‹ La prison du Mid-LothianChapitre 32 sur 93 · I.'lNCARCKRATlON · texte numérisé non relu

I.'lNCARCKRATlON

Je garantis qu'il ne se noiera pas, quand le vaisseau ne serait pas plus solide qu'une coquille de noix. Siiakspk»bk. Lu Tempête.

Butler n'éprouva ni faim ni fatigue, quoique la manière d >nt il avait passé la nuit eut pu lui faire ressentir l'une et l'autre; mais l'empressement qu'il mettait à servir la sœur de Jeanie les lui fit oublier.

Il marchait d'un pas si rapide qu'il semblait courir, quand il s'entendit appeler par une voix qui luttait contre une toux asthmatique, et qu'étouffait presque le trot bruyant d'une jument montagnarde. Il se retourna, et vit le laird de Dumbiedikes pressant son cheval autant qu'il pouvait; car, heur usement pour le projet qu'avait le laird de s'entretenir avec Butler, leur route était la même pendant environ deux cents verges. Butler s'arrêta , maudissant intérieurement le cavalier qui retardait ainsi son voyage.

«Oh, oh, oh !» cria Dumbiedikes cherchant à arrêter sa jument auprès de Butler; «oh, oh ! c'est une bête bien volontaire, je vous assure. » En effet, il avait atteint Butler juste à l'endroit audelà duquel il lui eût été impossible de continuer à le poursuivre, car la route que devait suivre Butler se séparait là de celle qui conduisait à Dumbiedikes,

et ni par persuasion ni par force, le cavalier n'aurait pu vaincre l'obstination celtique de Bory Bean (c'était le nom de la jument ) et la faire dévier d'un pas du chemin qui conduisait à son écurie.

Quand il eut repris haleine après un trot plus rapide que celui auquel lui et sa monture étaient habitués, ce qu'il avait à di e semblait ne pouvoir sortir de son gosier, et il resta plusieurs minutes sans prononcer une syllabe. Enfin, après de grands efforts, il ne put articuler que ces mots : « Je dis... monsieur Butler, que voilà une belle journée pour la moisson.

— Très-belle, dit Butler. Je vous souhaite le bonjour, monsieur.

— Attendez, attend z, reprit Dumbiedikes, ce n'est pas cela que j'ai à vous dire.

— Dites-le donc vite, et que je vous dise adieu, reprit Butler; je vous demande pardon, mais je suis pressé, et tempus nemini, vous savez le proverbe. »

Dumbiedikes ne savait pas le proverbe, et dans le trouble où il était, il ne chercha pas à se donner l'air de le connaître, comme d autres eussent fait à sa place. Il concentrait toute son intelligence sur un seul point fort grave, et ne voulait rien distraire de ses forces pour dépendre ses avant-postes : » Je voulais vous demander, monsieur Butler, dit-il, si M. Saddletree est un grand jurisconsulte ?

— Je ne le sais que sur sa parole,» dit Butlersèchement; « mais sans doute il se connaît lui-même.

— Hum! » reprit le taciturne Dumbiedikes d'un air qui semblait dire : Monsieur Butler, je vous comprends. « En ce cas, poursuivit-il, je chargerai M. Novit, mon avocat ( le fils du vieux iNovit, qui a la langue presque aussi bien affilée que son père) , de l'affaire d'Effie. »

Ayant ainsi montré plus de sagacité que Butler n'en attendait de lui, il porta poliment la main à son chapeau galonné en or, et par un coup d'éperon lit enten-

dre à Rorv Bean que c'était la volonté de son cavalier qu'elle marchât vers la maison; et Paniinal obéit à cette insinuation avec cet empressement que les hommes et les hétes montrent à comprendre et exécuter les ordres qui répondent a leurs propres désirs.

Butler se remit en route, non pas toutefois sans éprouver ce sentiment de jalousie que l'intérêt porte par l'honnête laird à la famille Deans avait souvent éveillé en lui. Mais il avait trop de générosité pour s'arrêter long-temps à un sentiment entaché d'égoïsme. « Il est riche et je ne le suis pas, dit-il; pourquoi me tourmenterais-je s'il a assez bon cœur pour consacrer une partie de son revenu à leur rendre des services dont je ne peux que souhaiter l'accomplissement? Au nom du ciel' faisons chacun ce que nous pouvons. Qu'elle soit heureuse ! qu'eue échappe au malheur qui la menace! Je dois songer seulement a prévenir la fatale démarche de ce soir, et oublier tout le reste, quoique mon cœur soit déchiré de me séparer d'elle. »

Il redoubla de vitesse, et arriva bientôt devant la perte de la prison, ou plutôt devant l'endroit ou avait été la porte. Son entrevue avec le mystérieux étranger, le message pour .leanie, sa conversation avec elle sur la rupture. de leur lia. son, la scène avec le vieux Deans, toul cela occupait si vivement son esprit qu'il avait complètement oublie les événements tragiquesde la nuit précédente.

