PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE QUINZIÈME
en leur esprit, consacré un autel en leur âme et fait de leur cœur son temple béni. Qu'ils se conservent purs, immaculés, saints, fervents. malheur ! spectacle répugnant pour les anges que celui d'un homme qui deux jours après sa confession, que dis-je! le jour même, se montre aussi peu dévot qu'il l'était auparavant, aussi distrait et? ussi relâché ! Que Dieu par sa miséricorde remédie à ce mal, et qu'il fasse comprendre aux hommes ce qu'est la grâce, et ce que c'est que de posséder avec elle la majesté de l'Esprit-Saint; enfin qu'il daigne les éclairer sur l'obligation où ils sont de changer de vie et d'être plus saints de jour en jour.
- Imitons la Mère de Dieu dans le soin qu'elle a eu de servir et d'adorer son Fils. Elle le suivait de ses yeux, de son âme, de son cœur, comme son Seigneur et son Dieu. Celui qui a la grâce possède le même hôte; il doit avoir sans cesse ouverts sur lui les yeux de son âme et de son cœur, et l'adorer mille fois intérieurement. Si quelqu'un voyait la Vierge portant dans son sein le Rédempteur du monde, comme il la vénérerait ! Or pourquoi s'avilir par une vie indigne lorsqu'on a dans son âme celui qui glorifie les justes, et qui est Dieu avec le Père et le Fils ? Quel respect ne mérite pas ce sein sacré de Marie qui a été pendant neuf mois la demeure du Fils de Dieu ? Et l'âme qui possède l'Esprit-Saint ne s'estimerait pas ellemême ! Écoutons ces cris émus de saint Épiphane, ravi à la pensée que le Fils de Dieu est entré dans le sein de Marie; et considérant que le Saint-Esprit est aussi descendu en notre âme, appliquons-nous avec tout le respect du à cet hôte divin ces paroles si vraies : « sein immaculé qui contenez en vous l'immensité des cieux, celui qui ne peut être contenu par rien, vous le tenez renfermé en vous ! O sein plus grand que le ciel, vous ne rapetissez pas Dieu au dedans de vous ! O sein qui êtes un ciel orné de sept mondes, et qui êtes plus grand qu'eux ! O sein qui
êtes le huitième ciel, plus élevé que sept firmaments ! sein qui contenez en vous la lumière inextinguible de la grâce, sept fois resplendissant et lumineux ! » La vue d'une âme en qui l'Esprit-Saint réside doit nous faire pousser de pareils cris d'admiration et de ravissement. O âme très-pure qui avez au dedans de vous ce que le ciel ne peut contenir ! O âme en qui celui qui remplit l'univers n'est pas rapetissé ! O âme qui renfermez en vous l'incompréhensible ! O âme plus vaste que le ciel ! O âme qui êtes un ciel, qui contenez plus que sept cieux ! O âme qui êtes plus sublime et plus grande que sept globes célestes ! âme qui êtes un ciel empyrée, plus élevé et plus sublime que sept firmaments ! O âme qui contenez en vous la lumière éternelle, infiniment plus resplendissante que le soleil ! O âme en état de grâce, si vous vous connaissiez, comme vous vous estimeriez ! Comme vous vous efforce* riez d'orner votre vie, de la rendre plus éclatante que les cieux, plus pure que les anges, plus sainte que les Vertus, plus remplie du mépris du monde que les Dominations, plus constante que les Trônes, plus fervente et plus ardente que les séraphins !