‹ La prison du Mid-LothianChapitre 7 sur 93 · X. Un homme comme il faut. a. m · texte numérisé non relu

X. Un homme comme il faut. a. m

MID-LOTHIAN. il

tager le repas de gens au-dessus de lui. Quelques instants après le dîner, refusant de partager le vin qui circulait en abondance, il demanda à quelle heure la chaise partirait, et ayant ajouté qu'il serait prêt pour l'heure indiquée, il sortit de la chambre après avoir fait un salut respectueux.

« Jack , dit l'avocat à son compagnon, je me rappelle la figure de ce pauvre diable ; vous avez dit plus vrai que vous ne pensiez : c'est réellement un de mes clients , le pauvre homme !

— Le pauvre homme ! répéta Halkit.

Vous voulez dire, je pense, que c'est votre seul et unique client ?

— Ce n'est pas ma faute , Jack , » répondit son ami, que j'appris se nommer Hardie ; « vous savez que vous deviez me donner toutes vos affaires, et si vous n'en avez aucune, notre savant convive sait que rien ne vient de rien.

— Il parait au moins que vous avez réduit quelque chose à rien en ce qui regarde cet honnête homme. On dirait qu'il est sur le point d'honorer de sa visite le Cœur du Mid-Lothian.

— Vous vous trompez; il en sort à peine Mais notre ami attend une explication... Avez-vous été à Edimbourg, monsieur Pattieson? »

Je répondis affirmativement.

« Alors vous avez traversé , par occasion au moins, et non pas aussi assidûment que je suis condamné à le faire, une rue étroite et tortueuse qui conduit à l'extrémité nord-ouest de la place du Parlement, et passant devant un haut et antique édifice avec des donjons et des grilles de fer,

Justifiant le dicton en ce lieu :

Près de l'église et loin de Dieu. »

M. Halkit interrompit le savant avocat pour ajouter quelque chose à l'énigme : — Ayant à la porte l'enseigne de l'Homme rouge.

— Enfin, » reprit l'avocat, interrompant à son tour son ami , « un endroit où l'infortune est confondue avec le crime , et dont tous les habitants voudraient en sortir.

— Et où personne de ceux qui ont le bonheur d'en être dehors ne voudrait entrer, ajouta M. Halkit.

— Je vous comprends, messieurs, leur répondis-je ; vous voulez parler de la prison.

— La prison ! ajouta le jeune avocat; vous avez deviné... la vénérable prison elle - même. Et permettez- moi de vous dire que vous nous devez des remerciments pour vous l'avoir décrite avec tant de réserve et de brièveté ; car de quelques amplifications que nous eussions voulu embellir notre sujet, vous étiez complètement à notre merci , puisque les pères conscrits de notre ville ont décrété que le vénérable édifice luimême ne resterait plus sur pied pour confirmer ou démentir nos paroles.

— Ainsi la prison d'Kdimbourg, leur dis -je, s'appelle le Cœur du Mid-Lothian ?

— Je puis vous l'assurer.

— Alors on peut dire,» ajoutai-je avec la défiance et la timidité d'un homme qui laisse échapper une plaisanterie devant des gens qui sont au-dessus de lui, « que le comté métropolitain a un triste cœur.

— Juste comme un gant, monsieur Pattieson, continua M. Hardie; et un cœur serré, et un cœur dur... Soutiens donc un peu cela, Jack.

— Et un cœur méchant, un pauvre cœur, » répondit Halkit faisant de son mieux.

«On peut dire aussi un grand cœur, un cœur élevé, ajouta le jeune avocat; vous voyez que je vous pique au cœur tous les deux.

— J'ai joué tous mes cœurs, dit l'autre jeune homme.

— Alors nous allons prendre d'autres cartes, repondit son ami ; et pour en revenir a la vieille prison qui est condamnée, quel dommage qu'on ne lui lasse pas le même honneur qu'on accorde ii la plupart de cciw qui l'ont habitée ! Pourquoi n'aurait -elle pas ses a dernières paroles, confessions et prières des morts?» Les vieilles pierres

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seraient aussi sensibles à cet honneur que beaucoup de pauvres diables qui étaient suspendus comme des glands de soie à l'extrémité occidentale de la prison, pendant que les colporteurs criaient la confession du condamné, qui n'en avait jamais entendu parler.

— Je crains, dis-je, si j'ose exprimer mon opinion, que ce ne soit un récit monotone d'afflictions et de crimes.

