CHAPITRE QUATRIÈME
Combien il faut estimer la grâce, qui Tait de ceux qui la possèdent les enfants adoptifs de Dieu et les héritiers du royaume des cieuz.
La grâce nous donne avec l'esprit de Dieu une vie trèsdivine. Mais ce n'est pas tout. Par la grâce les justes deviennent les enfants de Dieu, non d'une manière telle quelle, mais dans le sens propre et rigoureux. Saint Ambroise a dit : « La grâce de l'Esprit-Saint nous fait enfants de Dieu 1 . » Et saint Maxime : « Par la grâce, Dieu se dit et se fait le père de ceux qui vivent conformément à la vertu, que l'Esprit-Saint leur a donnée dans leur naissance spirituelle 2 . » Et comme ceux qui possèdent l'état de grâce sont les enfants de Dieu , ils sont en même temps le» héritiers de ses biens, de la même manière qu'un fils l'est de ceux de son père. Cette faveur et cette élévation sont si surprenantes, si grandes que l'esprit humain n'oserait y penser, si l'Esprit-Saint, qui surpasse infiniment par ses bienfaits toutes nos espérances, ne nous avait pas affirmé qu'il en est ainsi. 11 nous dit par la bouche de saint Paul : « Tous ceux qui sont poussés par l'esprit de Dieu sont enfants de Dieu 3 » , parce que l'Esprit de Dieu est leur esprit; et ainsi ils sont semblables à Dieu même, et sont participants de sa nature par la grâce. Dans un autre endroit : « Et parce que vous êtes enfants, Dieu a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son Fils qui crie : Mon Père, mon Père 4 . * « Nous sommes déjà enfants de Dieu, écrit
1 Lib. I De Spirilu sancto, cap. IV.
2 Centur. IV, c. lxxxvi.
3 Rom., vin ; 14.
♦ Galat., iv, 6.
saint Jean; mais ce que nous serons un jour ne parait pas encore K » Saint Paul a déclaré quel est ce genre de filiation. Nous sommes , ' selon l'enseignement du grand apôtre, adoptés par Dieu, ou reconnus par lui pour ses enfants; et il y a en cela de sa part un grand amour et une admirable miséricorde. Voici les propres paroles de ce docteur inspiré : « Vous n'avez point reçu l'esprit de servitude, pour vous conduire encore par la crainte; mais vous avez reçu l'esprit de l'adoption des enfants par lequel nous crions : Mon Père, mon Père. Et c'est le même esprit qui rend lui-même témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Que si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers de Dieu et cohéritiers de Jésus- Christ 2 , i Le même apôtre, écrivant aux Éphésiens, bénit Dieu * qui nous a élus en lui avant la création du monde par l'amour qu'il nous a porté, afin que nous fussions saints et irrépréhensibles devant ses yeux; nous ayant prédestinés par un pur effet de sa bonne volonté, pour nous rendre ses enfants adoptifs par Jésus-Christ, afin que la louange et la gloire en soient données à sa grâce 3 » . Saint Anselme, considérant ces paroles, remarque que saint Paul a dit une plus grande chose en disant * enfants adoptifs de Dieu », qu'en disant « saints et immaculés » , et que, comme la gloire de la grâce, l'adoption est éternelle.
Pour comprendre tout le prix de ce bienfait que nous recevons par la grâce, et tout ce que renferment de grand ces paroles de l'Apôtre, il faut se rappeler qu'autrefois, surtout au temps de notre divin Rédempteur et de saint Paul, c'était un usage très-répandu de reconnaître des étrangers pour enfants, ou d'adopter, comme disent les Latins, donnant à ces étrangers le même droit, la même dignité que s'ils étaient des enfants nés d'un légitime ma-