Contrée occidentale de l'Ecosse, a. m
3. Ce crampon servait à escalader les portes; 00 saisissait par son moyen le faite de la porte, puis on s'élevait au-dessus à l'aide du manche de la hallebarde.
de tout souvenir de nos anciennes mœurs. 1 n ou deux autres aussi apparaissent, dit-on, autour de la porte du corps- de -garde qu'ils occupèrent dans les Luckenbooths , lorsque leur ancien asile de Higb-Street eut clé détruit l. Mais le sort des manuscrits conflés à des amis et à des exécuteurs testamentaires est si incertain , que des récits contenant ces fragiles souvenirs de l'antique carde d'Edimbourg, qui avec son vaillant et refrogné caporal John Dhu (le plus terrible visage de soldat que j'aie jamais vu de ma vie), était dans mon enfance tour à tour un suie' de terreur et de dérision pour la pétulante population de l'école Haute, ne verront peut-être le jour que lorsqu'on aura tout a t'ait perdu le souvenir de cette institution. Ils serviront alors d'illustrations aux caricatures de Ray , qui a conservé les traits de quelquesuns de ces héros. A une époque précédente, quand les complots des jacobites excitaient de perpétuelles alarmes, les magistrats d'Edimbourg déployèrent un grand zèle pour maintenir ce corps, quoique composé de la manière que nous l'avons dit , sur un pied plus respectable que lorsque, ce qui arriva dans la suite, leur plus dangereux service fut d'en venir aux mains avec la populace, aux a iniversaires de la naissance du roi.
Aussi excitaient-ils alors plutôt la haine que le mépris.
j.e capitaine John Porteous attachait la plus grande importance à l'honneur du corps qu'il commandait. 11 fut vivement irrite de l'affront fait par Wilson à ses soldats en favorisant l'évasion de son camarade, et il s'exprimait avec beaucoup de feu sur ce sujet. Mais sa
i. Cet ancien corps est aujourd'hui entièrement dissous. Leur dernière marche, pour aller remplir leurs fonctions s la foire de llallon , eut quelque choie de triste. Dans de meilleurs jours, leurs tambours et leurs fifres Faisaient entendre, en de pareilles occasions, l'air animé du Jockey ii ii foire; mais cette dernière fois les vétérans consternes s'avancèrent lentement bu ion lugubre de i c chant Funèbre : Le dernier jour <i lui sur lu bru
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fureur augmenta encore quand il entendit parler d'un complot formé pour sauver Wilson lui-même du gibet, et il s'emporta en menaces et en imprécations que, pour son malheur, on ne se rappela que trop dans la suite. En effet, si la résolution et l'activité de Porteous le rendaient, sous un rapport, trèspropre à commander une garde destinée a étouffer les agitations populaires, sous un autre il semblait peu propre à remplir une fonction aussi délicate, à cause de son caractère acerbe et impétueux, toujours prêt à en venir aux coups et à la \ iolence ; il était aussi trop disposé a recarder la populace (qui manquait rarement de l'accueillir, lui et les siens. avec quelques marques de haine) comme une troupe d'ennemis déclarés sur lesquels il était naturel et juste qu'il cherchât a se venger. Toutefois, comme il était le plus actif et le plus dévoué des capitaines de la garde de la ville, ce fut à lui que les magistrats confièrent le commandement des soldatsdésignés pour maintenir l'ordre pendant l'exécution de V» ilson. Ou lui donna donc la mission de garder le gibet et l'échafaud avec toute la force disponible , c'est-à-dire avec environ quatre-vingts hommes.