— Pas tout à fait, mon cher, dit Hardie: l'intérieur d'une prison est un monde, qui a ses affaires , ses malheurs et ses plaisirs particuliers. Il arrive souvent que ceux qui l'habitent ne vivent pas long-temps ; en cela ils ressemblent aux soldats en campagne ; ils sont pauvres relativement au inonde du dehors, mais il y a aussi des degrés de richesse et de pauvreté parmi eux, et quelques-uns sont riches relativement aux autres. Ils ne peuvent sortir , mais la garnison d'un fort assiégé, l'équipage d'un vaisseau en mer, ne le peuvent pas davantage; ils sont même dans une situation moins pénible, puisqu'ils peuvent avoir autant d'aliments qu'ils ont d'argent pour en acheter, et que leur nourriture ne dépend pas de leur travail/

— Mais quelle variété d'événements, dis-je ( non pas sans songer à la tâche que je remplis maintenant ) , pourrait se trouver dans un pareil ouvrage ?

— Une variété infinie, répondit l'avocat. Tout ce qu'on peut rencontrer de fautes, de crimes, de folies, d'infortunes inouïes, de revers imprévus dans la vie humaine, mes « dernu'res paroles de la prison » en offriraient des exemples capables de rassasier le public le plus affamé d'horrible et de merveilleux. Ceux qui composent des récits d'invention se torturent le cerveau pour varier leur histoire, et, après tout, à peine trouvent-ils des caractères ou des incidents qui n'aient été battus et rebattus, ,iu point d'être familiers à tous les lecteurs? et ainsi le développement du roman , l'enlèvement , la blessure mortelle dont le héros ne meurt jamais,, la lièvre brûlante dont l'héroïne est soie

de guérir, deviennent une affaire de pure habitude. Je suis de l'avis de mon honnête ami Crabbe, et j'ai une malheureuse disposition à espérer encore quand tout espoir est perdu , et à me lier en ce corset de Jiége qui porte le héros du roman sain et sauf à travers tous les flots de l'affliction. » Et il se mit à déclamer le passage suivant, avec quelque peu d'emphase :

Je m'effrayais jadis, mais je suis sans effroi. Si quelque vierge en son émoi Est arrachée à sa natale rive, Qu'un mur solide enfermant la captive , A ses clameurs nous rende sourds ; Qu'elle ne puisse enfin, sautant par la fenêtre, Compter sur le moindre secours.

Quelque pouvoir, je le sais, va paraître, Et d'elle alors se rendant maître, En dépit des pervers il sauvera ses jours.

« Quand tout est prévu, ajouta-t-il, l'intérêt est mort ; et c'est pour cela que personne ne lit les romans nouveaux.

— Entendez-le , grands dieux ! reprit son ami. Allez chez lui , monsieur Pattieson , et vous trouverez sur sa table les romans nouveaux les plus en réputation, cachés, il est vrai , sous les Institutes de Stairs ou un volume ouvert des Décisions de Morrison.

— Pourquoi le nier, » dit le jurisconsulte en expectative , « quand tout le monde sait que ces Dalilas en séduisent de plus sages et de meilleurs que moi ? Ne les trouve-t-on pas cachés au milieu des nombreux mémoires de nos plus célèbres avocats? Ne les voit-on pas même sous le coussin du fauteuil d'un juge? Nos anciens au barreau, même sur leurs sièges, lisent des romans , et , si l'on dit vrai , quelques-uns en composent par-dessus le marché. J'en lis par habitude et par désœuvrement , et non par l'intérêt qu'ils inspirent; comme le vieux Pistol rongeant son poireau, je lis et je jure jusqu'à ce que j'arrive à la fin du récit. Mais il n'en est pas de même quand il s'agit du récit des folies humaines, du journal des procès, et du livre des ajournements , où chaque page vous dévoile un nouveau secret du cœur humain, où vous rencontrez des revire-

ments de fortune qui surpassent tout ce que le plus hardi romancier pourrait forger dans son cerveau.

— Et vous pensez, demandai-je, que, pour de tels récits , l'histoire de la prison d'Edimbourg fournirait des matériaux ?