Le souvenir n'en lut réveillé en lui ni par les groupes rcpai.dus dans les rues, qui suspendaient leurs conversations dès qu'un étranger s'approchait d'eux; ni par les perquisitions actives des agents de police soutenus par des patron Iles, ni parla vue des triples sentinelles pla- CAM devant le eorps-de-garde , ni par L'air inquiet et craintif de la populace qui . se saeii;.nt stispei te siiu ii coupable d'avoir pris part a l'insurrection , et redoutant les recherches de la police, se disjx-isr.ii avec iimidue oommedes hommes qui , épuises par tn.e d( bauche l

turne, se trouvent, le lendemain , énerr vés, sans assurance ni courage.

Aucun de ces symptômes ne frappa l'esprit de Butler, absorbe par un sujet bien plus intéressant pour lui, jusqu'à ce qu'il fut arrivé devant l'entrée de la prison que gardait un double rang de grenadiers au lieu des barres et des verrous. Le cri : ■< On n'entre pas ! » les murs noircis du porche, les escaliers tournants et les chambres de la prison ouverts aux regards du public, lui rappelèrent les événements de cette nuit terrible. Il demanda à voir Etlie; et le même geôlier, grand, maigre, à la c.evelure blanche, qu'il avait vu la veille, se présenta à lui.

« Nous êtes, je crois, »dit-il à Butler avec cette circonspection qui caractérise les Écossais, «la même personne qui vint pour la voir hier au soir? »

Butler rependit alfirmativement.

« Et c'est vous, continua le geôlier, qui m'avez demande si c'était à cause de l'affaire de Porteous que nous fermions la porte plus tôt qu'à l'oruinaire ?

— Il est possible, dit Butler, que je vous aie fait cette question ; mais je vous demande maintenant si je puis voir Elbe Deans ?

- Je ne puis que vous dire : Entrez, montez l'escalier, et tournez dans le guichet à droite. »

Le vieillard suivit Butler, BOB trousseau de clef a la main, n'oubliant pas même cette énorme clef qui ouvrait et fermait la porte extérieure de son empire, et qui m'était plus alors qu'un inutile faideau. Butler ne fut pas plus tê.t entré dans la chambre indiquée, (pie le guichetier en saisit la ciel et l'y enierma. Butler crut que c'était une précaution ordinaire a cet homme; mais quand il entendit le cemmandt nient de : ■ Vvai.ee/. . sentinelle ! » e. le bruit des armes d'une sentinelle qu'on plauiit a la porte, de la chambre, il a; pela le geÔV lier : « Mon ami,- lui d l-il , M que .j'ai a dire a Kl lie Deans est trcs-iinporlant. et je voudrais la voir ie plus tôt possible. » Il ut; reçut pas de réponse.

« Si je ne peux pas la voir maintenant , » continua-t-il d'une voix plus élevée, « dites-le-moi , et laissez-moi aller à mes affaires ; » et il ajouta, en se parlant à luimême : « Fugit irreparabUe tempus. »

« Si vous aviez des alfaires, il fallait les faire avant de venir ici , dit le geôlier du dehors, car vous verrez qu'il est plus facile d'y entrer que d'en sortir. Une autre insurrection ne viendra pas nous assaillir. La loi a triomphé, voisin, et vous l'apprendrez à vos dépens.

— Que voulez-vous dire?reprit Butler.

Vous me prenez sans doute pour un autre.. Je suis Reuhen Butler, prédicateur de l'Évangile.

— Je le sais bien, dit le geôlier.

— Alors, si vous me connaissez, j'ai droit de vous demander d'après quel ma..dat vous me détenez. Tout sujet du roi a droit de faire cette question.