Mais les magistrats prirent encore d'autres précautions qui blessèrent vivement l'amour-propre de Porteous : ils requirent l'assistance d'un bataillon d'infanterie régulière, non pour surveiller l'exécution, mais pour occuper la principale rue de la ville, afin d'intimider la populace, si elle voulait commettre quelque désordre, en déployant une force qui ne permettrait aucune résistance. Il peut nous paraître ridicule, a nous qui voyons cette ancienne garde urbaine tout a fait détruite, que son commandant se montrât aussi jaloux de l'honneur de ce corps; cependant il en fut ainsi. I,e capitaine Porteous se trouva très-humilié qu'on fît entrer dans la ville des fusiliers callois, pour les placer dans une rue ou nul autre tambour que lis siens n'avait droit de battre san> l'ordre exprès ou la permission des ma-
LA PRISON DU gistrats. Comme il ne pouvait faire tomber sa mauvaise humeur sur ceux-ci, sa colère s'en accrut, ainsi que son désir de se venger du malheureux Wilson et de ses partisans. Ces mouvements intérieurs de jalousie et de rage opérèrent dans ses traits et tout son extérieur un changement manifeste pour tous ceux qui le virent dans la fatale matinée du jour de l'exécution. L'extérieur de Porteous prévenait en sa faveur; il était de moyenne taille, vigoureux, bien fait; il avait la tournure militaire, et cependant l'air assez agréable; il était brun, légèrement marqué de petite vérole ; son œil était plutôt doux que méchant et farouebe. Mais ce jour-là on l'eût cru agite par quelque mauvais génie. Sa démarche était irrégulière, sa voix sombre et saccadée , sa figure pâle , ses yeux étincelants et hagards, ses discours sans suite, et tout son extérieur en désordre; beaucoup de gens trouvèrent qu'il avait l'air feij , expression écossaise qui designe un homme entraîné vers sa destinée par la force d'une nécessité irrésistible.
Sa conduite fut atroce , il faut l'avouer, si les préventions qu'on a conservées contre sa mémoire n'ont rien exagéré. Quand Wilson lui eut été livré par le gardien de la prison pour être conduit au lieu de l'exécution , Porteous ne se contenta pas des précautions ordinaires pour prévenir l'évasion du criminel; il lui fit mettre les fers aux mains. Cette mesure pouvait être justifiée par le caractère et la force corporelle du condamné, ainsi que par le bruit généralement répandu qu'on tenterait de le sauver ; mais les menottes dont on se servit s' étant trouvées trop étroites pour les poignets d'un homme de la stature de Wilson, Porteous déploya toute la force de ses mains pour les fermer, et fit ainsi souffrir au malheureux la plus cruelle torture. Wilson se récria contre cette barbarie, et se plaignit que la souffrance qu'il éprouvait l'empêchait de se livrer aux méditations convenables à sa malheureuse situation.
« C'est bon , c'est non , répondit le capitaine : vos souffrances ne dureront pas long-temps.
— Vous êtes bien cruel , reprit Wilson ; vous ne savez pas si vous n'aurez pas bientôt à demander pour vous-même la pitié que vous refusez à votre semblable. Puisse Dieu vous le pardonner ! »
Ces paroles, qu'on se rappela et qu'on répéta dans la suite, furent les seules qu'échangèrent Porteous et son prisonnier; mais lorsqu'elles se furent répandues parmi le peuple, elles augmentèrent beaucoup l'intérêt qu'on prenait a Wilson, et accrurent d'autant l'indignation générale contre Porteous, qui, par sa rigueur et sa violence dans l'exercice de ses impopulaires fonctions , s'était déjà attiré, quelquefois à juste titre, souvent aussi par l'eftel des préventions , la haine générale.
Quand cette pénible marche fut achevée, et que Wiison fut arrivé près de l'échafaud , dans Grass-Market , aucun signe ne vint révéler qu'on dût faire quelque tentative en sa faveur, ni justifier les précautions qu'on avait prises.
La multitude, en général, contempla cette exécution avec plus d'intérêt qu'a l'ordinaire, et l'on put voir sur la physionomie de beaucoup de spectateurs cette sombre expression de mécontentement qui devait s'emparer des anciens caméroniens à la vue du supplice de leurs frères , exécutés sur la mime place en glorifiant le Covenant. Pourtant il n'y eut aucune tentative de soulèvement; Wilson lui-même paraissait résigné à franchir l'espace qui sépare le temps de l'éternité. Les prières et les cérémonies religieuses usitées ne furent pas plus tôt achevées, qu'il subit son sort, et la sentence reçut sa pleine, exécution.
Il était suspendu au gibet depuis un espace de temps assez long pour ne plus donner aucun signe de vie, lorsque tout à coup une grande agitation se manifesta dans la foule, comme si elle avait reçu une subite impulsion. Lne grêle de pierres tomba sur Porteous et ses soldats; quelques-uns furent blessés, et
la multitude les serra de près avec de grands cris, des huées et des imprécations. Un jeune homme portant u 1 bonnet de matelot qui lui couvrait à moitié le visage, s'élança sur l'écbafaud et coupa la corde qui soutenait le criminel ; d'autres s'approchèrent et voulurent enlever le corps, soit pour l'enterrer d'une manière convenable, soit pour essayer de le rappeler à la vie.
