‹ La prix de la graceChapitre 104 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE, — CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, — CHAPITRE QUINZIÈME

quement pour avoir la grâce , si elle ne la possédait pas, elle donnerait elle-même l'empire du monde , le royaume descieux , la maternité divine. La grâce en la Sainte Vierge est plus que la maternité divine. Il est plus grand d'être la fille de Dieu par la grâce que la Mère de Dieu par la nature. Et, bien. que l'amour de Jésus pour sa mère soit parfait, s'il y avait une autre créature qui eût plus de grâce qu'elle, Jésus-Christ l'aimerait et l'estimerait plus que sa mère.

Notre divin Sauveur a lui-même donné à entendre-cette vérité. Un jour , une femme élevant la voix lui dit : t Bienheureuses les entrailles qui vous ont porté, et les mamelles qui vous ont allaité ! » Le Sauveur, qui aimait sa mère plus que tout autre fils , repartit : « Plus heureux encore sont ceux qui entendent la parole de Dieu et la pratiquent. * Cette réponse ne fut pas une injure pour sa mère bénie , parce qu'elle , mieux que personne , comprit et approuva durant toute sa vie la parole divine , la garda et la mit toujours en pratique avec la plus grande perfection. Mais le Sauveur voulait nous enseigner que la fidélité à pratiquer cette adorable parole était , dans sa mère et dans toute créature, bien au-dessus de la dignité de la maternité divine; que cette fidélité était le motif pour lequel Marie était bienheureuse; enfin que sans elle il lui aurait peu servi d'être la Mère de Dieu selon la nature, suivant la remarque d'un grand nombre de saints. En une autre occasion, taudis que le Sauveur du monde répandait la semence de sa céleste doctrine, on lui dit que sa mère «t ses parents l'attendaient dehors. Il répondit : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? « et étendant la main et montrant ses disciples, il dit : « Voici mes frères, et quiconque fera la volonté de mon Père sera mon frère, et ma mère, et ma sœur 1 . » Jésus-Christ par ces paroles nous a appris qu'il estimait la parenté spirituelle de la grâce plus que la parenté charnelle de la nature,

1 S. Matth., xii.

et que la Sainte Vierge était plus heureuse de participera la nature divine par la grâce que d'avoir , en lui donnant un corps, fait participer le Fils de Dieu à la nature humaine. C'est pour cela que saint Augustin dit : « Notre excellent et divin maître Jésus-Christ, ayant entendu qu'on avait prononcé devant lui le nom de mère comme étant capable de le toucher, sembla le dédaigner parce que c'était un nom terrestre qui pâlit auprès de la parenté céleste ; et rappelant à ses disciples cette céleste consanguinité, il leur montra que la Sainte Vierge et les autres saints avaient le même genre de parenté avec lui 1 . » La Sainte Vierge, en effet, était plus par cette parenté de la grâce que par celle de la nature. Aussi le saint docteur conclut : « La vierge Marie est donc plus heureuse en croyant la doctrine de Jésus -Christ qu'en concevant la chair de Jésus-Christ. » Puis il ajoute ces paroles plus fortes encore : * La qualité de mère n'aurait servi de rien à la vierge Marie, si elle n'avait pas porté Jésus- Christ dans son cœur plus heureusement qu'elle ne le porta dans son sein 2 . >

Voilà ce que devraient comprendre ceux ui pour un plaisir d'un instant chassent Jésus-Christ de leur cœur, ceux qui méprisent l'être di in auquel la grâce fait participer. Oh ! qui donc aura une voix assez forte pour se faire entendre du monde entier, dans les rues et sur les places publiques; pour pénétrer dans les retraites les plus cachées, et pou imprimer dans les cœurs cette sentence de saint Augustin, la répétant aux oreilles des hommes fascinés \ ar le mensonge : « Être mère du Sauveur n'aurait servi de rien à la Sainte Vierge, si elle n'avait pas eu la grâce de Dieu. » O hommes, jouets infortunés de l'erreur! à quoi vous serviront donc, je vous le demande, l'honneur et la renommée, si vous foulez aux pieds la loi

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