‹ La prison du Mid-LothianChapitre 52 sur 93 · Il voulait prubablciucat dire stilliciJium · texte numérisé non relu

Il voulait prubablciucat dire stilliciJium

SCOTT

dire par la servante qu'elle avait jeté cette eau par cette fenêtre, par égard pour deux Écossais qui passaient dans l'enclos et qui s'entretenaient en gaélique; la bonne vieille femme se serait peut-être contentée de cette explication , mais heureusement pour mistress Crombie le hasard voulut que j'arrivasse à temps pour empêcher un accord, car il eut été dommage que cette cause n'eut pas été jugée. Nous avons fait citer mistress Mac-Phail devant le tribunal. La petite servante montagnarde croyait m'échapper; mais, halte-là, lui dis-je. »

Le récit circonstancié de cette importante affaire aurait pu durer jusqu'à ce que les heures que le pauvre Butler consacrait ordinairement au repos fussent écoulées, si Saddletree n'avait pas été interrompu par un bruit de voix qui se fit entendre à la porte. La femme de la maison où loseait Butler, en revenant de la fontaine où elle avait été remplir sa cruche pour les besoins de la famille, trouva notre héroïne Jeanie Deans debout a la porte, s'impatientant de l'éternelle harangue de Saddletree, et ne se souciant pourtant pas d'entrer qu'il n'edt pris congé.

La bonne femme mit fin à son incertitude en lui demandant : « Est-ce moi ou mon mari que vous demandez, mon enfant ?

— Je voudrais parler à M. Butler , s'il n'est pas occupé, répondit Jeanie

— Entrez donc par ici , ma fille, »

répondit la bonne femme en ouvrant la porte de la chambre; et elle annonça cette seconde visite en disant : « Monsieur Butler, voilà une jeune fille qui veut vous parler. »

La surprise de Butler fut extrême quand, après cette annonce, il vit paraître Jeanie , qui s'éloignait rarement de chez elle de la distance d'un demimille.

« Bon Dieu ! » s'ceria-t-il en se levant en sursaut de son siège, tandis qu'on sentiment d'alarme rendait à ses joues la couleur dont la maladie les avait pri-

LA PRISON DU vées, « est-il arrivé quelque nouveau malheur ?

- Aucun, monsieur Reùben, que ceux que vous devez déjà savoir. Mais comme vous avez l'air malade vous-même ! »

ajouta-t-elle ; car la rougeur passagère qui i'animàit ne dérobait point aux regards d'une tendresse inquiète les ravages que la maladie et le chagrin avaient faits sur la personne de son amant.

« Non , je suis bien , très-bien , » dit Butler avec vivacité, « et si je puis faire quelque chose pour vous, Jeanie, ou pour votre père...

— Sans doute , dit Bartholin , la famille peut être regardée maintenant comme réduite à deux personnes, comme si Effie , la pauvre fille ! n'en avait jamais fait partie. Mais, Jeanie, ma fille, qui est-ce qui vous amène à Libberton de si bon matin , tandis que votre père est resté malade chez nous dans les Luckenbooths?

— J'ai un message de mon père pour M. Butler, » dit Jeanie avec embarras , mais rougissant immédiatement du mensonge auquel elle avait recours; car elle n'avait pas moins d'amour et de vénération pour la vérité que les quakers euxmêmes; se reprenant donc: « j'ai, ditelle, à parler à M. Butler au sujet des affaires de mon père et de la pauvre Effie.

— Est-ce une affaire de justice? dit Saddletree. Dans ce cas vous feriez mieux de prendre mon conseil que le sien.

— Ce n'est pas précisément une affaire de justice, » dit Jeanie, qui vit l'inconvénient qui pourrait résulter pour elle de laisser connaî.re à M. Saddletree le secret de son voyage; « mais je désire que M. Butler écrive une lettre pour moi.

— C'est juste, dit M. S.ddletree; et si vous voulez me d re de quoi il s'agit, je dicterai à M. Bitler, comme M. Crossmyloof le fait à son clerc. Préparez votre plume et votre encre , in initiatibus, monsieur Butler. »

Jeanie regarda Butler en se tordant les mains d'impatience et de contrariété.