— Des matériaux à l'infini , mon cher monsieur , dit Hardie. Remplissez votre verre , cependant. N'est-ce pas là que le parlement écossais se rassembla pendant long-temps ? Ne fut-ce pas le lieu de refuge de Jacques , quand la populace, enflammée par des prédicateurs séditieux, se souleva contre lui en criant: « L'épée du Seigneur et de Gédéon ! — Livrez-nous le pervers Aman ! » — Depuis ce temps , combien de cœurs ont palpité dans ses murailles , quand le son de la cloche voisine annonçait leur dernière heure ! combien ont été abattus par ce son lugubre! combien ont été soutenus par un orgueil obstiné! combien ont été consolés par la religion ! Quelques-uns , en jetant un regard en arrière sur les motifs de leur crime, n'ont- ils pas eu peine à comprendre qu'ils aient été assez puissants pour les éloigner de la vertu? Quelques autres peut-être, sûrs de leur innocence, n'étaient-ils pas partagés entre l'indignation que leur inspirait l'injuste sentence qu'ils allaient subir , la conscience de ne pas l'avoir méritée, et le désir violent de trouver quelque moyen de délivrance ? Pensez-vous qu'on puisse se, rappeler ou lire l'histoire de sentiments aussi profonds , aussi puissants , aussi violents , sans éprouver un intérêt également puissant et profond ? Oh ! attendez que je publie les Causes célèbres de la Calédonie, et d'ici à quelque temps vous n'aurez besoin ni de romans ni de tragédies. La vérité triomphera des plus brillantes inventions de l'imagination la plus ardente : Magna est veritas , et prœvalebit1.

— Je croyais, » dis-je , encouragé par l'affabilité de mon joyeux interlocuteur,

i. La vérité est çrande , et elle triomphera.

«que l'histoire des tribunaux écossais offrirait moins d'intérêt que celle de tout autre pays. La moralité de nos compatriotes , leurs habitudes de sobriété et de prudence...

— Empêchent sans doute qu'il n'existe parmi eux un grand nombre de voleurs et de brigands de profession, mais ne les garantissent pas de ces violents écarts d'imagination ou de passion qui produisent des crimes d'une nature extraordinaire, les plus propres précisément à exciter un vif intérêt chez les lecteurs. L'Angleterre est arrivée bien avant nous au plus haut degré de civilisation; ses sujets ont été soumis rigoureusement à des lois appliquées sans crainte ni faveur; une complète division du travail s'y est établie ; et les voleurs eux-mêmes forment une classe distincte dans la société , et se subdivisent entre eux selon l'importance de leurs volset la manière dont ils les exécutent, agissant toujours d'après des usages et des principes arrêtés , qu'on peut énumérer et connaître d'avance à Bow- Street, Hatton-Garden , ou à Old-Bailey. Ce royaume est comme un champ cultivé.

Le fermier s'attend que, malgré tous ses soins , une certaine quantité d'herbes sauvages croîtront avec les épis , et il pourrait vous en dire à l'avance le nom et la nature. Mais l'Ecosse est comme le sol de ses montagnes; et le moraliste qui parcourt les registres de ses tribunaux y rencontrera une foule de faits curieux et extraordinaires, comme le botaniste découvrirait les plantes les plus rares dans le creux de ses rochers.

— Et c'est là le seul fruit que vous ayez retiré de trois lectures successives des Commentaires sur la jurisprudence criminelle d'Ecosse? dit son compagnon.

Je présume que le savant auteur ne prévoyait guère que les faits qu'il avait rassemblés à grand renfort d'érudition et de sagacité pour éclaircir la science du droit, pourraient tonner une espèce d'appendice aux insignifiantes productions de la littérature éphémère.

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— Je vous parie une pinte de claret », répondit l'avocat, qu'il ne s'affligera point de la comparaison. Mais, comme nous disons au barreau , je demande à n'être point interrompu. J'ai encore beaucoup de choses à dire sur ma collection des Causes célèbres d'Ecosse.

Voyez quelles sources de crimes audacieux dans les longues dissensions de notre pays, dans les juridictions héréditaires qui, jusqu'en 17-18, laissaient la poursuite des coupables à des juges ignorants, partiaux ou intéressés; dans les habitudes des nobles des campagnes, renfermés dans des maisons écartées et solitaires, et nourrissant des passions haineuses comme nécessaires pour entretenir la chaleur de leur sang; pour ne rien dire de cette charmante qualité nationale, qu'on appelle le perfervidum uKjcnitim Scotorum 2 , que nos légistes donnent pour motif de la sévérité de quelques-unes de nos ordonnances.