— Quel mandat? dit le geôlier. Le mandat est à Libberton avec deux shérifs pour vous arrêter. Si vous étiez resté chez vous , comme doit faire un honnête homme, vous auriez vu le mandat ; mais vous êtes venu de vous-même vous faire incarcérer, que puis -je faire ?

— Ainsi, je ne puis voirEffie Deans, dit Butler; et vous êtes déterminé à ne pas me laisser sortir?

— Certainement non, voisin, dit le vieillard avec rudesse ; pour Eflie Deans, laissez-la songer à son affaire, vous aurez assez de la vôtre. Quant à votre sortie, le magistrat en décidera. Je vous quitte, car je vois les charpentiers qui viennent remplacer deux des portes que vos paisibles compagnons ont renversées hier au soir, monsie- r Butler. »

La position de Butler était non moins alarmante que pénible : être emprisonné, même sur une fausse accusation , est fort désagréable; et des hommes douts d'un courage naturel supérieur à celui de Butler auraient pu en être inquiets. Il ne manquait rependant pas de cette résolution qu'inspirent le sentiment du devoir et le désir honorable de le remplir; mais son imagination était vive et sa constitua

tiou délicate, et il était loin d'être insensible au danger, comme ces hommes moins impressi nnables, d ués d'une santé et d'un tempérament vigoureux.

L'idée confuse d'un péril qu'ii ne pouvait ni comprendre ni écarter, semblait flotter devant ses yeux. Il chercha à se rappeler les événements de la nuit précédente, pour découvrir quelque moyen d'expliquer et de justiliersa présencedans le rassemblement, car il ne tarda pas à p nserque c'était là le seul motif de sa détention. Ce ne fut pas sans inquiétude qu'il s'aperçut ; u'il n'avail aucun témoin désintéresse qui attestât les diverses tentatives qu'il a\ait faites pour échapper aux séditieux. Le malheur de la lamille Deans, le dangereux rendez-vous où Jeanie devait se rendre, et qu'il n'avait plus l'espoir d'empêcher, ajoutaient encore à l'amertume de ses réflexions.

Dans 1'impatienee de connaître la cause de sa détention et de recouvrer, s'il pouvait, sa libéré, il éprouvait une agitation qui ne lui paraissait pas de bon augure. Knfin , après être resté une heure ainsi renferme, il reçut l'ordre de se rendre devant le magistrat. Il fut conduit de la prison au tribunal, sous la garde d'un peloton de soldats, avec un appareil de précautions qui, bien que hors de saison et sans nécessité, est généralement déployé après un événement que de pareilles mesures eussent pu prévenir si on les avait employées à temps.

On l'introduisit dans la chambre du conseil, ainsi qu'on appelle l'endroit où les magistrats tiennent leurs se uces, et qui était alors peu é oignée de la prison. Lin ou deux consei lers de la ville étaient présents, et semblaient sur le point d'in terroger un individu amené devant eux, au bas d'une longue table couverte d'un tapis vert , auteur de laquelle le conseil s'assemblait ordinair 'nient. « Kst-ce le ministre? » dit un des magistrats au moment i lî L'officier de ville intr. du.sit l-îiitler : celui-ci répondit afiinn.tiveineiit. • Qu'il s'asseie un instant ; nous aurons bientôt exuédié l'affaire de cet homme.

— Ferons-nous sortir M. Butler? demanda l'officier.

— Cela n'est pas nécessaire; qu'il reste où il est. »

Butler s'assit donc sur nn banc, au fond de la salle, entre deux gardes.

C'était une pièce vaste et mal éclairée; mais, soit hasard, soit calcul de la part de l'architecte, qui avait pu comprendre quels avantages pouvaient rés Iter d'une telle disposition , une fenêtre était placée de manière à jeter beaucoup de jour à la place qu'occupait le prisonnier pendant l'interrogatoire, et à laisser dans une obscurité complète l'endroit plus élevé où siégeaient les magistrats. Butlpr lixa ses regards avec attention sur l'individu qu'on interrogeait alors, pensant qu'il pourrait reconnaître quelqu'un des conspirateurs delà nuit précédente; mais, quoique les traits de cet homme fussent frappants, il ne se rappela point l'avoir jamais vu.

