‹ La prix de la graceChapitre 140 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE QUATRIÈME

Christ? Y a-t-il quelqu'un qui puisse obtenir ce bonheur? Quoi ! une âme a droit aux biens de Dieu et à l'investiture du royaume des cieux ! Comment faire comprendre une telle grandeur? Qu'on me permette de supposer une chose qui ne peut être, pour dire ce qui est. Si l'éternelle divinité pouvait mourir et manquer au monde, ou si Dieu pouvait renoncer à son être propre et au souverain domaine qu'il a sur toutes choses, quel serait le bonheur de celui qui devrait hériter de tout cela! Quelle félicité d'être le successeur de Dieu ! Quelle dignité d'être l'héritier d'un Dieu tout-puissant, d'entrer dans la possession de ses biens ! Or, être juste et posséder l'état de grâce, c'est être l'héritier de Dieu. Car admettons pour un instant cette hypothèse de Dieu mourant, et passant à un autre son être divin, ainsi que la dépendance et le vasselage des créatures; qui aura droit à ces choses, sinon ceux qui sont en état de grâce? Ils sont les enfants de Dieu, ils sont les héritiers de Dieu, ils sont les seconds après Dieu, ils sont ce qu'il y a de plus considérable après Dieu, et ils doivent se considérer comme tels et ne pas dégénérer de leur grandeur et de leurs titres, ne faisant cas d'aucune chose, excepté de Dieu; car, comme l'a dit saint Cyprien : ■ Celui qui se reconnaît pour enfant de Dieu n'admirera jamais les œuvres des hommes; et celui qui, après Dieu, peut admirer quelque chose, descend honteusement du haut rang où il se trouve 1 . »

Considérez, 6 mortels, quelle dignité c'est d'être enfants de Dieu ! Considérez quelle miséricorde Dieu nous témoigne en nous regardant comme ses fils. Considérez quel est l'amour de Dieu comme père, et quel doit être le nôtre comme fils. « Considérez » , dit saint Jean, * quel amour le Père nous a témoigné, de vouloir que nous soyons appelés, et que nous soyons en effet enfants de

1 Lib. De spectac.

Dieu 1 » Les justes sont les enfants de Dieu; non-seulement ils en ont le nom, mais ils sont proprement ses enfants. Les autres créatures peuvent improprement s'appeler ainsi; mais Dieu rigoureusement n'est pas leur père. 11 n'est le vrai père que des justes; les justes seulement sont à proprement parler les enfants adoptifs de Dieu. Voilà une chose bien digne de considération, bien digne de l'amour le plus reconnaissant. Autrefois les enfants adoptifs s'appliquaient tellement à vénérer, à servir et à aimer ceux qui les avaient adoptés, qu'ils surpassaient souvent en cela beaucoup d'enfants selon la nature. Voyant qu'ils étaient étrangers, et que leurs pères adoptifs, sans rien leur devoir, inspirés uniquement par l'amour le plus désintéressé, les avaient admis dans leur famille, leur avaient donné leur nom et les traitaient comme leurs enfants , ils se croyaient pour cela plus obligés & leur égard que s'ih eussent reçu d'eux la naissance; et un amour si gracieux et si libéral leur faisait un devoir impérieux de la reconnaissance. C'est pourquoi Cassiodore, parlant des enfants adoptifs, a dit : * Quand les étrangers s'unissent par le lien des âmes, pour contracter une parenté d'adoption, la force qu'il y a dans cet acte est si grande que les personnes adoptées aiment mieux mourir que faire une chose qui pourrait molester leurs pères ou leur déplaire. > Aussi les hommes, en général, doivent souffrir mille morts, plutôt que de causer un déplaisir à leur Créateur; ils y sont obligés, parce que Dieu est le souverain Seigneur et le Roi de l'univers. Mats ceux qui possèdent l'état de grâce, étant les enfants adoptifs de sa souveraine majesté, ont une obligation plus spéciale et plus rigoureuse de ne pas lui déplaire, et de faire leurs efforts pour donner en toute chose de la satisfaction à leur tendre Père. Nous devrions le servir avec des millions d'âmes

x JOAN., III, 1.

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