DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE QUATRIÈME
rien par lui-même, qui n'est qu'un étranger; et qu'il l'adopte, en le faisant l'héritier du monde dont il est le maître, voilà un bienfait insigne. Toutefois, cet homme ainsi adopté et appelé à tant d'honneurs n'était pas sans mérites. Mais si un empereur élevait à la dignité d'enfant royal un vil esclave qui l'aurait trahi , un homme faible et malade, qui languirait dans un cachot, condamné à mort; s'il le faisait venir dans son palais, le traitait comme son fils, le revêtait de riches vêtements de pourpré et de lin, et lui donnait droit à ses biens et à son royaume, quel bonheur ! Assurément, on n'en pourrait concevoir de plus grand sur la terre. Tout cela n'est rien en comparaison de l'adoption divine. Le Roi des rois, l'Empereur des empereurs, le Seigneur des seigneurs, le Dieu toutpuissant, le Créateur du ciel et de la terre adopte celui qui était l'esclave du démon, un traître, un condamné à mort, et il le prend pour fils, le traite comme tel et lui donne droit à son royaume. Peut-on imaginer un bonheur plus grand ? Voilà ce que la grâce procure au juste. Or , ceci n'est pas une simple manière de parler , ni une exagération; c'est une réalité évidente et certaine. Le concile de Trente a défini cette vérité comme étant un article de foi. Donnant la définition de la justification qui s'opère par la grâce, il dit que c'est « une translation de l'état dans lequel l'homme naît fils du premier Adam, à l'état de grâce et d'adoption d'enfants de Dieu par le second Adam, Jésus-Christ notre Sauveur 1 ». Quel est donc l'état dans lequel l'homme naît fils du premier Adam, si ce n'est l'état d'esclavage de Satan, de damnation éternelle; état où l'on est étranger à Dieu, état de misère et de suprême déshonneur? Et qu'est-ce que l'état de grâce et d'adoption d'enfants de Dieu? C'est un état de liberté, où l'on a la vie, où l'on règne ; un état où l'on possède toute grandeur et tout bonheur; un état au-dessus de tout être
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et de tout bien du domaine de la nature; finalement, un état divin. Ces états étant tels, n'est-ce pas un immense bonheur de passer de l'un à l'autre? Quitter seulement le premier sans autre bien que celui d'en sortir, ne seraitce pas déjà un bonheur suprême ? Et acquérir l'autre, quand bien même on n'aurait pas passé par le premier, n'est-ce pas le comble de la félicité ? Que sera-ce donc si l'on joint ces deux extrêmes, et si l'on passe du mal souverain au bien souverain ? Voilà un homme irrévocablement condamné à la peine capitale. Qu'on lui laisse seulement la vie sauve, il pensera que c'est le plus grand bonheur qui puisse lui arriver. Mais si en lui accordant la vie on l'adopte pour être l'enfant d'un roi et l'héritier d'un trône, n'y a-t-il pas là pour lui de quoi mourir de joie? O grandeur! O sort mille fois fortuné des justes! O bonheur incomparable des saints! O partage heureux de ceux qui sont en état de grâce ! Les voilà enfants et héritiers de Dieu, eux qui étaient condamnés à l'enfer, eux les esclaves du démon ! O félicité inespérée d'être les enfants, les héritiers de Dieu ! O vous qui lisez ces lignes, je vous en prie, au nom du Seigneur, pesez la signification de ces paroles : enfants, et enfants de Dieu; héritiers, et héritiers de Dieu, voilà ce que sont des hommes qui auparavant n'étaient rien, ou n'étaient que des esclaves et des misérables. Que veulent dire ces mots, enfants de Dieu, ces mots qu'il faut prendre à la lettre, car il n'y a ici ni exagération, ni métaphore? Enfant , que veut dire cette expression? Enfant, c'est un nom tout d'amour et d'unité; être enfant dans la maison de Dieu, c'est donc le plus grand bonheur imaginable ! Quelle félicité d'être enfant, là où être serviteur serait naturellement le dernier ternie! Le plus grand saint de la terre n'a pas de nom dont il soit plus fier que celui d'esclave d'un Seigneur et d'un Dieu tout-puissant; mais être son fils, quel bien incomparable! Et que veut dire héritier de Dieu et cohéritier de Jésus-