« Je crois, monsieur Saddletree, «dit Butler qui vit la nécessité de se débar-

rasser de lui d'une manière quelconque, « que M. Whackbairn sera mortifié si vous n'assistez pas à la leçon de vos enfants.

— Vraiment, monsieur Butler, vous avez raison, et j'ai promis de demander une demi-journée de congé pour eux, afin que les enfants puissent aller voir l'exécution , ce qui ne peut avoir qu'un effet salut ire sur leurs esprits; car qui sait ce qui peut leur arriver à eux-mêmes? Diable! j'avais oublié que vous étiez là, Jeanie Deans ! mais il faut bien vous habituer à entendre parler de cette affaire. Betenez Jeanie jusqu'à ce que je revienne ; monsieur Butler, je ne serai pas dix minutes. »

Après cette promesse , dont on se serait bien passé, il les délivra, du moins momentanément, du fardeau de sa présence.

« Reuben , » dit Jeanie qui vit la nécessité de profiter du moment que leur donnait son absence pour expliquer le sujet qui l'amenait, « j'entreprends un bien long voyage; je vais à Londres demander au roi età la reine la grâce d'Effie.

— Jeanie, vous ne songez pas à ce que vous dites ! » s'écria Butler avec la plus grande surprise ; « vous , aller à Lon 1res! vous, parler au roi et à la reine ! ^

— Et pourquoi pas , Reuben ? » répondit-elle avec la tranquille simplicité qui la caractérisait; « ce n'est parler qu'à un homme et à une femme, après tout.

Leur cœur doit être de chair et de sang comme les nôtres , et l'histoire d'Effie est capable de les attendrir , fussent-ils de pierre. Mais j'ai entendu dire qu'ils ne sont pas aussi méchants que les jacobites le disent.

— Sans doute, Jeanie; mais leur magnificence, leur suite, la difficulté d'obtenir une audience?

— J'ai pensé à tout cela, Reuben, et cela ne peut me décourager. Sans doute, ils portent des habits superbes, des diadèmes sur leurs têtes, et des sceptres dans leurs mains, comme le grand roi Assuérus quand il était assis sur

son trône royal devant la porte de son palais, ainsi que nous le représente l'Écriture; mais j'ai quelque chose en moi qin soutiendra mon courage, et je suis presque sure que je trouverai ia force, nécessaire pour leurexpliquer ma demande.

— Hélas ! hélas ! les rois d'à présent ne s'asseyent pas sur leur porte pour rendre la justice, comme du temps des patriarches. Je connais aussi peu les usages de la cour que vous, Jeanie, mais j'ai appris par la lecture et par ce que j'ai entendu dire, que le roi de la Grande-Bretagne ne fait rien que par ses minisires.

— Si ce sont des ministres justes et craignant Dieu , il n'y en a que plus d'espoir pour Eflie et pour moi.

— Mais vous ne comprenez pas même la signification des mots les plus ordinaires à la cour. Par le mot ministres on n'entend pas des ecclésiastiques , mais les serviteurs officiels du roi.

— Je ne doute pas qu'il n'en ait un bien plus grand nombre que la duchesse n'en a elle-même a Dalkeith , et je sais que les serviteurs des grands sont toujours plus arrogants que leurs maîtres; maisje m'habillerai décemment, etje leur offrirai une pièce d'argent, comme si je venais seulement pour voir le palais; et s'ds me refusent, je leur dirai que je viens pour une afiaire où il s'agit de vie et de mort, et alors ils me feront sûrement parler au roi et à la reine. »

Butler secoua la tête. « O Jeanie, tout ceci n'est qu'un rêve. Vous ne parviendrez jamais à les voir qu'avec la protection de quelque grand seigneur, et même de celle manière la chose nie parait presque impossible.

— Mais il est possible aussi que j'ob tienne cette protection avec votre secours , Reuben.

— Mon secours, Jeanie? voilà bien l'idée la plus extra vagautd*...

— .Non pas iln toul , l'.eiiben. Ne vous

ai-je pas entendu dm' que votre graao%

père , dont mon père n'aime pas a entendre parler, rendit, il y a bien longtemps , quelque service à l'aïeul de

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Mac-Callum More quand il rV était encore que lord de Lorn ?

— C'est vrai , et je puis le prouver.

