‹ La prix de la graceChapitre 106 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE QUINZIÈME

l'état de grâce ? Malheur à nous, car très-peu d'hommes seulement en ont une idée ! Oh ! s'il m'était donné une voix assez forte pour faire pénétrer cette vérité jusqu'au fond des déserts ! Hommes qui êtes en état de grâce, faites attention que vous avez en vous, par une présence toute particulière, l'Esprit-Saiiît; et vous qui ne possédez pas l'état de grâce, pensez que vous pouvez l'acquérir; pensez qu'être en état de grâce, c'est plus que de concevoir la chair du Fils de Dieu; plus que de posséder la dignité de la maternité divine en elle-même, selon le sentiment de saint Augustin ; plus que de posséder le royaume du monde, l'empire du ciel et de la terre. Voudrait-on perdre une tellç excellence pour un vil plaisir? O honte du genre humain contempteur de Dieu et ennemi de lui-même ! Est-il possible que nous n'estimions pas cette faveur et que nous chassions de notre cœur l'esprit divin, sans raison, pour un rien ? Quand l'Esprit-Saint veut être éternellement en nous, faut-il que nous ayons tant d'empressement à l'expulser de notre âme ou à le contrister ! Le désir de faire mieux comprendre cette vérité me porte à proposer ici un exemple bien capable d'exciter de l'horreur. Si, tandis que la Sainte Vierge avait dans son sein le Fils de Dieu, quelqu'un eût tenté de lui donner un poison pour faire périr son fruit béni, quel crime exécrable ! Et l'homme qui possède en lui-même l'Esprit-Saint ne s'arrêterait pas en tremblant, quand il voit qu'il va chasser de son âme cet hôte divin, infiniment bon et grand comme le Fils de Dieu? Si, ayant Dieu dans son corps mortel, on l'en chassait volontairement par un vomissement dégoûtant, quel enfer ne mériteraît-on pas pour un tel acte ? Et l'homme ne tremble pas de chasser de son âme l'Esprit-Saint par l'abomination du péché ! Si j'ai osé proposer ces comparaisons qu'on ne peut seulement entendre sans sentir ses cheveux se dresser sur la tête, sans trembler jusqu'aux os, c'est afin d'inspirer un salutaire efho\^WK\tT&fcçà&

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de la grâce, et par cela même de la personne du Saint- Esprit.

Il faut non-seulement avoir grand soin de ne pas chas* ser de notre âme cet Esprit divin, mais encore le traiter comme il le mérite, en nous efforçant par une bonne vie, par de saintes pensées et par des œuvres excellentes de contenter cet hôte sacré dont nous sommes les temples. Si le Fils de Dieu entrait dans votre maison pour y vivre dans votre intimité, comme il a vécu de nombreuses années avec la Vierge et saint Joseph, et que, en retour de cette faveur, vous ne le regardiez pas un seul instant durant tout le jour, ne vous occupant nullement de le servir et de lui plaire, quelle ingratitude ! , Or, n'est-ce pas ce que vous faites quand, après avoir reçu les divins sacrements, vous vivez avec autant de tiédeur qu'aupara ant ? N'est-ce pas ce que vous feriez, ô serviteurs de Dieu, si vous négligiez votre avancement spirituel et si vous laissiez de côté vos exercices pieux ? Quoi ! le Saint-Esprit est non-seulement dans votre maison, mais en vous-même, et vous passez un jour sans le regarder, sans faire oraison, sans penser à la présence de Dieu! Vous ne lui donnez pas durant tout le jour une seule satisfaction complète par quelque œuvre marquée du cachet de la perfection, mais vous lui causez mille déplaisirs par tant d'immortifications, de distractions, de paroles inutiles, et par votre négligence dans les choses spirituelles, ne cessant d'attrister cet Esprit divin ! La vie que vous lui faites passer dans l'intérieur de votre âme ne peut durer longtemps. Ces mauvais traitements ne tarderont pas à avoir une fin; prenez garde qu'il ne se retire, et qu'il ne laisse votre âme se transformer en une caverne de démons. Que ceux qui se sont confessés voient donc avec quel cœur ils doivent se convertir à Dieu, et comment il leur faut vivre désormais. Qu'ils considèrent que leur devoir et de contenter Dieu qui a établi son trône

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