Quand j'arriverai à traiter ces sujets mystérieux, profonds et terribles, le sang du lecteur se glacera , et il en aura la chair de poule. Mais , attention ; voici l'hôte , et il vient sans doute nous dire que la chaise est prête. »

Tout au contraire , l'hôte annonça qu'on ne pourrait avoir la chaise ce soir-là , parce que sir Peter Plyem avait emmené le matin les quatre chevaux de mon hôte au bours royal de Bubbleburgh. pour certaine affaire ; mais comme Bubbleburgh n'est qu'un des cinq bourgs qui se réunissent pour élire un membre du parlement, l'adversaire de sir Peter avait habilement profité de son absence pour aller briguer les suffrages dans Bitem , autre bourg royal, qui.

comme chacun sait, se trouve a l'extrémité de l'avenue de sir Peter, et a été de temps immémorial sous sotf influence et celle de ses ancêtres. Sir Peter était ainsi dans la positiond'un monarque ambitieux qui , ayant fait une incursion hardie sur le territoire ennemi , est rappelé tout à

i. Vin do Bordeaux, a. m.

a, L'esprit turbulent da Scots ( des Écossais ).

LA PRISON DU coup par une invasion dans ses propres états. Il était donc obligé de retourner du bourg à demi conquis de Bubbleburgh, au bourg à demi perdu de Bitem ; et les quatre chevaux qui l'avaient conduit le matin à Bubbleburgh, il les avait forcément retenus pour le transporter lui, son agent, son valet, son diseur de bons mots , et son franc buveur , à travers le territoire de Bitem. La cause de ce retard , qui était de peu de conséquence pour moi, comme pour le lecteur sans doute, intéressait assez mes compagnons pour leur laisser peu de regrets sur la prolongation de leur séjour. Comme les aigles , ils flairèrent de loin le carnage ; ils demandèrent donc un magnum « de claret et des lits , puis se jetèrent à corps perdu sur la politique de Bubbleburgh et de Bitem, énumérant par avance toutes les pétitions et plaintes auxquelles probablement donneraient lieu leurs élections.

Au milieu d'une discussion vive, animée et inintelligible pour moi , sur les prévôts, baillis, sièges d'élection, bourgeois résidants et non résidants, l'avocat s'arrêta tout à coup : « Ce pauvre Dunover, il ne faut pas l'oublier ; » et l'hôte fut envoyé à la recherche dupaiirvre honteux , avec une pressante invitation pour le reste de la soirée. Je ne pus m 'empêcher de demander au jeune avocat s'il connaissait l'histoire de ce pauvre homme : il mit aussitôt la main dans sa poche pour chercher le mémoire dar^s lequel il avait exposé son affaire.

f II a réclamé, dit M. Hardie, notre rejùiedium miser abile, qu'on appelle comnjta nément cessiobonorum. De même que cl1r tains théologiens ont douté de l'ét3 nité des peines dans l'autre monde, \YM législateurs écossais ont pensé que ljt. crime de pauvreté serait trop puni r ( un emprisonnement perpétuel. Après fajjmois de détention, un prisonnier a elr dette peut , sur une demande en nojjiie à la cour suprême, contenant le plantant de ses biens et la nature de ses

Jatal Magnum , grande bouteille de la contenance i. leui mesures, a. si.

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malheurs , peut , dis-je, en abandonnant tout ce qu'il possède à ses créanciers, obtenir sa liberté.

— J'ai entendu parler, répondis-je, de cette législation si conforme à l'humanité.

— Oui , dit Halkit, et le beau de l'affaire, c'est que vous pouvez, comme dit un confrère étranger, obtenir la cession, quand les biens sont mangés. Mais pourquoi bouleverser votre poche pour trouver votre unique mémoire au milieu des billets de spectacle, des lettres de convocation à la faculté , des règlements de la société spéculative, des extraits de discours ? car on trouve tout dans la poche d'un jeune avocat , hors des mémoires et des billets de banque. Ne pouvez-vous exposer une affaire de cessio sans votre mémoire? On en fait tous les samedis; ces affaires marchent et se succèdent avec la régularité d'une horloge ; elles sont toutes semblables.

— Mais cela n'a aucun rapport avec la variété des infortunes que ce pauvre homme a exposées devant ses juges, dis-je.

— C'est vrai , dit Halkit ; mais Hardie parle de jurisprudence criminelle , et cette affaire-ci est purement civile. Je plaiderais moi-même une cessio, sans être inspiré par l'honneur de la robe et de la perruque à trois marteaux. Écoutez. Mon client, d'abord ouvrier tisserand , amassa quelque argent ; il prend une ferme (car conduire une ferme est un talent naturel , comme celui défaire tourner une toupie); mais il fait à un ami des billets de complaisance que celui-ci ne peut payer; son propriétaire l'expulse de sa ferme; les créanciers acceptent un arrangement.