J'écrirai auducd'Argyle... La renommée proclame qu'il a autant d'humanité que de bravoure et d'attachement aux intérêts de sa patrie. Je le supplierai de détourner de votre sœur le sort cruel qui la menace... Tsous n'avons qu'un faible espoir de succès, mais nous ne négligerons aucun moyen.

— Ts'ous ne négligerons aucun moyen :

mais ce n'est pas en écrivant qu'on peut réussir : une lettre ne peut prier, conjurer, et s'adresser au cœur humain aussi bien que la voix et les regards; une lettre est comme la musique que les dames mettent devant leur epinette : ce ne sont que de petites figures noires sur du blanc , en comparaison du même air quand on l'entend jouer ou chanter sur cet instrument. Il faut parler soi-même ou y renoncer , Reuben.

— Vous avez raison , » dit Reuben en rappelant sa fermeté, « et j'espère que le ciel a suggéré à votre excellent cœur cette résolution courageuse comme le seul moyen de sauver cette fille infortunée.

Mais, Jeanie, il ne faut pas que vous entrepreniez seule ce dangereux voyage; j'ai trop d'intérêt à votre conservation pour souffrir que ma Jeanie s'expose de cette manière. Il faut que dans ces circonstances vous me donniez le droit de vous protéger en m'aecordant le titre d'époux, et je vous accompagnerai dans ce voyage; je vous aiderai a remplir tous vos devoirs envers votre famille.

— Hélas ! Keuben , cela ne se peut pas. Le pardon accorde à ma sœur n'effacerait pas la tache faite a son nom, et ne me rendrait pas une femme dimie d'un honnête homme, d'un vénérable ministre... Qui pourrait respecter les paroles qu'il dirait en chaire, s'il avait pour femme la sœur d'une fille condamnée pour un tel crime ?

— Mais , Jeanie , je ne crois pas, je ne puis croire qu'Kflie en soil coupable.

One le ciel vous bénisse de parler ainsi , Keuben ! mais cela n'empêche pas

qu'elle ne doive en porter la honte.

— Mais cette honte , lors même qu'elle lui serait justement attribuée , ne retombe pas sur vous.

— Ah , Reuben , Reuben ! vous savez que c'est une tache qui s'étend de proche en proche. Ichabod... comme disait mon pauvre père, la gloire de notre maison est éclipsée ; car même la famille du plus pauvre des hommes a sa gloire , lorsque toutes les mains y sont pures, tous les cœurs innocents, et la réputation intacte.

— Mais, Jeanie, réfléchissez que vous m'avez donné votre parole et .engagé votre foi; pouvez-vous entreprendre un tel voyage sans un homme pour vous protéger ? et qui peut vous servir de protecteur, si ce n'est un mari?

— Vous êtes sensible et bon, Reuben, et vous consentiriez à me prendre pour femme avec toute la honte dont je suis chargée; mais vous conviendrez que nous ne sommes pas dans un moment où il puisse être question de mariage.

Non , si jamais cela peut a'voir lieu , ce doit être dans un autre, dans un meilleur temps... Et puis, mon cher Reuben, vous parlez de me protéger pendant mon voyage; hélas! qui vous protégera vous-même et prendra soin de vous?... Vos membres sont tout tremblants pour être resté seulement dix minutes debout : comment pourriez-vous entreprendre le voyage de Londres!

— Mais je suis fort, je suis très-bien, » reprit Butler en retombant sur son siège, entièrement épuisé. « Du moins je serai tout à fait bien demain.

— Vous voyez bien, et vous sentez vous-même qu'il faut que vous me laissiez partir à l'instant, » dit Jeanie après une pause; puis prenant la main qu'il lui tendait en la regardant affectueusement, elle ajouta : « C'est déjà un assez grand surcroît de cbagrin pour moi que de vous voir ainsi. Mais il faut reprendre du courage et de la santé pour l'amour de Jeanie; car si elle n'est pas votre femme, elle ne le sera jamais de personne. A présent donnez-moi un pa-

pier pour Mac-Callum More, et priez Dieu de bénir mon voyage. »

