DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE PREMIER
elle est en elle-même très-estimable, l'Esprit-Saint qu'elle apporte avec elle est digne d'une estime infinie. Pauvreté, douleurs, affronts, et ce qui est le plus sensible aux hommes ici -bas , tout ce qu'on peut perdre ou souffrir pour acquérir ce bien immense de la grâce n'est rien. Écoutons ce que dit saint Pierre : « Vous êtes heureux si vous souffrez, des injures et des diffamations pour le nom de Jésus- Christ, parce que l'honneur, la gloire, la vertu de Dieu et son Esprit reposent sur vous 1 . » Qu'importe l'honneur, si, en le perdant, nous gagnons l'Esprit-Saint, avec lequel nous aurons l'honneur, la gloire et la vertu de Dieu ? Quel cœur ne tremblerait pas à la pensée de perdre la grâce ? Qu'on la foule aux pieds et qu'on ne fasse nul cas de sa perte, soit; mais qu'on ose s'attaquer à l'Esprit-Saint, c'en est trop. Qui donc aurait le triste courage de dire : * Que Dieu s'éloigne de moi; que celui qui me glorifie s'éloigne à cent lieues de mon âme ; que le Saint-Esprit s'en aille de mon cœur; je veux perdre Dieu; je ne veux pas, non, je ne veux pas posséder le Saint-Esprit ! » Si ces seules paroles font dresser les cheveux et frémir jusqu'aux os, comment le pécheur ne tremblerait-il pas de les réduire en acte? Soyons saisis de crainte en entendant le Sauveur du monde nous dire : « Tout péché et tout blasphème sera remis aux hommes; mais le blasphème contre le Saint-Esprit ne leur sera point remis. Et quiconque aura parlé contre le Fils de l'homme, il lui sera remis ; mais si quelqu'un a parlé contre le Saint-Esprit il ne lui sera remis ni en ce siècle, ni dans le siècle à venir 2 . * Et si, comme beaucoup de saints le pensent, il est dit du blasphème et du péché contre le Saint-Esprit, qu'il ne sera pas remis parce qu'il est sans excuse, et par conséquent de lui-même sans remède , bien que la miséricorde de Dieu soit au-dessus de tout , quel plus grand blasphème peut-on
1 IPbtr., iv, 14.
2 Matth., XII.
proférer que celui-ci : « Je ne veux pas de la grâce, quoiqu'elle apporte avec elle le Saint-Esprit » ? Mais fut-on excusable de mépriser la grâce , parce qu'elle n'est pas en soi un bien infini , on ne Test en aucune manière de mépriser en elle l'Espril-Saint, qui est non-seulement un bien infini, mais la bonté infinie elle-même. Est-il possible qu'on méprise ainsi la grâce et l'Esprit-Saint pour des choses sans importance , comme ce divin Esprit s'en plaint luimême par la bouche du prophète Ézéchiel : « Us m'ont outragé pour une poignée d'orge, pour un morceau de pain *. » Qui donc pourrait entendre ces paroles sans verser des larmes et sans éprouver la douleur la plus vive?
Admirons encore ici l'amour infini de Dieu qui, après avoir donné son Fils pour la rédemption de tous les hommes, a donné aussi, pour la sanctification de chacun d'eux'en particulier, le Saint-Esprit, bon et infini comme le Fils luimême. Qui suis-je donc po ir que Dieu descende uniquement pour mon bien ? Une personne divine est descendue du ciel pour racheter le genre humain; et les anges et les hommes ont été dans l'étonnement , à la vue d'une si grande miséricorde. Et voici qu'une autre personne divine descend pour moi en particulier, afin de me justifier; et je n'estimerais pas cette faveur, je ne ferais nul cas de ce don incomparable, ni du divin donateur ! Je n'éprouverais aucun sentiment de reconnaissance pour ce bien véritable, pour cette faveur infinie, pour cette bonté d'un Dieu si aimant et si tendre ! On est dans l'admiration à la pensée que ceux qui communient ont en eux le corps de Jésus-Christ; et cependant ce corps sacré ne demeure pas en eux plus longtemps que les saintes espèces, c'est-à-dire quelques instants assez courts. Et Tonne serait pas ravi devoir la divi-
' Ezecii., xiw, 19.