DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE PREMIER
1er au ciel avant que l'Esprit - Saint vint sur la terre. Oh ! combien ce nouvel "esprit veut nous voir établis en Dieu et détachés des affections de la terre ! Combien il est désireux que tout en nous soit esprit, puisque nous le voyons si jaloux de cette chair très-pure qui fut conçue par sa divine opération ! L'Esprit de Dieu ne sera jamais là où il y a les œuvres de la chair. Le Seigneur est trèspur, et il veut une très- grande pureté de cœur; il fuit les corps morts et tout ce qui est mort en Adam. La colombe qui sortit de l'arche de Noé l prit un rameau d'olivier vert, et ne voulant point mettre ses pieds sur des cadavres, elle revint dans l'arche sans être souillée. Le corbeau, au contraire, fut attiré par la chair en putréfaction. La colombe est la figure de l'Esprit-Saint , qui n'est que vie et pureté; et quiconque le possède doit vivre d'une vie pure, spirituelle et très-sainte. Celui qui s'est confessé avec un véritable repentir ne doit plus se regarder comme un homme ; il ne doit pas se considérer comme étant de chair et de sang, mais comme un ange, comme quelqu'un qui possède en soi l'Esprit de Dieu. Il doit oublier les af* fections qu'il avait aux choses de la terre et réprimer toutes ses passions; il ne doit souffrir dans son cœur d'autre sentiment vif que celui des choses divines, d'autre amour que celui de Dieu. L'Esprit-Saint est l'amour de Dieu, et ainsi celui qui le possède doit être tout amour, non de terre, de chair et de sang, mais de Dieu.
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Ceci n'empêche pas qu'on ne doive aimer les hommes. Il faut même pour cette raison les aimer davantage, notre devoir étant de les aimer pour l'amour de Dieu. Saint Augustin 2 a remarqué que Jésus-Christ, notre Rédempteur,
* Ge*., vin.
» Lib. XV De TriniU, c»p, xxvj.
192 t LE PRIX DE LA GRACE.
a donné deux fois l'Esprit-Saint : une fois sur la terre, une fois au ciel; une fois étant au milieu des hommes, une autre fois étant assis à la droite de Dieu. La première fois, dit ce grand Docteur, il le donna pour l'amour du prochain; la seconde, pour l'amour de Dieu; car nous devons aimer le prochain avec un même esprit et un même amour que Dieu. C'est pourquoi Alcuin a dit : c L'Esprit-Saint a été donné deux fois, afin que les deux préceptes de la charité se trouvassent recommandés. Il y a deux préceptes, mais la charité est une. Et ainsi le Saint-Esprit étant un , il accorde deux dons. La même charité qui aime Dieu aime le prochain. Sur la terre le Saint-Esprit est donné pour aimer le prochain; il est donné du haut du ciel pour aimer Dieu. Bien que Dieu et le prochain soient des objets différents, c'est par la même charité qu'il faut aimer Dieu et le prochain. Il faut aimer Dieu plus que soi-même , et le prochain comme soi-même. Jésus-Christ a donné l'Esprit-Saint sur la terre; mais ce qu'il a donné est du ciel, et celui-là l'a donné, qui est descendu du ciel. Il a trouvé sur la terre à qui donner, mais il a fait descendre du ciel ce qu'il devait donner 1 . * Et dans un autre endroit ce docteur dit sur le même su* jet : « Le Saint-Esprit s'est d'abord donné quand Jésus* Christ était sur la terre; puis Jésus-Christ l'a donné du haut du ciel ; parce qu'on apprend en l'amour du prochain comment on doit arriver à l'amour de Dieu 2 . * Que celui donc qui possède en son âme ce don souverain de l'Esprit- Saint qui est l'amour de Dieu s'efforce d'en arracher toute autre affection, et qu'il aime Dieu et le prochain; Dieu pour lui-même , le prochain pour Dieu , ayant la paix avec tous, sans injustice, ni envie, ni jalousie à l'égard de qui que ce soit; car, dit l'Apôtre, la charité est patiente et bienfaisante. Seigneur! qui vous aimera comme le
1 Lib. III Defide SS. Trinit., cap. xxi.
? I4b P VII. Comm, in Joan., cap. xlij.