PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE SEIZIÈME
prenant la nature la plus basse parmi toutes les natures intelligentes, quelle eût été sa pensée? Comment aurait-il apprécié l'importance de cette action ? Il aurait jugé qu'il y allait pour Dieu de la vie; qu'il y allait pour lui de la divinité. Or s'il fait tout cela, ce n'est pas pour autre chose que pour nous donner sa grâce, sa grâce que le monde méprise tant, dont Dieu fait un si grand cas. Pour la donner à l'homme, Dieu est descendu des cicux; et l'homme ne veut pas avec elle monter aux cieux ! Assurément nous devons l'estimer, sinon pour ce qu'elle est en elle-même, au moins pour ce que Dieu a fait afin de nous la donner. Qu'a fait Dieu pour cela? Tout ce qu'il a pu faire. S'il s'était agi pour Dieu de sauver son être et sa divinité, il n'aurait pas pu faire plus que ce qu'H a fait afin de nous procurer la grâce. Et les hommes n'estiment pas la grâce ? Et le chrétien ne meurt pas de peine à la pensée qu'il peut en être quelquefois privé ? illusion ! Tant d'homme; qui vivent sans ce bien, et qui ne s'en mettent point en peine; qui dorment, mangent, sachant qu'ils n'ont pas la grâce; qui respirent, qui parlent, qui vaquent à leurs affaires, qui s'exposent au danger de la mort, qui ne font rien pour obtenir la grâce; qui ne veulent pas quitter de vils plaisirs, de mauvaises compagnies, afin de la recouvrer, lorsque le Fils de Dieu est descendu du ciel, abandonnant les anges et Rabaissant jusqu'à être delà race d'Abraham, afin de la donner? Quoi donc ! Dieu s'anéantit pour que nous ayons la grâce, et l'homme, par une vaine présomption, et pour ne céder en rien, ne veut point la recevoir ! Faut-il que nous méprisions une chose que Dieu estime tant, que nous attachions si peu de prix à une chose pour laquelle Dieu a tant fait ! Que n'a pas fait Dieu pour nous donner la grâce ? Tout ce qu'il a pu faire, il l'a fait; il s'est fait homme, et il a fait l'homme Dieu; et en cela il a fait tout ce qu'a pu faire sa toute-puissance, tout ce qu'a pu penser de bon sa sagesse,
tout ce qu'a pu vouloir sa bonté ; il n'a pas pu faire une œuvre plus grande, ni en vouloir une meilleure, ni en penser une plus convenable. Pourquoi tout cela ? Pour la grâce. Et s'est-il arrêté là ? Non ; il a passé d'un extrême à un autre. Après s'être fait homme, il a répandu ses sueurs pour nous donner la grâce, il a travaillé, il s'est fatigué, il a sué le sang, souffert des affronts ignominieux, enduré des tourments insupportables. Il a passé quarante jours dans un jeûne absolu ; son corps a été déchiré par plus de cinq mille coups de fouet ; il a été couronné par dérision d'une guirlande d'horribles épines, dont plus de soixante-dix traversèrent sa tète innocente ; il a été crucifié ignominieusement entre deux scélérats, deux voleurs infâmes ; enfin il est mort au milieu de souffrances atroces sur la croix. Pourquoi tout cela? Pour nous mériter la grâce. saints anges, dites-moi donc ce qu'est cette grâce. Chérubins qui êtes remplis de science, dites-moi ce que c'est que la grâce qui a tant coûté à notre Dieu. Qu'a pu faire pour elle le Fils de Dieu, qu'il n'ait pas fait ? Il a fait tout ce qu'il a pu pour nous la donner et pour nous porter à l'estimer. Assurément elle est très-précieuse, puisque pour elle a été donnée la chose la plus précieuse qu'il y ait au ciel et sur la terre, la vie du Fils de Dieu. Pourquoi le jeûne de Jésus? Pourquoi ses travaux? Pourquoi -ses sueurs ? Pourquoi ses coups de fouets ? Pourquoi ses épines? Pourquoi sa croix ? Pourquoi sa mort? Pourquoi tout cela ? Pour la grâce. Et s'est-il arrêté là ? Non, mais de cette seconde extrémité il est passé à une tro isième. Il ne s'est pas contenté de noua acquérir la grâce à un prix si cher; mais il s'offre à perpétuité en sacrifice, et réside dans le sacrement de nos autels, caché sous les accidents du pain, et il a institué les autres sacrements pour nôuâ communiquer la grâce* O bien inestimable de la grâce, pour lequel Dieu s'est montré ai diligent et si plein de sollicitude! Ne lui suffisait-il pas de s'être fiait homme*