Il ouvre un cabaret , fait une seconde faillite, et est emprisonné pour une dette de dix guinées sept sbiflings six pences. Son actif et son passif étaient en balance parfaite : zéro de part et d'autre. Dès lors nulle opposition ; je demande qu'il plaise à la cour ordonner qu'il prêtera serment, et que l'on

WALTER SCOTT

nomme «ne commission pour le recevoir. »

Hardie renonça alors à son inutile recherche, dans laquelle il entrait peutêtre un peu d'affectation, et nous raconta les malheurs du pauvre Dunover avec une sensibilité étrangère à son état et dont il semblait honteux , ce qui ne lui en faisait que plus d'honneur. C'était une de ces histoires qui montrent comment le malheur ou la fatalité s'attache à un héros. Dunover, homme intelligent, laborieux, irréprochable, mais pauvre et timide, avait tenté en vain tous les moyens qui procurent aux autres l'indépendance; il n'avait jamais pu gagner au-delà de sa subsistance. Il eut un moment d'espérance plutôt que de prospérité réelle, et il se mit sur les bras une femme et une famille ; mais ses espérances furent bientôt détruites. Tout le poussait vers le bord de l'abîme qui s'ouvre devant les débiteurs insolvables; après s'être accroché à toutes les branches , et avoir éprouvé la longue agonie de les voir lui échapper les unes après les autres, il était tombé dans cette basse-fosse dont Hardie venait de le tirer.

« Et maintenant que vous avez retiré ce pauvre diable de l'eau, vous le laisserez à demi nu sur le rivage, s'arranger comme il pourra? dit Halkit.

Écoutez; » et il dit quelque chose à l'oreille de Hardie, dont je ne pus saisir que ces mots : « Il faut en parler à milord.

— Cela estpessimi e.rempli , dit Hardie en riant, de s'entremettre pour un client ruiné; mais je songerai à ce que rous venez de me dire, pourvu que cela puisse s'arranger. Chut! le voici.

Ce récit qui venait d'être fait des infortunes de ce pauvre homme semblait lui avoir donne des droits, je me plus à le remarquer, à l'attention et au respect des deux jeunes gens; ils le traitèrent avec beaucoup de politesse et rengagèrent peu ;i peu dans une conversation qui , ,i 111,1 grande satisfaction, retomba bientôt sur les causes célèbres

d'Ecosse. Enhardi par la bienveillance qu'on lui témoignait, M. Dunover contribua pour sa part à l'amusement de la soirée. Les prisons, comme tout autre lieu, ont leurs vieilles traditions, connues de ceux-là seuls qui les habitent , et qu'ils se transmettent entre eux de génération en génération. Dunover en raconta quelques-unes pleines d'intérêt, qui éclaircirent pour nous quelques jugements remarquables que Hardie savait sur le bout du doigt, et que son compagnon connaissait fort bien aussi.

Cette conversation se prolongea fort avant dans la nuit; M. Dunover alla prendre du repos, et moi je me retirai pour prendre note de ce que je venais d'entendre, dans le dessein d'ajouter de nouveaux récits à ceux dont je me plais à former un recueil. Les deux jeunes gens demandèrent des rôties, du negus1 au vin de Madi-re, avec un jeu de cartes , et commencèrent une partie de piquet.

Le leudemain matin , les voyageurs quittèrent Gandercleugh. J'appris ensuite par les journaux qu'ils avaient tous deux figuré dans le grand procts politique entre Bubbleburgh et Bitem ; afru're soin maire qui devait être jugée sansdélai, et qui cependant durera peut-être plis longtemps que la session du parlemert à laquelle elle se rattache. M. Halkt remplit dans ce procès le rôle d'agen ou de solliciteur, et M. Hardie plaida por sir Peter Plvem avec tant d'habileté 't de succès, qu'il a maintenant, je pose, moins de billets de spectacle et plu de mémoires dans sa poche. Ces eux jeunes gens méritent leur bonne Jrtune, car j'ai su de Dunover. que (1|. is quelques semaines après, et qui or -n parla les larmes aux yeux, qu'ilosit obtenu, par leur recommandation c petite place suffisante pour faire );i|. 5ter convenablement sa famille. IJn . , après une si longue suite île m ,„„ il voyait luire une aurore de |' fort par suite de l'heureux accidei „)n

r. Boisson composée <J<' vin et il tiséc. v m, , *•

Je d

vait fait tomber de l'impériale d'une voiture dans la rivière de Gander, de compagnie avec un avocat et un agent d'affaires. Le lecteur ne croira peut-être pas avoir autant d'obligation à cet événement, qui lui procure la narration suivante, laquelle a été fournie par la conversation de la soirée.

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