‹ La prix de la graceChapitre 125 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE DEUXIÈME

et les trois personnes divines cesseront plutôt d'habiter le ciel que de quitter le cœur de celui qui est en état de grâce. La grâce est plus grande que le monde. La grâce est meilleure que le ciel. La grâce est le plus délicieux palais que Dieu ait parmi les créatures. La grâce est le plus agréable paradis des trois personnes divines. La grâce est le plus majestueux trône de la très-sainte Trinité, et ainsi les trois personnes divines viennent dans l'âme qui la possède.

Que le pécheur est téméraire, que son égarement est monstrueux et sa malice prodigieuse quand, par un péché mortel, il chasse Dieu de son plus noble palais, et renverse son siège le plus riche, son trône le plus majestueux! Gomment donc les créatures ne s'élèvent-elles pas contre l'auteur d'un pareil attentat? Voici un monarque puissant assis sur son trône royal. Soudain un traître arrive, l'en chasse et le jette à bas. Est-ce que tous les sujets ne s'élèveraient pas contre ce misérable? Est-ce qu'ils ne le traiteraient pas comme un félon? Est-ce qu'ils ne le mettraient pas en pièces? Mais qu'est-ce que cette audacieuse entreprise contre une majesté de la terre, si on la compare à un acte semblable contre la majesté divine? Et combien le pécheur mérite davantage d'être écrasé, anéanti , précipité dans mille enfers ! Personne n'oserait chasser l'enfant Jésus de l'étable dans laquelle 1 a mis sa pauvreté. Et on a l'audace de chasser de son trône la divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! Ces choses échappent, passent inconnues parce qu'elles sont invisibles ; mais la foi vive doit avoir plus de pouvoir sur les cœurs chrétiens que les ténèbres sur les sens illusionnés. Que tous ouvrent les yeux et voient combien il est audacieux, félon, traître envers Dieu, celui qui, en perdant la grâce, chasse de sa maison et de son trône la sainte Trinité, venue dans son âme, pour y faire son séjour.

Si la venue des trois personnes divines en ceux qui possèdent la grâce est, à elle seule, un pareil bien, que sera-ce de la raison pour laquelle viennent ces adorables personnes? Elles viennent foire société avec cette âme. Qu'est-ceq ue cela, foire société avec Dieu? Qui a ouï jamais une pareille chose qu'une créature entre en rapport avec la Trinité, et en société avec les trois personnes divines? Quoi! une créature entrer en relation avec son Créateur ! Que Dieu vint pour nous parler de plus près , ce serait une grande bonté ; qu'il vint même pour nous traiter en esclaves, ce serait encore une insigne faveur; mais venir pour foire société avec nous, qui a entendu ou imaginé une pareille chose? Compagnie suppose égalité. Quelle égalité peut-il y avoir avec Dieu? Ah! quelle foveur il nous fait ici ! Quelle miséricorde infinie ! Ce fut un grand honneur pour Joseph, pour Daniel, pour Mardochée d'être les seconds après des rois. Mais qu'est-ce que cela en comparaison des justes qui sont les seconds après Dieu, et font société avec les trois personnes divines? Que ceux qui sont en état de grâce le sachent donc bien, ils sont les seconds en dignité après leur Créateur. Après les trois personnes divines , aucun être n'a plus de grandeur, de droit à la vénération et de dignité , puisqu'ils sont dignes d'être en la société des personnes divines.

Le grand bien que possèdent ceux qui sont en état de grâce) et l'obligation où ils sont de correspondre à cette faveur d'être dans la société de Dieu, Denys le Chartreux nous l'explique par ces paroles : « On appelle compagnons ceux qui sont unis ensemble de leur propre gré, qui se parlent familièrement et qui supportent avec peine d'être séparés, aspirant à une union particulière. Ils se découvrent les uns aux autres leurs secrets, se gardent

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