C'était un homme d'un âge mûr, au teint basané; ses cheveux étaient coupés très-court, légèrement bouclés, d'un noir de jais, quoique un peu grisonnants; sa physionomie annonçait plutôt la friponnerie que le crime, plutôt l'adresse et la fourberie que des passions violentes et désordonnées; ses yeux noirs, vifs et rusés, ses traits exprimant la linesse, son sourire ironique, son effronterie, lui donnaient toute l'apparence d'un fieffé coquin. Dans une foire ou dans un marché, vous l'auriez pris, sans hésitation, pour un maquignon versé dans toutes les ruses de son métier; mais si vous l'eussiez rencontré dans un lieu écarté, vous n'auriez craint aucune violence de sa part. Son costume était aussi celui d'un marchand de chevaux : un habit boutonné du haut en bas, un cache-fripon , comme on disait alors, avec de larges boutons de métal, d'épaisses guêtres bleues, qu'on appelait bas-bottes y parce qu'elles tenaient lieu de bas, et un chapeau rabattu. Il ne lui

manquait qu'QH fouet SOUS le bras et îles

éperons aux talons pour représenter un véritable maquignon.

SCOTT

« Votre nom est James Ratcliffe?

dit le magistrat.

— Oui , sauf le bon plaisir de Votre Honneur.

— C'est-à-dire que vous trouveriez un autre nom si cela ne me plaisait pas?

— J'en trouverais vingt à choisir , toujours sauf le bon plaisir de Votre Honneur.

— .lames Ratcliffe est votre nom pour le moment... Quel est votre métier?

— Je ne saurais dire précisément que j'aie ce que vous appelez un métier.

— Enfin, quels sont vos moyens d'existence, vos occupations?

— Oh! Votre Honneur, sauf votre bon plaisir, le sait tout aussi bien que moi.

— iN'importe, il faut que vous me le disiez.

— Moi le dire, et à Votre Honneur?

Jemmie Ratcliffe ne peut pas dire cela.

— Point de plaisanteries, je veux que vous me répondiez.

— Eh bien , j'en aurai la conscience nette; car, voyez-vous, j'ai une faveur à vous demander. Vous expliquer mes occupations , dites-vous ? cela n'est guère convenable à faire dans un lieu comme celui-ci. Mais que dit le huitième commandement ?

— Tu ne déroberas point.

— En ëtes-vous bien sûr? Eh bien , alors, mes occupations et ce commandement étaient en complète contradiction , car j'avais lu : Tu déroberas ; ce qui fait une grande différence .quoiqu'il n'y ait qu'un pe'it mot de moins.

— Pour couper court, Ratcliffe, vous êtes un voleur reconnu.

— Je crois que les liasses terres et les montagnes le savent . sans parler do l'Angleterre et de la Hollande, » dit Rateliffe avec un aplomb et une effronterie san> pareille.

• El OÙ croyez-vous que vous mènera ce métier? dit le magistrat.

— Hier j'aurais pu le deviner à coup sur; mais je n'en Buifl pas tics-certain aujourd'iui.

— Et qu'auriez-vous répondu si l'on vous eut adressé hier cette question ?

— La potence, répondit Ratcliffe avec le même sang-froid.

-— Vous êtes un effronté coquin, reprit le juge ; et comment osez- vous supposer que votre position est meilleure aujourd'hui ?

— Oh! Votre Honneur, il y a une très-grande différence entre un prisonnier détenu sous le coup d'une sentance de mort, et celui qui reste en prison de sa propre volonté quand il ne tenait qu'a lui d'en sortir. Qui m'empêchait de m'en aller tranquillement, quand la multituJe enleva John Porteous? Votre Honneur pense-t-il réellement que je sois resté dans le dessein d'être pendu?

— Je ne sais quel était votre dessein; mais je sais ce que la loi vous desliiie: c'est d'être pendu de mercredi en huit jours.

— Non , non, » dit Ratcliffe avec assurance, «j'en demande pardon à Votre Honneur; mais je ne le croirai pas que je ne l'aie vu. Je connais la loi depuis long-temps , j'ai eu plus d'une fois affaire à elle autrefois et récemment; elle n'est pas si méchante qu'elle le paraît ; j'ai toujours vu qu'eile aboie plus qu'elle ne mord.

— Et si vous n'attendez pas la potence, à laquelle vous êtes co.. damné ( pour la quatrième fois , à ma connaissance), puis-je vous demander de vouloir bien me dire sur quoi vous comptez, pour n'avoir pas pris la fuite avec les autres prisonniers? conduite que, je l'avouerai , o i n'attendait pas de vous.

