Rue de l'Arc, liow-Street. a. m
à l'effet d'une scène déjà si frappante. La place de Grass-Market ressemblait à un lac immense couvert de têtes humaines, au milieu duquel s'élevait l'arbre de mort, haut, noir et sinistre, d'où pendait la corde fatale. Tout objet nous touche en proportion de son usage et des idées qu'il réveille. Ainsi un poteau fiché en terre et un nœud coulant, choses si simples en elles-mêmes , causaient en cette occasion une terreur solennelle et un vif intérêt.
Dans une assemblée si nombreuse, on entendait à peine un mot, un seul mot prononcé à voix basse. La soif de la vengeance s'était un peu apaisée, parce qu'on croyait qu'elle allait être satisfaite; la populace même, plus calme, plus réservée qu'à l'ordinaire , s'abstenait de joyeuses clameurs et se disposait à jouir de cette scène de représailles avec une satisfaction silencieuse et décente. On eût dit que sa haine profonde contre le malheureux condamné dédaignait ces vociférations avec lesquelles elle se manifeste ordinairement. A ne s'en rapporter qu'au témoignage de ses orei.les, un étranger aurait pu croire qu'une multitude si nombreuse était réunie pour une cause qui l'affectait de la plus vive douleur, et aurait attribué à ce motif le morne silence qui remplaçait le tumulte ordinaire dans de semblables réunions; mais en promenant les yeux sur les visages des spectateurs, il eût bientôt été détrompé : leurs levi es comprimées , leurs sourcils froncés , leurs yeux ardents et farouches, lui auraient appris qu'i's venaient se repaître du spectacle d'une vengeance long-temps désirée. Peut-être la vue du criminel aurait-elle change les dispositions de la populace, peut-être, au moment de sa mort , eiît-elle pardonné à un homme qu'elle avait poursuivi avec un acharnement si terrible; mais le hasard voulut que l'instabilité de ses sentiments ne fût pas mise à cette épreuve.
L'heure ordinaire des exécutions était passée de quelques minutes , et rien n'annonçait encore l'arrivée du con-
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damné. « Oserait-on manquer à la justice publique?» commenca-t-on à se demander avec inquiétude; la première réponse fut : « On ne l'oserait. » Mais le temps s'écoulait toujours, et bientôt on admit d'autres opinions, on trouva différents motifs de doute. Porteous était l'officier favori des magistrats de la ville, qui , fort nombreux et toujours indécis, avaient besoin de trouver dans leurs agents une énergie dont ils ne se sentaient point capables en toutes circonstances. On se rappela que dans la défense ' de Porteous , son avocat l'avait représenté comme l'homme auquel les magistrats avaient coutume de recourir dans toutes les occasions critiques et embarrassantes, qu'il y disait encore que la conduite du capitaine dans l'émeute qu'avait occasionée l'exécution de Wilson, ne pouvait être considérée que comme un excès de zèle dans l'accomplissement de ses devoirs. Or, le motif de cette imprudence était sans doute très-pardonnable aux yeux des gens dont il tenait ses pouvoirs; et si de telles considérations avaient pu engager les magistrats à s'intéresser en faveur de Porteous, il y avait dans les hautes places de l'administration des hommes capables de fair.' accueillir favorablement un pourvoi en grâce.
La populace d'Edimbourg, quand elle, est vivement irritée, est la plus terrible de l'Europe. Dans ces derniers temps , elle s'était à plusieurs reprises soulevée contre le gouvernement, et presque toujours avec un succès momentané; elle savait donc fort bien qu'elle n'était pas en faveur auprès des ministres d'alors , et que, s'ils n'approuvaient pas entièrement la violence du capitaine Porteous, ils pouvaient du moins penser que le punir de mort, ce serait à l'avenir rendre difficile et même dangereux pour les officiers publics l'emploi de la force pour la répression des émeutes. On sentait aussi que tout gouvernement est porté