Il y avait quelque chose de romanesque dans la résolution aventureuse de Jeanie; cependant, en y réfléchissant , r comme il semblait impossible de lui persuader d'en changer, et qu'on ne pouvait l'obliger que par des conseils, Butler, après quelques autres objections, lui mit entre les mains le papier qu'elle désirait, qui, avec la feuille d'engagement1 qui l'enveloppait, était le seul mémorial qui lui restât de l'enthousiaste et ardent Butler-Bible son aïeul. Pendant que Butler cherchait ce document, Jeanie eut le temps de prendre sa Bible, et après l'avoir refermée, elle la replaça sur la table en disant: « J'ai marqué avec votre crayon un passage qui contient des choses qui nous seront utiles à tous deux. Il faut que vous preniez la peine, Reuben, d'écrire tout ceci à mon père; car, Dieu me soit en aide! je n'ai ni la tête assez bonne ni la main assez exercée pour écrire de longues lettres dans aucun temps, et moins à présent que jamais; je m'en fie donc entièrement à vous là-dessus, et j'espère que vous pourrez bientôt le voir. Reuben, je vous prie aussi , quand vous causerez avec lui, ayez égard à toutes les opinions du vieillard ; pour l'amour de Jeanie, ne le contrariez pas dans ses idées, et ne lui parlez ni latin ni anglais : il est de l'ancien temps , et il n'aime pas, peut-être à tort, d'autre langage que le sien. Ne lui parlez pas beaucoup , mais amenez la conversation sur les sujets qui lui plaisent , et laissez-le causer, il en sera plus satisfait... Et puis, Reuben, n'oubliez pas cette pauvre fille, là-bas dans son cachot. Mais je n'ai pas besoin de dire à votre bon cœur de lui donner toutes les consolations qui seront en votre pouvoir, aussitôt qu'on vous permettra de la voir. Dites-lui... Mais il ne faut plus que je parle d'elle , car je ne veux pas vous quitter en pleurant, ce ne serait

1, Muster mil, dit le texte : c'est L'état ou la liste des soldats d'un rcgiuieut. a. m.

pas d'un bon présage. Adieu; l'Éternel vous bénis e, Reuben ! »

Pour éviter un si mauvais augure, elle se hâta de sortir pendant que ses traits conservaient encore le sourire doux et mélancolique qu'elle s'était efforcée de montrer à son amant, afin de l'aider à rappeler son courage. Lorsqu'elle eut quitté sa chambre, où elle était apparue comme un songe, il sembla à Butler que la faculté de voir, de parler et de réfléchir, venait de l'abandonner. Saddletree, qui ne tarda pas à rentrer, l'accabla de questions auxquelles il répondit sans les entendre, et de dissertations dont il ne comprit pas une syllabe. A la fin le savant bourgeois se rappela qu'il devait se tenir ce jour-là «ne cour foncière à Loan-Head , et que, quoique cela n'en valût pas beaucoup la peine, il ne ferait pourtant pas mal d'aller voir ce qui se passait, car le bailli était un brave homme, et ne serait point fâché d'avoir son conseil dans l'occasion.

Aussitôt qu'il fut parti , Butler se hâta de prendre la Bible, la dernière chose que Jeanie eut touchée. A son extrême surprise, il en tomba un papier contenant deux ou trois pièces d'or. Elle avait marqué les 1Ge et 25e versets du 37e psaume : Le peu que possède l'homme de bien vaut mieux que toutes les richesses du méchant. — J'ai été jeune, et je suis vieux maintenant • cependant je n'ai jamais vu le juste abandonné , ni sa postérité réduite a mendier son pain.

Profondément pénétré de la délicatesse avec laquelle la tendresse de Jeanie avait cherché à couvrir sa propre générosité, en la déguisant sous la forme d'un secours que la Providence même envoyait à ses besoins, il pressa les pièces d'or sur ses lèvres avec plus d'ardeur qu'un avare. Toute son ambition fut alors d'imiter sa fermeté et sa religieuse confiance dans le ciel; et son premier soin fut d'écrire au vieux Deons, pour lui faire part de la résolution de sa fille et de son voyage à Lon-

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dres. Nous parlerons plus tard de l'effet que produisit cette épître. Butler la confia à un honnête paysan1 qui avait de fréquentes relations avec Deans , qui lui vendait le produit de ses vaches; il se chargea volontiers d'aller à Edimbourg pour lui remettre lui-même la lettre.

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