une jambe pour marcher, et un bras pour jouer du sabre , Hous n'aimons pas à goûter le bouillon de riiôpital. Tiens, Laurctta , c'est toi qui a pansé ma nlessiue , c'es' ton mouchoir qui me sert d'appareil ; il y restera jusqu'à parfaite guérison , et pour qu'elle vienne plus vîle, donne-moi un verre de la vielle eau-de-vie.
LAURETTA
Je le veux bien , j'aime mieux vous voir comme cela. (Ella lui verse de Ueau-de-vie en tremblant. )
l'étoile.
Eh bien I tu trembles , je crois ; est-ce que îu n'auras jamais meilleure grâce à nous verser la goutte? Ah I quaiid tu seras ma fenaiie.... Mais est-ce qu'il n'y a pas ici quelque bon enfant pour me tenir compagnie ? je n'aime pas à boire seul.
LauRETxA.
Ah ! il y aurait conscience de troubler le repos de ces braves gens. Ils ont eu cette nuit autre chose à faire que de dormir; il. est bien juste qu'ils réparent le temps perdu.
l'étojle.
Tu as raison : à leur santé. {Il boit.) Les enragés! quan^ j'y pense, comme ils y allaient et combien je me félicife d'avoir été choisi pour porter une dépèche au colonel du 54' I Sans celte heureuse circonstance je n'aurais pu faire ma partie dans l'aubade que ces coquins d'insurgés sont venus chercher eux -mêmes, et je n'aurais embras.^é que deux jours plus tard ma charmante Lauretta. Mais auras - tu bientôt fini ton apprentissage de vivandière ? *
LAURETTA
Ecoutez donc M. TEloile, çi ne peut pas venir tout de suite.
Ces fi ançais boivent
l'étojle.
Comme ils se battent I et ce n'est pas peu dire : j'aurais Lien voulu te fiire entrer dans mon régiment; mais la place était prise et chez nous pas d'injustice. Au surplus sans être attachée à aucun corps, tu as trouvé souvent l'occassion de faire rafFraichir la victoire, et, quoi qu'il arrive, tu ne me quitteras jamais^ car tu m'aimes toujours, n'est-ce pas ? "
^* LAURETTA
Toujours.
l'étoile.
Et tu abandonneras volontiers ton pays tiaial pour m'cpouser
( lo ) lorsque le régiment recevra l'ordre de rentrer en France ?
LAURETTA
Pour ça. . . . je n'ose. . . .
l'Étoile.
Qu'est-ce que tu dis donc ?
LAURETTA
Dam !
l 'ÉTOILE.
Mille bombes ! je veux savoir
( On entend an loin des trompettes. )
Mais , Dien me pardonne , ce sont les trompeltes du régiment ! Quel bonheur I nous allons donc marcher sur Tarifa , cai c'est mon colonel qui doit commander l'expédition , et on n'attendait que lui pour commencer l'attaque. Adieu,^ ma jolie petite dame de cœur, (i/ l'embrasse, monte à cheval , pique des' deux et disparait. )
( On continue à entendre les trompettes qui se rapprochent. Les tambours du camp battent le rappel. Les soldats forment leurs ranges. Le colonel du 54^ et ses officiers sont à leur tcte. Bientôt l'escadron du 14* chasseurs , commandé par le colonel, débusque par le manège. On va le rec^nnaUre. Qui vive ? France! Quel régiment ? \/^^ chasseurs à cheval l Quand il vous plaira. Les cJiasseurs entrent dans le camp, le colonel met pied à terre. Il est reçu par celui du 34^. Les troupes se rangent en bataille, cavalerie, infanterie , et artillerie de siège. On remarque parmi les Français quelques soldats de l'armie royale espagnole^.
LE COLONEL DU l4*
Soldats français et vous , braves Espagnols , défenseurs fidèles de voire roi , lo général en chef m'a confié la glorieuse mission de chasser de Tarifa les traîtres qui ont osé s'en emparer. La victoire ne peut ê re douteuse. Je dois avant tout passer l'inspection des troupes que j'ai l'honneur de commander, ensuite nous marcherons à l'ennemi.
(^Les troupes défilent: les deux colonels sortent suivis de leurs nfj;ciers, quand la scène est vide (^ sauf toutefois les sentinelles qui restent') Pabulos et Gonzalès entrent avec précaution.')