POST-SCRIPTUM
Quoiqu'il semble impossible de rien ajouter au récit pittoresque et si intéressant de mistress Goldie sur Hélène Walker , le prototype de la Jeanie Deans de ce roman , l'éditeur espère qu'on lui pardonnera de rapporter deux ou trois anecdotes relatives à cette femme extraordinaire , qu'il a tirées d'un volume intitulé Esquisses d'après nature , par M. Jobu Mac- Diarmid , rédacteur d'un journal fort estimé, à Dumfries.
« Hélène était fille d'un petit fermier , dans l'endroit appelé Dalhaion, paroisse de d'Irongray. C'est là qu'après la mort de son père elle continua , avec la piété si naïve des paysans écossais , de soutenir sa mère à force de travail et de privations, dévouement si commun que, même encore à présent , je su! -. fier de le dire, il y a peu de mes compatriotes de l'autre sexe qui ne s'y croiraient obligées comme à un devoir.
<t Parmi les gens de sa condition, Hélène Walker passait pour pensy , c'est-à-dire orgueilleuse ou dissimulée : mais les faits prouvent qu'elle ne s'était attiré cette accusation que par une énergie de caractère qui la rendait supérieure aux gens qui l'entouraient. On remarqua que , quand il tonnait, elle se plaçait avec sa bible et son ouvrage devant la chaumière, disant que Dieu pouvait tout aussi bien frapper dans la ville que dans les champs. »
M. Diarmid donne des détails circonstanciés sur le malheur de sa sœur, qu'il suppose avoir eu lieu avant l'année 1736. Hélène Walker rejeta toutes les propositions qu'on lui fit pour sauver la vie de sa sœur en trahissant la vérité; elle emprunta une somme d'argent suffisante pour son voyage, fit toute la route jusqu'à Londres à pied , et parvint jusqu'au duc d'Argyle. On l'a entendue dire que , par l'as-
sistance de Dieu , elle avait pu pénétrer auprès du duc au moment décisif, faute de quoi c'en était fait de la vie de sa sœur.
Isabelle ou Tibby Walker , sauvée du triste sort qui la menaçait, épousa l'homme qui l'avait séduite ( il se nommait Waugh ), et vécut heureuse presque jusqu'à sa centième année , reconnaissant toujours l'extraordinaire dévouement auquel elle était redevable de sou salut.
Hélène Walker mourut vers la fin de l'année 1791. Ses restes furent déposés dans le cimetière d'Irongray , sa paroisse natale ; rien de plus romantique que ce cimetière sur les bords de la Cairn. Cette femme, si admirable pour son héroïque amour de la vertu , vécut et mourut dans la pauvreté, sinon dans le besoin, pour montrer combien sont indifférents aux yeux du ciel nos plus chers objets d'ambition sur la terre.