‹ La prix de la graceChapitre 134 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE.— CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE.— CHAPITRE TROISIÈME

Comme une telle corruption vicierait l'air ! Or la mort d'une seule âme est une chose plus horrible et plus dégoûtante que tout cela. On le comprendra facilement si Ton considère la mort spirituelle de notre premier père causée par le péché qu'il a commis. Ce péché a été puni par là mort corporelle de tous les hommes ; et un tel châtiment n'a pas excédé la faute , parce que la mort d'une seule âme causée par un péchéjjravc est pire que la mort de tous les corps des hommes qui existent, qui ont vécu et qui existeront jamais. O pécheur ! voyez donc maintenant ce que c'est que le péché; voyez quel ravage il cause, afin de ne pas succomber aux attraits d'un honteux plaisir. SI l'on vous disait : la volupté que vous eonvoitez est une épée avec laquelle vous allez tuer d'un seul coup tous les hommes d'un royaume , vous n'oseriez pas, je pense, vous y livrer, quelque aveugle et pervers que vous fussiez. Que serait-ce si Ton vous disait qu'il ne restera vivant sur la terre ni un homme, ni un animal, ni un oiseau, ni un poisson, ni un arbre, ni une plante? O sens aveugles, faut-il que vous nous empêchiez d'être pénétrés de cette vérité : la mort d'une seule âme est un plus grand désastre que tout cela ! Puisse Dieu dans sa miséricorde nous le foire comprendre, et mettre dans notre cœur une vive horreur et une grande crainte du péché, quelque léger qu'il soit ! Que de personnes ne pourraient pas dormir seules avec un mort dans leur chambre ! Pourraient-elles manger ayant un mort sur la table? Eh bien ! elles ont en elles leur âme morte, et elles peuvent manger, dormir, et rire, et prendre de joyeux ébats ! Voilà une chose digne de nos larmes les plus amères et de nos plus vifs regrets.

Plus la mort de l'âme est monstrueuse et horrible, plus sa vie est désirable et précieuse. La grâce qui est la vie de l'âme doit donc être la chose la plus enviée et la plus

estimée du monde. Mais ce n'est pas tout, la grâce n'est pas une vie quelconque de l'âme; elle est une vie telle qu'elle entraîne l'âme et l'élève à un genre de vie qui lui est commun avec Dieu seul; elle l'élève à des œuvres et à des actes surnaturels, qui appartiennent à une vie semblable à la vie divine, et vivifiée pa * l'Esprit-Saint. L'âme est une chose si excellente que quand bien même sa vie demeurerait dans le domaine de la nature, et serait renfermée dans l'ordre purement naturel, elle serait encore plus précieuse que toutes les vies des corps les plus beaux du monde; mais comme elle appartient â l'ordre surnaturel qui l'élève à une vie divine, à des actions déifiques, procédant de l'esprit même de Dieu, quelle estime ne mérite-t-elle pas ? Véritablement l'excellence de la vie de l'âme ne doit pas tant se mesurer d'après la supériorité de l'âme sur le corps que d'après la supériorité du Saint- Esprit sur l'âme, du Céateur sur la création, et de Dieu sur les autres choses; car ce qu'est l'âme pour le corps, Dieu l'est pour l'âme; et pour cette raison quelques docteurs ont appelé Dieu l'âme de l'âme» Saint Thomas 1 dit que le corps tient de l'âme, comme de sa forme substantielle, le premier être et la première vie; mais l'âme tient de Dieu, comme de sa souveraine et première forme, le second être, car il fait effectivement dans l'âme ce que» l'âme fait dans le corps par son union, l'esprit même de Dieu donnant la vie à l'âme. Et ainsi Jésus-Christ a dit 2 t C'est l'esprit qui vivifie » , c'est-à-dire, l'Esprit-Saint et sa divinité, dont l'esprit se répand dans celui qui est en état de grâce. Notre-Seigneur a voulu donner à entendre la même vérité quand il a daigné prononcer ces douces paroles : * De même que mon Père qui est vivant m'a envoyé, et que je vis par mon Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi 2 . » Comme s'il avait dit, selon que

1 Opnsc. De deUcU Dei t c. xx, ■ Joan., VI, 68.

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