PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE QUINZIÈME
de Dieu? A' quoi vous serviront l'opinion et la vaine renommée, si vous effacez votre nom du livre de vie ? A quoi vous serviront la bienveillance des hommes et la fortune, si vous violez la justice? A quoi vous serviront vos plaisirs, qui vous font mépriser la loi divine ? A quoi tout vous servira- 1- il, si vous n'avez pas la grâce? Pourquoi donc perdez-vous pour si peu de chose ce trésor précieux ? Y a-t-il quelque chose dans le monde qui puisse servir sans la grâce, puisque la maternité divine elle-même ne servirait de rien sans elle? Quel avantage vous reviendra-t-il d'obtenir ce que vous désirez, d'être estimé de tous, d'avoir une grande autorité, s'il ne doit servir de rien, sans la grâce, à la Sainte Vierge d'être la reine du ciel et de la terre, et d'être t énérée des anges et des hommes ? monde, tremblez à la vue de votre égarement ! Que chacun se trouble à la pensée du peu d'estime qu'il a pour le bien incomparable de la grâce, et du grand cas qu'il fait de ce qui sans elle est inutile. Quoi ! pour obtenir une dignité humaine, ou une charge donnée par la main des hommes, on perdrait ou l'on exposerait la grâce, la seule chose qui nous soit nécessaire ! A quoi peuvent vous servir la faveur des hommes, les relations avec les rois, si la dignité de mère de Dieu ne sert de rien sans la grâce? Quel profit retirez-vous de ce succès et de cet avancement parmi les hommes, pour que vous vous donniez tant de peine et tant de tourments, si la puissance de Moïse, la judicature de Samuel, la souveraine autorité de David, les miracles d'Élie, la prééminence de saint Jean, le pouvoir des Archanges, la présidence des Principautés, les prodiges des Vertus, la majesté des Trônes, la primauté des Séraphins, l'empire sur les hiérarchies du ciel, le sceptre du monde, le respect des hommes et des anges, la qualité de mère de Dieu, ne seraient d'aucune utilité sans la grâce, tandis que la grâce toute seule sert merveilleusement? Vous ne pouvez vous
sauver qu'avec la grâce ; r et sans elle, la Mère de Dieu ellemême ne se serait pas sauvée. Et vous n'êtes pas dans le plus profond étonnement à la pensée de la grâce et du péché ! Par la grâce, celui qui est le plus séparé et le plus éloigné de Dieu se sauvera; et par le péché, si elle le commet, la Mère de Jésus se damnera. Voyez après cela si la grâce de Dieu est une chose importante,
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Il y a, dans la Mère du Sauveur, deux choses d'une grande excellence. L'une vient de ce que le Fils de Dieu a participé à son sang très-pur et à sa substance en se faisant homme; l'autre, de ce qu'il a séjourné neuf mois dans ses chastes entrailles. Cette double prérogative a son pendant en celui qui possède l'état de grâce et qui participe à la nature de Dieu. Cette participation à la nature divine est plus que la participation de Dieu au sang de sa Mère; car en participant à la nature divine nous nous sanctifions; et Dieu en empruntant le sang d'une femme ne se sanctifie pas lui-même, et il ne la sanctifie pas, au dire de saint Augustin, par cela seul. De plus, si la Sainte Vierge porte dans son sein le Fils de Dieu, celui qui est en état de grâce a dans son âme l'Esprit-Saint qui est également bon, infini, qui est Dieu comme le fils. Voilà encore une autre merveilleuse excellence de la grâce dont nous parlerons plus tard. Ainsi, non-seulement elle sanctifie par elle-même notre âme, l'embellit, l'orne et l'élève à un être et à un degré divin , mais encore elle fait que la personne même de l'Esprit-Saint habite dans notre cœur. En outre, Jésus- Christ fut neuf mois seulement dans le sein virginal de Marie; mais le Saint-Esprit demeure éternellement dans l'âme de celui qui est en état de grâce, s'il n'y trouve pas l'obstacle du péché. Qui donc comprendra une si admirable chose, et qui pourra jamais concevoir le prix de