— Je n'aurais pas songé un moment à rester dans cette vieille et désagréable ma:son, si ce n'est que l'habitude m'a donné la fantaisie de vouloir v demeurer, et que j'espère y occuper un petit po>te.

— Un poste ! s'écria le magistrat. Vous voulez dire un poteau ' pour y être fustigé?

— Non, non, monsieur, je n'ai jamais eu envie du poteau ni du fouet :

i. Il v a dans l'anglais un jeu il«' mots qui roule sur celui de post, qui signifie poste et poteau, a. ».

après avoir été condamné quatre fois à être pendu par le cou jusqu'à ce que mort s'ensuivît, je pense que je n'ai rien à craindre du fouet.

— Alors, au nom du ciel, qu'espérez-vous donc ?

— Le poste de second porte-clefs, car |e crois qu'il est vacant, dit le prisonnier. Je ne demande pas ceiui de bourreau 2; il ne nie conviendrait pas, car je n'ai jamais pu faire de mal à una bête , bien moins encore à un homme.

— Il va sans doute , dans ce que vous avez fait, quelque chose en votre faveur,» dit le magistrat , venant justement au point où Ratcliffe voulait l'amener, quoiqu'il cachât son intention sous une affectation de bizarrerie: « mais comment pouvez-vous espérer un emploi dans la prison quand vous vous êtes évadé delà moitié des prisons d Ecosse?

— Sauf le bon plaisir de Votre Honneur, dit Ratcliffe, h je sais si bien m'en échapper, je saurai mieux v retenir les autres. Ils seraient bien habiles ceux qui m'y retiendraient quand j'en voudrais sortir , et qui e.i sortiraient quand je voudrais les y retenir. »

Cette observation sembla frapper le magistrat; mais il n'y repondit point, et ordonna seulement de faire retirer Ratcliffe.

Quand ce hardi et rusé fripon fut éloigné , le juge demanda au greffier ce qu'il pensait de l'assurance de cet homme.

« Je n'ai pas d'avis à donner, répondit le greffier; mais si un jour Ratc.iife

2. En écossais le bourréau-est appelé Inckmnn, du mot mua, homme, et dÇ^a petite quantité de farine (en écossais Ick) qll'il avait droit de prélever sur chaque sac exposé dans le marché de la ville. A Edimbourg, ce droit a ele racheté depuis long-temps; mais à Domines, l'exécuteur des hautes-œuvres l'exerce encore, ou l'exerçait encore récemment, en mesurant avec une petite cuillère de 1er la quantité qu'il devait prendre, L'expression IncA , pour signifier une petite quantité île toute substance sèche , dix isible , comme du blé, de la larine ou antre, subsiste encore non seulement dans le langage du peuple, mais aussi dans les luis, où l'on appelle ainsi une petite quantité de larine à payer, pour la mouture urbaine, par e.xeuiole.

Or, YTxLTER

est disposé à tourner à bien, il n'est jamais entré par les portes de la ville un homme qui pût être aussi utile pour découvrir les voleurs et les bien garder, .le pense qu'il faudrait en parler a M. Sharpitlaw. »

On lit ensuite approcher Butler de la table pour l'interroger. Le juge dirigea cet interrogatoire avec égards, mais de manière a lui faire comprendre que de graves soupçons pesaient sur lui. Avec une franchise qui était en même temps dans sa profession et dans son caractère, Entier avoua qu'il avait été présent, quoique involontairement , au meurtre de Porteous , et, sur la demande du magistrat, il entra dans les détails les plus minutieux sur toutes les circonstances de cette malheureuse affaire.

Toutes les particularités de son récit furent écrites par le greffier sous sa dictée.

Quand il eut achevé, l'interrogatoire proprement dit commença; chose fort pénible pour le témoin même le plus véridique, puisqu'un récit, surtout s'il se rattache à des événements aussi tragiques , peut rarement se faire avec assez de clarté et de précision pour (pie des questions minutieuses et multipliées ne fassent naître quelque doute ou quelque ambiguïté.

Le magistrat fit d'abord observera Butler qu'il avait dit que son projet était de retourner au village de Libberton, mais qu'il avait été arrêté par la multitude à la perte de l'Ouest. « La porte de l'Ouest est-elle votre chemin ordinain quand vous allez à Libberton?»

demanda le magistral avec un air ironique.

