DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE PREMIER
créature est sujette aux changements, mais non l'Esprit- Saint; pourquoi donc douter que l'Esprit-Saint nous ait été donné, ainsi qu'il est écrit : « La charité de Dieu
* s'est répandue dans nos cœurs par l'Esprit-Saint, qui nous
* a été donné. * Ce divin Esprit , bien qu'inaccessible de sa nature, s'est fait cependant, par sa bonté, susceptible d'être reçu de nous, remplissant tout de sa vertu ; mais il n'y a que les justes qui y participent. Il est une substance très-simple, très-riche en vertus, présente à chacun, partageant ce qui est à lui , étant tout entier dans toutes les parties. L'Esprit-Saint est infini et ne peut avoir de limites., car il s'est répandu dans les âmes des disciples qui étaient séparés , et personne ne peut le tromper. Les anges sont envoyés à un petit nombre de personnes , mais l'Esprit- Saint se répand parmi des peuples entiers. Ce qui se répand à la fois en beaucoup de monde d'une manière invisible est assurément une chose divine. Le Saint-Esprit, qui a été donné à tous les apôtres, bien que séparés, est donc un seul esprit ! . » Nous expliquerons plus tard , avec de plus grands développements, ces paroles de saint Ambroise. Le vénérable Bède exprime la même pensée : « Quand la grâce du Saint-Esprit est donnée aux hommes , alors véritablement le Saint-Esprit est envoyé par le Père et par le Fils 2 . » Et saint Basile appelle les saints » des dieux 3 », parce qu'en eux habite le Saint-Esprit. Les saints soutiennent cette doctrine et l'appuient sur différents passages de l'Écriture qui l'établissent bien clairement. Saint Paul répète souvent cette vérité. Parlant aux Corinthiens, il dit :
* Vos membres sont le temple de l'Esprit-Saint qui est en vous 4 . » Et dans son épltre aux Romains, il dit : « La charité de Dieu a été répandue en vos cœurs par l'Esprit-Saint
1 De Spir. Sanclo, c. v.
* Hom. dom. 1 post Ascens.
5 Hom. de Spiritu Sanclo.
* / Cor., vi.
qui vous a été donné 1 . » Jésus-Christ notre rédempteur, parlant de la venue de l'Esprit-Saint, dit : a L'Esprit de vérité que mon Père vous enverra en mon nom demeurera avec vous et sera en vous 2 . »
Tout ceci doit nous inspirer une grande admiration pour la grâce, puisqu'elle apporte avec elle un bien infini, c'est-à-dire la personne même de l'Esprit-Saint. L'Apôtre l'appelle à cause de cela les arrhes de l'Esprit : « C'est lui qui, pour arrhes, nous a donné le Saint-Esprit 3 . » En effet, comme le déclarent beaucoup de théologiens, la grâce a cela de propre d'apporter l'Esprit-Saint et de le conserver présent dans l'âme; de telle sorte que si Dieu, par son immensité, ne se trouvait pas en tout lieu, et s'il était absent de ses créatures, par cela seul qu'il donnerait la grâce à un homme , le Saint-Esprit viendrait aussitôt à cet homme , se trouverait en lui et y demeurerait tout le temps que durerait la grâce. Le père François Suarez explique ceci par l'exemple du Verbe divin qui est présent dans l'humanité sacrée de notre Rédempteur d'une telle manière que, s'il ne se trouvait pas dans toutes choses, en vertu dé l'union de sa personne divine, il se trouverait présent intimement à l'âme et au corps de Jésus- Christ. Qui n'admirerait pas cette vertu de la grâce qui a une telle connexion et de tels rapports avec le bien infini, avec la suavité de Dieu , avec le consolateur des hommes, avec ' celui qui glorifie les saints , avec l'Esprit-Saint luimême ? Qu'on nomme dans le monde une chose à laquelle soit attaché un bien comparable à la divinité de l'Esprit» Saint ou qui le puisse produire. Il n'y a pas de chose qui, en soi ou à cause de ses conséquences, doive être préférée à la grâce ; car si la grâce est bien précieuse en elle-même, elle est très-précieuse pour ce qu'elle apporte avec elle; si
1 Rom., v.
* Joan.,xiv, 17.
3 // Cor., 1,22.