DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE DEUXIÈME
jours ! Quel respect on lui devrait, sinon pour elte-mème, du moins pour une compagnie si illustre! Mais quelle comparaison peut-on établir entre le cortège des créatures et celui du Créateur seul qui, par son assistance et sa présence particulière, accompagne l'homme en état de grâce ? .Quelle comparaison établir entre le cortège de personnes angéliques et celui de personnes divines? Il y a ici toute la différence qui existe entre une chose vivante et un« chose peinte, entre la créature et le Créateur. Être accompagné par Dieu est infiniment plus que d'être accompagné par tous les Anges, non-seulement existants, mais possibles ; car toutes les créatures sont comme un néant par rapport au Créateur. Il est donc juste que celui qui est en état de grâce, après avoir reçu dignement les sacrements, ait pour lui-même la plus profonde estime. Qu'il se garde bien de foire une chose indigne de sa grandeur, et de la majesté infinie des trois divines personnes qui raccompagnent. Un homme qu'accompagneraient tous les Anges n'oserait pas, au sein d'un si majestueux cortège, faire une chose qui obligerait ces Anges à l'abandonner; et s'il ne faisait aucun cas de leur compagnie, s'il préférait être seul, et les chassait ignominieusement, ne serait-il pas l'homme le plus infâme et le plus maudit de la terre ? Et s'il infligeait cet Indigne traitement aux personnes divines, quel prodige d'audace et de perversité ! Or, qui pourrait le croire ? Un tel acte s'accomplit fréquemment, tous les jours, et autant de fois que les pécheurs perdent la grâce par une faute grave. Considérons cet effroyable malheur, et n'ayons jamais la témérité de mépriser ainsi la majesté infinie de Dieu, et d'éloigner de notre âme les trois personnes divines, les chassant de leur demeure et de leur paradis. Que ceux qui ont reçu le sacrement de pénitence, et tous ceux qui, appuyés humblement sur la miséricorde divine , ont la confiance d'être en état de grâce, se traitent eux-mêmes
comme les compagnons de Dieu , cherchant en tout son honneur et sa gloire , conversant dans le ciel plus que sur la terre, aimant, respectant, servant cette toute-puissante majesté qui daigne habiter dans la demeure si étroite et dans le pauvre petit coin que peut offrir une âme aux personnes divines. Et puisque ces personnes divines viennent à nous, allons à elles; allons à leur rencontre, puisqu'elles nous cherchent; ne les fuyons pas, ne les mettons pas en fuite; mais puisqu'elles viennent, venons de notre côté. Car, comme dit saint Augustin, « le Père, le Fils et le Saint- Esprit viennent à nous quand nous allons à eux. Us viennent en nous aidant, nous allons en obéissant. Us viennent en nous éclairant , nous allons en comprenant. Us viennent en nous remplissant, nous allons en recevant, afin que leur visite ne soit pas extérieure , mais intérieure , et que leur demeure soit en nous, non point passagère, mais éternelle 1 . »
» Tract. LXXVJ , in Joan.