PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE QUINZIÈME
quand il a dit : s Entre ceux qui sont nés de femmes , il n'y en a pas eu de plus grand que Jean-Baptiste ; mais celui qui est le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui 1 . » Le Fils de Dieu ne compare pas saint Jean aux anges et aux bienheureux, mais aux hommes de la loi de grâce qui est appelée le royaume des cieux. 11 compare le meilleur de la Synagogue avec le moindre de l'Église. 11 compare le personnage le plus sublime de la loi écrite avec le plus petit de l'Évangile ; et l'état de la loi de grâce dans un enfant nouvellement baptisé qui renaît à la vie de la grâce ; et il dit que cet état est au-dessus de l'office et de la dignité de Jean- Baptiste , qui fut le plus grand homme de la Synagogue et le plus illustre de tous ceux qui sont nés de la femme. Tout cela n'est rien auprès de la dignité de ceux qui naissent de Dieu, parce que le moindre de ceux qui sont renés de l'Esprit-Saint par la grâce surpasse le plus grand de ceux qui sont nés de la femme. La grâce a tant de valeur aux yeux de Jésus-Christ que l'état de grâce au plus petit degré est une dignité au-dessus des plus éminentes dignités de la. loi ancienne, au-dessus de ta puissance de Moïse, de la mission de Samuel, du gouvernement royal de David , de la sagesse de Salomon, du pouvoir d'Élie sur le ciel , du baptême de saint Jean. La grâce est une chose plus estimable que toute la puissance et toutes les dignités données par Dieu , nonseulement auxbommes, mais encore aux anges. Un degré de grâce que Dieu accorde à un pauvre malade, à un infirme , dans un hôpital , est quelque chose de plus grand que le pouvoir des Anges et des Archanges sur les éléments et sur l'univers tout entier ; quelque chose de plus grand que la présidence des Principautés sur les provinces et les royaumes; de plus grand que la prérogative d'être les colonnes du ciel et de soutenir le monde; de. plus grand
? s. Matth., *j, 11,
que le pouvoir des Vertus pour opérer des prodiges ; de plus grand que l'autorité des Dominations et des Trônes sur les esprits qui leur sont soumis ; de plus grand que la puissance du Séraphin qui occupe le premier rang dans les armées célestes. Toutes ces dignités considérées en ellesmêmes sont moins que la plus petite grâce, et, sans la grâce, elles n'importeraient que peu ; mais la grâce , même sans elles , importe infiniment. A quoi a servi au premier ange, qui a perdu la grâce , la primauté qu'il avait sur les autres ? Il est devenu un démon , et il a perdu cette prééminence. S'il avait conservé la grâce , même en perdant tout, il n'eut perdu que fort peu.
Mais voyons jusqu'où va cette excellence de la grâce, Nous trouvons au-dessous de la grâce non-seulement toutes les dignités humaines , mais encore toutes celles que Dieu a accordées et à ses amis en les faisant participer à son autorité et à son action divine , et aux esprits célestes en leur donnant la prééminence et la puissance. Ce n'est pas assez. Il faut ajouter: la dignité de reine des anges et des hommes jointe à toutes les excellences dont la Sainte Vierge est remplie , l'auguste qualité de Mère de Dieu ellemême , toutes ces merveilleuses grandeurs réunies ensemble , si l'on fait abstraction de la grâce, sont moins que la grâce. Son Fils, qui l'a tant aimée et tant chérie, l'a luimême avoué. Quoi ! sa maternité divine est moins en soi que la grâce ! O chose étonnante ! Être mère de Dieu sans la grâce n'importerait pas beaucoup ; et la grâce , par elle ] seule, importe infiniment. Quoi de plus? Parce que la Sainte Vierge est mère de Dieu , son Fils lui doit la reconnaissance , les anges la vénération , les hommes le respect, les uns et les autres l'admiration ; les créatures lui doivent l'obéissance : elle est la reine du monde* Cependant, uni-