DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE TROISIÈME
l'explique un docteur : De même que j'ai reçu la vie de mon Père qui m'a envoyé, ainsi celui qui, en mangeant mon corps, reçoit la grâce, recevra de moi la vie; car la vie que j'ai reçue de mon Père, je la ferai passer en ceux qui me mangent, pour qu'ils vivent d'une même vie avec mon Père et moi. Or la vie que j'aie reçue du Père est la divinité; et je l'ai reçue comme Verbe de Dieu par la génération éternelle, et comme homme par l'union hypostatique. Or, cette vie est répandue en nous par la grâce. Qu'est-ce à dire que l'homme vit avec l'esprit de Dieu, si ce n'est que» de même que Jésus vit par son Père, ainsi celui qui est en état de grâce vit par Jésus-Christ ! C'est tout ce qu'on peut dire de plus excellent de la grâce, puisqu'elle donne la vie, et une telle vie. Elle donne une vie si vivante que ia plus excellente des vies peut être appelée mort auprès d'elle. Saint Paul, qui connaissait cette grandeur, ne faisait pas cas d'un autre être, d'une autre vie : « C'est par la grâce de Dieu, dit-il, que je suis ce que je suis. * Et ailleurs : « Je vis, mais ce n'est pas moi qui vis ; c'est Jésus-Christ qui vit en moi. * Il vivait en effet de la vie divine de la grâce par l'esprit de Jésus-Christ, et tenait ainsi la vie naturelle pour une mort. O bien incomparable ! 6 grandeur des justeâ qui ont en eux l'esprit de Dieu pour les vivifier !
L'excellence de l'âme raisonnable, sa grandeur et sa valeur au-dessus de toutes les créatures de ce monde visible, viennent de ce Qu'elle est en elle-même et de sa propre nature l'image de Dieu; mais on ne peut pas lui attribuer une plus grande excellence que celle d'être le portrait vivant de Dieu, c'est-à-dire un être vivant, spirituel, intellectuel, immortel, indivisible, et ayant la propriété d'ètrfe tout entière dans tout le corps et dans chaque partie du corps. Toutefois ici elle n'est rien de plus qu'une représentation morte, puisqu'elle n'a de sa nature ni la vie, ni l'esprit de Dieu. Quelle doit donc être sa grandeur quand*
par la grâce, elle est et elle opère avec l'esprit de Dieu! La statue sans vie d'un prince mérite tellement le respect que la briser serait un .crime de lèse-majesté. Mais si, dans cette statue, on mettait l'esprit et l'âme même du prince afin qu'elle devînt vivante avec cette âme , quelle vénération on lui devrait ! Quelle grande valeur cela lui ajouterait! 11 en est de même pour l'âme, qui est en soi la plus estimable de toutes les substances du monde visible, par cela seul qu'elle est l'image et comme la statue de Dieu, bien qu'inanimée, sans sa vie et sans son esprit. Mais par la grâce l'esprit de Dieu y entre, et il se trouve qu'ainsi elle vit d'une vie divine. Quel prix et quelle valeur elle acquiert de la sorte ! Qui pourrait le dire ? Personne assurément. Et il n'y a personne non plus qui le puisse comprendre. Jamais il ne nous sera possible d'estimer cette excellence comme elle le mérite, tant que notre âme sera unie à nos sens qui nous trompent, à cause de la grossièreté des objets matériels pour lesquels ils sont faits; mais la foi et la réflexion peuvent les convaincre de mensonge. Ils mentent, ils mentent, les sens, quand ils vous proposent comme un bien un plaisir qui doit vous foire fouler aux pieds la grâce. Us sont des imposteurs, des insensés et des traîtres à notre âme. Là où se trouve un mal grave comme la mort de l'âme, il ne saurait y avoir un bien. 11 n'y a pas de bien qui puisse être comparé à la vie, et surtout à la vie de l'âme. Que l'âme apprenne du corps à désirer sa vie ; le corps n'a rien de plus estimable, et ne désire pas autre chose ; il n'y a pas de travail qu'il n'entreprenne pour elle; il s'oecupe tout entier à la soutenir et à la sustenter; et chaque jour il a fait croître et l'alimente. Ne croyons pas que l'âme ait moins à faire; elle doit déployer une activité bien plus grande encore. 11 faut que, â ses yeux, la grâce soit la chose la plus désirable, la plus estimable du monde. Il n'y a pas de peine qu'elle ne doive tatt^ctto à subir pour