Cette espèce de rébellion contre son autorite jeta Porteous dans une telle fureur, qu'il oublia que la sentenv.e ayant reçu une complète exécution, son devoir était non pas d'en venir aux mains avec une multitude égarée, mais de se retirer avec sa troupe le plus promptement possible; il sauta a bas de l'echafaud , saisit le mousquet d'un de ses soldats, leur ordonna de l'aire feu, et, comme plusieurs témoins oculaires s'accordèrent à l'atlirmer, leur donnant luimême l'exemple, déchargea son arme et tua un homme sur la place. Quelques soldats obéirent à son ordre; six ou sept personnes furent tuées , et un grand nombre d'autres plus ou moins dangereusement blessées.
Après cet acte de violence, le capitaine se retira avec sa troupe vers le corps-de-garde dans High-Street ; mais la populace, loin (L'être intimidée, poursuivit les soldats en les accablant de malédictions et leur lançant des pierres. Serrés de trop près, les soldats qui fermaient la marche se retournèrent et fireni une nouvelle décharge qui eut pour résultat de disperser la foule. Il n'est pas certain que Porteous ait commandé ce nouvel acte de v;oleuce; mais l'odieux de tout ce qui se fit dans cette fatale journée retomba sur lui et sur lui seul. Rentré au corps-de-garde, il congédia ses soldats, et vint faire son rapport aux magistrats sur ces malheureux événements.
Porteous avait eu le temps de réflé* Cfair sur sa conduite, cl l'accueil qu'il recul de; magistrats le ivn.it encore.
plus inquiet sur les moyens de se justilier. Il nia qu'il eût ordonne de faire
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feu; il nia qu'il eût tiré lui-même; il fit même examiner son fusil , et on le trouva encore chargé : des trois cartouches qu'il avait mises le matin dans sa giberne, deux y étaient encore; on passa un mouchoir blanc dans le canon, et il en sortit sans être noirci. Mais on répond t a ces preuves que si Porteous ne s'était pas servi de son arme , il avait pris celle d'un soldat. Parmi le grand nombre de personnes tuées ou blessées, il s'en trouva quelques-unes d'un rang assez élevé; car un sentiment d'humanité ayant porte quelques soldats à tirer par-dessus les têtes de la populace rassemblée autour de I échafaud , plusieurs personnes placées aux fenêtres d'où elles contemplaient de loin ce triste spectacle, avaient été atteintes.
L'indignation était générale et s'exprimait hautement; et avant que les esprits eussent eu le temps de se calmer, le procès du capitaine Porteous fut commencé devant la haute cour de justice. \près de longs et sérieux débats, le jury se troma charge d'une tâche difficile. De nombreux témoins, et parmi eux des hommes fort respeetabi s, déposaient positivement que l'accuse avait commandé le feu et avait fait feu luimême; quelques-uns même l'avaient vu tirer sur un homme qu'il avait abattu; d'autres, quoique bien placés pour voir tout ce qui s'était passé, n'avaient point entendu Porteous ordonner de taire feu, ne l'avaient point vu tirer lui-même, et assuraient au contraire que le i remier coup de fusil avait été tire par un soldat place près de lui. I ne partie de sa défense roulait aussi sur l'agitation de la populace, que les témoins, selon leurs sentiments , leurs prédilections, ou le plus ou moins de facilite qu'ils avaient eae d'observer, représentaient sous un jour différent : quelquesuns la peignaient comme une sédition redoutable ; d'autres n'y avaient VU qu'un desordre fort peu grave, comme il en arrive en pareilles occasions , où les exécuteurs et ceux qui sont chargés de les protéger sont toujours exposés à
quelques attaques. Le verdict des jurés prouve comment ils apprécièrent ces diverses dépositions : il, déclare que John Porteous avait tiré sur le peuple assemblé pour voir l'exécution ; qu'il avait ordonne une décharge, par suite de laquelle plusieurs perso. .nés furent tuées ou blessées; mais que l'accusé et sa troupe, avaient été provoqués par les pierres que la populace lançait contre eux. D'après ce verdict, les lords de la cour prononcèrent une sentence de mort contre John Porteous , le condamnant à être pendu, en la manière ordinaire, sur la place des exécutions, le vendredi 8 septembre 1736, et tous ses biens-meubles furent confisqués au profit du roi , conformément aux lois écossaises en cas de meurtre volontaire.