" !\"on . certainement , dit Butler avec l'empressement d'un homme qui veut justifier ce qu'il a dit.; mais j'étais plus près de cette porte (pie de toute autre, ei l'heure de la fermer alle.it sonner.

— Gela est fâcheux, » dit l<* magistrat sèchement; i« mais puisque vous .1 ' •.'. (I;tes • . < i uint par cette multitude et force d'assister a d qui ré-

pugi i d'humanité ,

SCOTT

et surtout à la profession de ministre, avez-vous fait quelque tentative de résistance ou d'évasion ? »

Builer répondit que leur nombre l'avait empêché de faire aucune résistance, et leur vigilance de s'échapper.

« Cela est fâcheux , » repéta le magistrat toujours avec le même air d'incrédulité. Il continua , avec convenance et politesse, mais avec une roideur qui trahissait ses s,.upçons, a lui faire beaucoup de questions sur tout ce qu'avaient fait les insurgés et sur la tournure et le costume des chefs; et quand il comprit qu'il fallait endormir la prudence de Butler pour n'être point trompé par lui , il revint sur les premières parties de sa déc.aration , et lui demanda de répéter en détail toutes les circonstances de chacune des parties de cette triste scène. Toutefois Butler ne tomba dans aucune espèce de confusion ou de contradiction qui justifiât les soupçons qu'on avait contre lui. Enfin il arriva à Madge YYildfire, au nom duquel le magistrat et le greffier échangèrent un regard significatif. Quand le sort de la v Ile aurait dépendu de la connaissance que le juge pouvait acquérir des traits et du costume de ce personnage, son examen n'aurait pas été plus minutieux ; rouis Butler ne put rien dire de sa figure, qui était peinte de rouge et de noir, comme cel.e d'un Indien qui marelie au combat, et, de plus, presque cachée par la coiffure qui enveloppait cette prétendue tète de femme.

Il déclara qu'il pensait ne pouvoir reconnaître ce Madge \\ ildlire s'il le voyait dans un costume différent, mais qu'il croyait pouvoir reconnaître sa voix.

Le magistrat lui demanda de nouveau par quelle porte il était sorti de la ville.

« Par celle deCowgate? reprit l'.n.li r.

— lttai.-ce le chemin le plus court pour aller a Libberton ?

i. ■ répondit Butleravec quelque embarras; «mais c'était la voie la plus courte p >ur ecltapper a la multitude. »

Le juge et le greffier échangèrent de nouveau un regard.

« La porte de Cowgate n'est - elle pas sur un chemin plus court de Grass-Market à Libberton que celle de Bristol- Port? »

—Non, répondit Butler; mais j'allais visiter un ami.

— En vérité? dit le juge; vous étiez pressé de lui raconter ce que vous veniez de voir, sans doute?

— Certainement non, répondit Butler; et je nJen ai point parlé tout le temps que j'ai été à Saint-Léonard.

— Par où êtes -vous passé en allant à Saint-Léonard !

— Par les rochers de Salisbury ? »

—Vous affectionnez donc bien les détours? dit le magistrat; et qui avez-vous vu en sortant de la ville? »

Butler lui décrivit les différents groupes qu'il avait rencontrés, comme nous l'avons déjà dit; et enfin il arriva au mystérieux étranger du Parc du Roi.

Butler eût désiré garder le silence sur ce sujet , mais le magistrat ne l'eut pas plus tôt entendu parler de cet incident , qu'il en voulut connaître toutes les particularités.

« Réfléchissez, monsieur Butler, dit-il; vous êtes un jeune homme d'une bonne réputation ; je serais prêt moi-même à rendre témoignage en votre faveur. Mais nous savons qu'il y a des gens de votre profession qui s'abandonnent à un zèle faux et aveugle, et qui, irréprochables sous tout autre rapport, se sont laissé entraîner à de grands désordres capables de troubler la paix du pays. J'en agirai franchement avec vous. Je ne suis nullement satisfait de votre récit, de votre double sortie par deux routes différentes, qui toutes les deux faisaient de longs circuits ; et, pour parler franchement, aucun de ceux que nous avons interrogés sur cette malheureuse affaire n'a vu , dans votre conduite, rien qui indiquât que vous agissiez par contrainte. Bien plus, les gardes de la porte de Cowgate ont remarqué en vous l'embarras d'un coupable, et ont déclaré que vous leur aviez le premier ordonné d'ouvrir la porte, d'un ton d'autorité,

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