‹ La prix de la graceChapitre 132 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE TROISIÈME. 2li · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE TROISIÈME. 2li

quelque chose , quand il y a dommage pour votre âme ; tout est perte, tout est poison, tout est ruine, si vous ne conservez pas votre âme. Elle est si précieuse qu'auprès d'elle tout autre gain n'est que pure perte. Salvien a dit avec beaucoup de raison : « Les pertes de l'âme vous enlèvent absolument tout ; elles vous ôtent tout avec elles, et l'homme ne peut rien conserver ; car il se perd luimême en perdant son âme qui périt. Ainsi n'hésitez pas de donner tout pour vous , parce que si vous vous perdiez, vous perdriez en vous toute chose ; mais si vous vous conservez, vous aurez tout en vous et avec vous. •» L'âme est une si grande chose qu'elle vaut plus que tout ; si on ne la conserve pas, tout n'est rien; mais on gagne tout si on la sauve.

Si la vie est ce qu'il y a de plus précieux même dans les natures les plus basses et les plus viles ; et si l'âme raisonnable est la substance la plus sublime et la plus précieuse qu'il y ait en tout cet univers, puisqu'elle seule vaut plus que le monde entier, que sera donc la vie de l'âme? Que sera la vie; qui est si précieuse, dans une chose d'une telle valeur? Un diamant, une escarboucle, conserve partout son prix, même dans de la boue; une couronne royale en or est également quelque chose de précieux, mais sa valeur augmente si des pierreries du plus haut prix y sont enchâssées. Ainsi, parce que d'un côté la vie est une chose précieuse, et que de l'autre l'âme a un grand prix, il se trouve que la vie de l'âme est extrêmement précieuse et qu'elle a une Valeur incomparable. mortels ! combien vous êtes vils, et combien ce nom de mortels vous convient, vous qui estimez plus la vie si périssable du corps que la vie si pleine, que la vie éternelle de l'âme ! Quoi ! faire tant de cas de la vie passagère- d'un corps qui doit certainement mourir, i'eatimant plus que tous les

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autres bien du monde ! et donner pour le bien le plus minime de la terre, pour le moindre plaisir du corps, la vie véritable de l'âme immortelle ! Non, cela n'est pas possible ! Apprenons à estimer la vie de l'âme par le cas que nous faisons de la vie du corps. Que ne font pas les bommes pour la défendre ? Que ne souffrent-ils pas pour l'augmenter ? Que n'endurent-ils pas pour la nourrir ? A quoi donc se réduit toute l'occupation de tant de millions d'hommes, dans les villes, dans les champs, sur les mers, dans les royaumes et les républiques ? A travailler et se fatiguer pour l'entretien de la vie. Les laboureurs répandent leurs sueurs dans les sillons; les soldats souffrent dans leurs quartiers; les artisans travaillent selon leurs métiers; les républiques s'épuisent à former des plans et des projets de toute nature. Et qu'est-ce qui soutient les hommes dans ces labeurs ? C'est l'amour, le désir qu'ils ont de la vie, de cette vie mortelle, courte et misérable. Et l'on ne se donnerait aucune peine pour la vie de l'âme immortelle et éternelle ? La vie de l'esprit mérite plus nos soins que celle de la chair; il importe davantage que l'âme vive que le corps; enfin la mort de l'âme n'est pas moins affreuse que celle du corps. Quelle horreur nous causerait la vue d'un corps mort depuis huit jours, d'un cadavre défiguré, roide, inerte, immobile, exhalant une odeur pestilentielle, une puanteur d'enfer, ayant les entrailles pourries et la moitié du corps tout fourmillant de vers ! Quel effroi et quel dégoût nous aurions s'il nous fallait avoir ce spectacle sous les yeux l'espace d'une heure .'Mais, chrétien, si l'on vous attachait A ce cadavre; si l'on vous mettait la bouche contre sa bouche, la poitrine contre sa poitrine, les mains contre ses mains ; si l'on vous laissait quelque temps dans cet horrible embrassement, et si au bout de quelques jours on revenait vous voir, ne vous trouverait-on pas mort ? Gomment pouvez- vous donc souffrir d'être huit jours, un mois, une année entière avec

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